Fiche n° 9Suite

Des étapes incontournables

Afin de dépasser la seule approche par projets ponctuels et isolés, l’action locale en matière de mobilité gagnera à être inscrite dans une stratégie globale à l’échelle du territoire. Si la mobilité fait intervenir

de nombreux acteurs103, c’est d’abord aux autorités organisatrices de la mobilité locale (les communautés de communes ou, à défaut, la Région) qu’il appartient de construire, à l’échelle des territoires, cette stratégie.

Identifier les enjeux de mobilité du territoire

« Pour faire les bons choix, chaque territoire doit se donner les moyens d’appréhender ses propres enjeux de mobilité au regard des besoins des usagers, des pratiques observées et du développement socio-économique envisagé »104.

L’analyse des besoins est un préalable indispensable à tout projet de mobilité locale. L’objectif est de comprendre le système de déplacements du territoire, d’identifier les difficultés de déplacements rencontrées par les habitantes et habitants, ou encore d’anticiper les évolutions démographiques, économiques ou encore territoriales. Le diagnostic a aussi pour intérêt de permettre d’objectiver des problématiques, ou encore de relativiser des impressions ou des idées reçues. Cette phase d’analyse doit ainsi plus particulièrement porter sur :

  • les déterminants de la demande de déplacements, à travers l’organisation territoriale (principales polarités, localisation de l’habitat et des zones d’emplois, implantation des équipements, commerces et services…) et les principales caractéristiques démographiques et socio-économiques (population, composition des ménages, revenus, taux de motorisation…), en soulignant notamment les disparités au sein du territoire ;
  • les comportements et pratiques de mobilité des habitants, des entreprises ou encore des touristes : principales origines-destinations, modes de transports utilisés, difficultés ressenties par la population dans ses déplacements, identification de pratiques de déplacements spécifiques (liées par exemple à l’activité touristique)…
  • les offres de mobilité existantes, afin d’évaluer le niveau d’accessibilité aux différentes aménités du territoire (commerces, services, équipements, emplois…) : principales infrastructures de transport (et le trafic associé), inventaires des différents services et solutions de mobilité (transport public, solidaire, privé…), y compris les moins connus, qualité des itinéraires piétons et cyclistes, accessibilité…

Les déplacements s’affranchissent des limites institutionnelles. Les relations avec les territoires voisins sont souvent aussi importantes que les déplacements internes à l’intercommunalité. Aussi l’analyse gagnera-t-elle à être menée sur un périmètre pertinent en matière de déplacements, au-delà du périmètre institutionnel sur lequel seront menées les différentes actions.

La réalisation d’un diagnostic mobilité implique de croiser des données de mobilité avec des données territoriales. Différentes sources de données sont mobilisables dont, par exemple, celles de l’INSEE (recensements, base de données des équipements, des entreprises et établissements…), la base de données SITADEL (recensement des autorisations de construire), les données de fréquentation des gestionnaires d’infrastructures et de réseaux, ou encore relatives à l’offre de transport existante…

Deux exemples d’outils méthodologiques à disposition des collectivités

Pour accompagner les collectivités dans la collecte et l’analyse des données de mobilité, des outils méthodologiques existent :

CAPAMOB105 (Comprendre et analyser pour agir sur les mobilités), outil conçu par le CEREMA pour permettre aux collectivités des territoires peu denses d’analyser elles-mêmes le système de mobilité des habitant·es en utilisant des méthodes simples et adaptées.

Le site invite à suivre une méthode en trois étapes :

  • déterminer le potentiel du territoire, en identifiant les caractéristiques territoriales qui structurent les mobilités ;
  • évaluer la pertinence des services de mobilité, en recensant tous les services de mobilité existants et en évaluant leur efficacité ;
  • anticiper l’évolution des besoins : il s’agit d’analyser les pratiques de déplacement sur le territoire, puis de repérer les inadéquations entre l’offre et la demande de mobilité. La méthode proposée invite à adopter une vision prospective, afin d’anticiper l’évolution des besoins.

Il propose, pour chacune de ces trois étapes, une présentation de plusieurs éléments d’analyses à réaliser, avec les questions auxquelles ces analyses doivent contribuer à répondre, différentes méthodes pour conduire les analyses, et les acteurs incontournables à associer.

Diagnostic Mobilité106 , outil open-source soutenu par l’ADEME : Diagnostic Mobilité propose un outil de diagnostic en ligne. Ce tableau de bord rassemble et met en valeur différentes sources de données essentielles pour étudier l’organisation géographique d’un territoire, son profil, l’offre de transport actuelle et les pratiques de déplacement.

Parmi les différentes sources de données, les enquêtes mobilité sont particulièrement intéressantes. Elles sont à la mobilité, résume le CEREMA, « ce que le recensement de la population est à la démographie ». Les enquêtes mobilité offrent ainsi, à partir d’un échantillon représentatif de la population, une photographie de la mobilité sur un territoire, en permettant de faire le lien entre les caractéristiques des déplacements (dont les motifs et les modes de déplacement) et celles des personnes qui les réalisent107.

