Un éloignement des services et des populations vulnérables dans les territoires peu denses
Un éloignement des commerces, équipements et services
Les territoires peu denses cumulent les contraintes pesant sur les mobilités. L’éloignement des équipements, commerces et services, publics et privés, génère des besoins accrus de mobilité, et donc des difficultés supplémentaires pour les populations qui peinent à se déplacer. Le Sénat le reconnaît dans un rapport de 2021 consacré aux mobilités dans les espaces peu denses : « qu’il s’agisse de services publics, de services commerciaux privés ou d’offres de mobilité, les espaces peu denses ont fait l’objet depuis plusieurs décennies d’un déséquipement préoccupant »11. Dans les zones peu denses, les distances à parcourir pour accéder aux services du quotidien sont ainsi plus grandes qu’en ville. L’accessibilité aux services est en effet étroitement dépendante de la répartition de la population dans les territoires : les temps d’accès augmentent lorsque la densité de population diminue. Ce sont ainsi les espaces les moins densément peuplés qui présentent, en général, les temps d’accès les plus longs.
Ce constat est confirmé par une étude réalisée en novembre 2021 par la DATAR12 de la Région Nouvelle-Aquitaine. Quatre niveaux de services et équipements ont été définis, des services du quotidien aux plus structurants. Près de 20 % de la population ne dispose pas, dans sa commune, de services et équipements de base, dont le temps moyen d’accès est alors de 6,5 minutes. Ce taux monte à 40 % pour les équipements de niveau 2, avec un temps moyen d’accès de 10 minutes. Les temps d’accès augmentent logiquement pour les équipements et services plus structurants, et donc plus éloignés, jusqu’à atteindre 32,5 minutes pour la gamme supérieure.
Focus sur l’accès aux équipements et services en Nouvelle-Aquitaine
L’étude de la DATAR identifie quatre principaux niveaux d’équipement :
- niveau 1 : présence simultanée de 12 services et équipements du quotidien principalement des services aux particuliers (salon de coiffure, restaurant, artisans du bâtiment...) + école élémentaire + boulangerie + infirmier ;
- niveau 2 : présence simultanée de 29 services et équipements dont médecin généraliste + pharmacie + chirurgien-dentiste + bureau de poste + banque + station-service + supermarché + collège...
- niveau 3 : présence simultanée de 70 services et équipements dont lycée + commerces + services de santé et services aux particuliers spécialisés + équipements de sports, loisirs et culture (cinéma, piscine ou une salle de remise en forme) ;
- niveau 4 : quasi-totalité des services : santé + commerces de la grande distribution ou alimentaires spécialisés + administration judiciaire + administration fiscale + établissements scolaires et universitaires + équipements de sport, loisirs et culture (théâtre, conservatoire, musée, plateau pour la pratique du roller skate ou du vélo bicross...).
Taux d’équipement et temps d’accès aux équipements en France et en Nouvelle-Aquitaine
| Nouvelle-Aquitaine | France | |||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| Niveau d’équipement | Part de la population équipée | Temps d’accès (min.) | Part de la population équipée | Temps d’accès (min.) | ||
| Ensemble | Pop. non équipée | Ensemble | Pop. non équipée | |||
| Niv. 1 ou plus | 81,5 % | 1,2 | 6,5 | 86,8 % | 0,8 | 6,4 |
| Niv. 2 ou plus | 58,5 % | 4,1 | 9,9 | 69,0 % | 2,9 | 9,4 |
| Niv. 3 ou plus | 35,3 % | 12,4 | 19,1 | 45,8 % | 9 | 16,7 |
| Niveau 4 | 16,7 % | 27,1 | 32,5 | 22,1 % | 21,7 | 27,9 |
Source : Région Nouvelle-Aquitaine, Délégation à l’Aménagement du Territoire et à l’Attractivité Régionale,
L’accessibilité aux services et aux équipements de la Nouvelle-Aquitaine et de ses territoires, novembre 2021.