Leur complexité et leur coût, liés notamment à la collecte en vis-à-vis ou par téléphone, ne les rendent pas facilement déployables dans les territoires peu denses. Certains d’entre eux rentrent dans le périmètre de ces enquêtes : souvent menées à l’échelle d’agglomérations (Poitiers, Niort, Saintes, Rochefort…), les enquêtes mobilité peuvent ainsi englober des couronnes périurbaines parfois rurales. Elles peuvent aussi être menées, lorsque cela fait sens, sur un territoire plus large, englobant notamment de nombreux territoires ruraux sous l’influence urbaine. Tel est par exemple le cas de l’enquête mobilité menée en 2021 à l’échelle de la Gironde et de sept communes landaises, qui distingue, dans ses principaux résultats, les espaces métropolitains et non métropolitains108.

Il reste pour autant nécessaire pour les territoires les moins peuplés de disposer d’informations fines sur la mobilité quotidienne de leurs habitantes et habitants. C’est pourquoi le CEREMA a développé un protocole de collecte adapté aux territoires ruraux. Le bilan méthodologique est jugé très encourageant, ce qui invite à reproduire le protocole sur d’autres territoires.

Une enquête mobilité conçue pour un territoire rural

Le CEREMA a expérimenté en 2023 sur le territoire de la Communauté de communes Saône Doubs Bresse (12 000 habitants) un protocole d’enquête adaptée aux territoires peu denses. Il a accompagné cet EPCI pour élaborer un questionnaire adapté à ce type de territoire auquel les habitantes et habitants puissent répondre sans l’intervention d’un enquêteur, afin de réduire les coûts de collecte. Afin de couvrir l’ensemble de la population, le questionnaire a été proposé au format numérique et papier.

11 % des ménages et 9 % des personnes résidant sur le périmètre de la Communauté de communes ont fourni des réponses exploitables. Celles-ci ont ensuite été redressées pour garantir la représentativité de l’échantillon.

Le principe d’un questionnaire auto-administré a ainsi démontré son intérêt et sa pertinence dans les territoires ruraux. La méthodologie proposée a permis de disposer d’un panorama précis des déplacements pour un coût d’environ 20 000 euros, soit un coût de collecte par personne enquêtée cinq fois inférieur à une collecte par téléphone.

Plus d’informations sur l’expérimentation sur le site internet du CEREMA (lien).

Définir une stratégie et construire un plan d’actions

Structurer une politique locale de mobilité invite à construire une feuille de route partagée, définissant des objectifs, hiérarchisant des priorités, ensuite déclinées dans des actions opérationnelles. Le diagnostic doit permettre de dégager les grands enjeux de la mobilité dans le territoire, c’est-à-dire les principaux sujets qui seront au cœur de la politique de mobilité du territoire. Ces enjeux peuvent être de nature diverse : difficultés de mobilité rencontrées par une partie de la population (personnes non motorisées notamment), desserte de certaines parties du territoire (accès aux zones d’emploi, aux commerces et services, aux sites ou zones touristiques…), évolution des comportements de mobilité vers des pratiques de déplacement moins carbonées…

L’identification de ces enjeux doit alors permettre au territoire de définir sa stratégie de mobilité, c’est-à-dire de déterminer un nombre limité d’objectifs qui guideront l’élaboration du plan d’action.

Transition entre le diagnostic et les actions plus opérationnelles, cette phase de réflexion est indispensable pour définir des priorités, donner du sens aux actions à mettre en place ou encore assurer la cohérence du plan d’action. S’agit-il par exemple prioritairement de réduire les inégalités d’accès à la mobilité, de diminuer l’utilisation de la voiture individuelle, de réduire l’impact des déplacements sur l’environnement, d’améliorer l’accès aux services et équipements essentiels ? De ces priorités stratégiques découleront des actions différentes, qui pourront alors être formalisées dans un plan d’action plus opérationnel.

Cette démarche gagnerait à être plus systématiquement formalisée dans un plan de mobilité simplifié (PDMS), outil de planification adapté, par sa souplesse, aux territoires peu denses. Encore assez peu répandue en Nouvelle-Aquitaine, l’élaboration d’un PDMS permet en effet aux AOM locales de se doter d’une politique de mobilité globale et cohérente, leur donnant des outils pour planifier leurs actions et jouer leur rôle d’acteur central de l’écosystème local de la mobilité.

La planification des mobilités par AOM en 2025

Source : CEREMA, Observatoire des politiques locales de mobilité - Les données 2025 (lien).

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Focus sur le Plan de mobilité simplifié (PDMS)


La loi du 24 décembre 2019 d’orientation des mobilités (LOM) a redéfini les outils permettant l’élaboration et la mise en œuvre d’une politique de mobilité locale. Elle crée en particulier, à la suite du plan de mobilité rurale, le plan de mobilité simplifié (PDMS) destiné aux autorités organisatrices de la mobilité locale des territoires moins denses (villes moyennes, territoires ruraux). « Le cadre juridique du plan de mobilité est volontairement limité afin de permettre une souplesse dans sa déclinaison et une grande adaptabilité aux enjeux de chaque territoire »109.

Selon le CEREMA, le PDMS permet ainsi à une collectivité AOM de se doter d’une stratégie de mobilité adaptée aux enjeux de son territoire et aux besoins de sa population. Il offre l’opportunité de construire une feuille de route déclinée dans

un projet de mobilité, contribuant ainsi à la mise en œuvre d’actions de mobilité sur le territoire portées par tous types d’acteurs privés comme publics. Il répond à sept principes, identifiés par le CEREMA : le PDMS est ainsi :

  • volontaire : non obligatoire, sa réussite dépend des volontés locales ;
  • souple : la liste des thématiques à aborder et son processus d’élaboration sont peu normés, afin de laisser de la place pour l’adaptation et l’innovation locales ;
  • indépendant juridiquement : il n’entretient pas de lien juridique avec d’autres plans ou documents ;
  • mutualisable : le contenu du plan peut être valorisé lors d’autres démarches et se traduire dans différents documents abordant la mobilité directement ou non (schéma de cohérence territoriale, plan local d’urbanisme intercommunal, plan climat air énergie territorial), contribuant ainsi à la mise en cohérence des politiques locales ;
  • adapté au territoire : conçu localement par les acteurs du territoire, il reflète les enjeux et les actions en faveur des mobilités existantes et à venir sur un périmètre précis ;
  • partenarial : il permet de réunir acteurs publics, privés et issus de la société civile concernés par son élaboration ;
  • participatif : il inclut la participation d’un large public mais sans enquête publique obligatoire.

Plus d’informations : CEREMA, Le plan de mobilité simplifié – Planifier les déplacements dans un territoire rural ou une ville moyenne, Fiche de synthèse, novembre 2020. Se reporter également au guide méthodologique proposé par le CEREMA, Le plan de mobilité simplifié - Un outil souple et stratégique pour organiser les mobilités dans les villes moyennes et les territoires ruraux, 2021.

Fédérer les acteurs et la population

Mobiliser des ressources financières pour développer de nouveaux services, faire évoluer les comportements de mobilité, développer les modes actifs, rationnaliser la place de la voiture… nécessitent une volonté politique locale forte. Comme dans d’autres démarches projet, le portage politique, l’adhésion et l’implication des élus (exécutif local, élu en charge des mobilités…) est un levier essentiel de réussite d’une politique de mobilité locale. Créer une dynamique autour des projets de mobilité facilitera la mobilisation en interne de la collectivité, mais aussi de tous les partenaires et acteurs susceptibles d’être impliqués dans la démarche.

La mise en œuvre de solutions de mobilité et l’observation de leurs effets s’effectue sur le temps long, notamment au regard des dynamiques politiques liées aux mandats électoraux. Le délai entre le lancement de la démarche et son aboutissement doit rester raisonnable pour éviter que les diagnostics sur lesquels elle est construite ne deviennent caducs, ainsi que la démobilisation des collectivités et des populations concernées. Cette question du temps long doit ainsi être bien intégrée dans les politiques de mobilité : à ce titre, une construction par étapes est utile pour permette d’avoir des premiers résultats rapidement et ainsi créer une dynamique et une adhésion de la population, tout en garantissant une continuité de l’action publique à plus long terme. Un effort régulier d’information et de pédagogie

auprès des populations et acteurs locaux est également nécessaire pour ne pas donner l’impression que leurs demandes sont ignorées.

L’implication de l’ensemble des parties prenantes, aux différentes étapes de la démarche, est un facteur important de réussite. Rassembler et fédérer les acteurs autour de l’élaboration et de la mise en œuvre d’une stratégie locale de mobilité est indispensable pour affiner la connaissance des besoins de mobilité puis susciter dans le territoire une dynamique locale et un portage partagé. Une très large palette d’acteurs peut être associée à la démarche, à travers la gouvernance du projet (comité de pilotage et comité technique) et plus généralement différentes formes de participation (de la consultation à la co-construction), parmi lesquels :

  • les acteurs institutionnels : Région, EPCI ou communes, notamment voisines du territoires, services du Département ou de l’État… ;
  • les représentants des acteurs économiques et des employeurs publics, qui génèrent d’importants flux de déplacement. À ce titre, le plan de mobilité simplifié doit prendre en compte les plans de mobilité employeur lorsqu’ils existent ;
  • les représentants de secteurs concernés par des problématiques spécifiques de mobilité : acteurs du médico-social, de l’enseignement ou encore du tourisme…
  • les acteurs du transport : exploitants de transport collectifs, taxis, loueurs de cycles… ;
  • les acteurs associatifs, et notamment les associations œuvrant dans le champ de la mobilité solidaire ou encore représentant les usagers des transports…

Plus généralement, associer la population locale permet d’informer et d’animer le débat local autour des sujets de mobilité, mais aussi de faire gagner en pertinence les actions envisagées par une meilleure connaissance des pratiques et attentes, l’émergence d’idées nouvelles ou encore par une première vérification de l’acceptabilité des actions. Ateliers, réunions participatives, diagnostic en marchant, outils numériques… différentes modalités peuvent être utilisées pour associer habitantes et habitants, entreprises, commerçants, associations… à la construction de la politique de mobilité du territoire.