Du fait de son caractère rural, la région présente une relativement moins bonne accessibilité aux services et équipements qu’à l’échelle nationale : « s’agissant de la proportion de la population, les chiffres pour la Nouvelle-Aquitaine en matière de niveau d’équipements et de services sont sensiblement inférieurs à ceux observés dans l’ensemble métropolitain, de 5 points environ pour les niveaux 1 et 4 et de 10 points environ pour les niveaux 2 et 3 »13. Les temps d’accès sont supérieurs, mais dans une proportion relativement limitée, de l’ordre de quelques minutes.
L’étude de la DATAR régionale souligne également « des disparités infrarégionales d’accessibilité relativement marquées ». Elle identifie ainsi 12 EPCI14 dont les temps d’accès aux équipements et services de niveau 2 sont supérieurs à 10 minutes, 17 EPCI dont les temps d’accès au niveau 3 dépasse les 30 minutes, et jusqu’à 8 EPCI dont le temps de trajet au niveau 4 excède une heure. De manière générale, ces différences s’expliquent par le caractère plus ou moins rural des EPCI, ainsi que par leur taille : plus un EPCI est peuplé, moins le temps moyen d’accès est élevé.
Au-delà de l’éloignement des commerces physiques, l’évolution des comportements de consommation liée à l’essor du e-commerce génère et modifie les flux de mobilité. Si elles s’accompagnent d’un développement des flux logistiques, ces nouvelles pratiques de consommation restent toutefois, du côté du consommateur, plus difficiles à appréhender. Le e-commerce remplace la nécessité pour les consommateurs de se rendre en magasin. Pour autant, des déplacements restent nécessaires pour réceptionner les colis lorsque ceux-ci ne sont pas livrés à domicile, ou encore pour restituer des objets endommagés ou qui ne seraient pas à la hauteur des attentes.
Des vulnérabilités qui touchent plus particulièrement les populations rurales
De manière générale, la pauvreté monétaire apparaît moins fréquente et moins intense en Nouvelle-Aquitaine qu’à l’échelle nationale. En 2020, 13,3 % de la population régionale vivait sous le seuil de pauvreté15. C’est principalement dans les espaces urbains denses ainsi que dans les communes les plus rurales que sont observés, dans la région, les taux de pauvreté les plus élevés.
Des écarts marqués différencient néanmoins les territoires ruraux. Ainsi, « les communes rurales périurbaines, dans lesquelles vivent davantage de couples avec enfants et de ménages aux âges intermédiaires moins susceptibles d’être exposés au phénomène, concentrent peu de pauvreté (9,7 %) »16. En revanche, « dans les communes rurales non périurbaines, en général plus isolées, le taux de pauvreté y est plus élevé (15,8 %) ». Ce sont donc les territoires de l’Est de la région, depuis le Lot-et-Garonne jusqu’aux départements de l’ex-Limousin qui, concentrant le plus de territoires ruraux isolés, connaissent les taux les plus élevés de pauvreté monétaire. La pauvreté dans les communes rurales, en particulier dans les espaces isolés, est plus marquée en Nouvelle-Aquitaine qu’au niveau national.
Une pauvreté monétaire plus particulièrement marquée dans le rural non périurbain et dans les communes denses de Nouvelle-Aquitaine (2020)

Source : INSEE, « Panorama de la pauvreté en Nouvelle-Aquitaine : une diversité de situations individuelles et territoriales »,
INSEE Dossier Nouvelle-Aquitaine n° 08, octobre 2023.
Le vieillissement démographique est également un facteur important de vulnérabilité des populations rurales au regard de la mobilité. La population de Nouvelle-Aquitaine est la plus âgée de France : les 65 ans et plus y représentent 24,5 % de la population, soit quatre points de plus qu’au niveau national. Leur répartition n’est toutefois pas homogène sur le territoire régional. De manière générale, c’est dans les territoires ruraux de l’Est de la Région que la part des seniors est la plus importante, ainsi que sur les territoires littoraux. Une étude récente de l’INSEE montre ainsi que plus de la moitié (55 %) des 50-74 ans résident dans des communes rurales, alors que 18 % vivent dans les grands centres urbains. Les 50-74 ans sont sur-représentés dans les départements les plus ruraux (39 % de la population en Creuse, 38 % en Dordogne), alors qu’ils sont sous-représentés (29 %) en Gironde17.