Introduction
Faciliter et décarboner les mobilités dans les territoires ruraux : c’est au regard d’une double urgence, sociale et environnementale, que le Conseil Économique, Social et Environnemental Régional (CESER) de Nouvelle-Aquitaine a souhaité contribuer aux réflexions sur le développement d’une mobilité plus durable et inclusive dans les territoires ruraux de la région. Le mouvement des « Gilets jaunes », qui émerge en partie suite à la hausse du prix des carburants ou encore la limitation à 80 kilomètres-heure de la vitesse maximale sur les routes à double sens, a en effet mis au jour la fragilité des conditions de déplacement pour de nombreux habitants et habitantes vivant dans les territoires ruraux. Dans ces espaces peu denses où l’offre de transport collectif est souvent réduite, voire inexistante, où les distances pour rejoindre les pôles d’emploi et les services s’allongent, une partie de la population n’a pas accès ou difficilement à la mobilité, avec tout ce que cela implique en termes de difficultés, voire de renoncements, dans l’accès à l’éducation, à l’emploi, aux soins, aux services, à la culture, aux activités sportives ou de loisirs… D’autres, qui consacrent une part importante et contrainte de leur budget aux dépenses de mobilité quotidienne, sont rendus plus vulnérables aux coûts de l’automobile dont ils sont dépendants.
Cette dépendance subie à la voiture personnelle, qui caractérise les territoires ruraux davantage que d’autres espaces, n’est pas seulement une source de vulnérabilité pour celles et ceux qui ne peuvent en disposer ou pour qui elle devient trop coûteuse. Elle est plus globalement porteuse
d’une forme de mobilité de moins en moins soutenable en termes de développement durable. De nombreux enjeux, environnementaux, sanitaires, climatiques mais aussi territoriaux, appellent en effet au développement de solutions alternatives au « tout voiture ».
Enjeux à multiples facettes, la mobilité est par essence au cœur des démarches de transition. La question de la mobilité quotidienne irrigue ainsi plusieurs des ambitions de Néo Terra, feuille de route de la Région Nouvelle-Aquitaine pour les transitions environnementales et sociales : réduction de la consommation d’énergies fossiles (Ambition 1 – Ressources naturelles), lutte contre l’isolement et l’exclusion sociale (Ambition 2 - Solidarités), réduction de l’empreinte écologique des transports (Ambition 5 – Mobilité et Habitats), protection de la santé (Ambition 6 - Santé).
Territoires ruraux : de quoi parle-t-on ?
Renvoyant à une multitude de définitions, les espaces ruraux constituent une réalité difficile à cerner avec précision. Le terme est utilisé pour caractériser une diversité de territoires, des plus ruraux jusqu’aux espaces périurbains de deuxième couronne. L’INSEE a longtemps défini le rural « en creux », par la négative : selon cette approche, était rural ce qui n’était pas urbain. L’Institut a proposé en 2020 une nouvelle définition des territoires ruraux, qui repose sur la densité de population. Les communes peu denses et très peu denses sont ainsi considérées comme rurales.
Qu’est-ce que la grille communale de densité ?
La grille communale de densité permet de classer les communes en fonction du nombre d’habitants et de la répartition de ces habitants sur leur territoire. L’appartenance à un niveau de la grille n’est ainsi pas simplement liée à la densité moyenne de population calculée sur l’ensemble de la commune (incluant les surfaces non habitées) ; elle prend en compte la présence au sein de la commune de zones concentrant un grand nombre d’habitants sur une faible surface. Plus la population est concentrée et nombreuse, plus la commune est considérée comme dense.
Les communes densément peuplées et les communes de densité intermédiaire constituent l’espace urbain ; les communes peu denses et très peu denses relèvent de l’espace rural. Au sein des communes rurales, la grille distingue plus précisément les bourgs ruraux, le rural à habitat dispersé et le rural à habitat très dispersé.
Avec cette nouvelle définition, le poids du rural est nettement renforcé : la part de la population rurale dans l’ensemble de la population française passe de 5 % (zonages en aires urbaines) et 20 % (zonages en unités urbaines) à 33 % avec l’approche de la carte communale de densité.
Cette définition ne rend toutefois pas totalement compte de la diversité des territoires ruraux et des interdépendances entre les différents espaces. Les espaces peu denses peuvent ainsi recouvrir la périphérie éloignée de grandes villes jusqu’aux territoires les plus ruraux ; certains peuvent être bien dotés en services de proximité, tandis que d’autres, pourtant de densité comparable, n’en sont pas pourvus…
Le CESER a choisi, dans le cadre de ce rapport, de définir les territoires ruraux du point de vue de la mobilité : entrent ainsi dans le champ de la réflexion proposée les territoires dans lesquels il existe peu d’autres possibilités que le véhicule individuel pour se déplacer, et dans lesquels les solutions de massification des transports sont peu performantes.
Des clés pour construire un nouveau modèle de mobilité dans les territoires ruraux
Comment développer de nouvelles formes de mobilité, moins inégalitaires et plus respectueuses de l’environnement, de la santé et du cadre de vie, porteuses de nouvelles dynamiques de développement pour les territoires ruraux ? C’est à cette
interrogation que le CESER a souhaité apporter quelques éléments d’analyse et de proposition.
Les territoires ruraux ne constituent pas un ensemble homogène ; ils présentent leurs propres dynamiques, démographiques, économiques, sociales… qui façonnent les mobilités locales. Plutôt que de rechercher un introuvable modèle de mobilité duplicable à l’ensemble des espaces ruraux, le CESER propose à la Région et aux territoires, autorités organisatrices de la mobilité, des clés, une « boîte à outils »1, dont ils pourront se saisir dans la définition et la mise en œuvre de leur politique de mobilité dans les espaces ruraux.
Centré sur les politiques de mobilité pouvant être déployées à court et moyen terme, le rapport n’abordera en revanche que plus ponctuellement les enjeux d’aménagement du territoire, très fortement interdépendants avec les besoins de mobilité : limiter l’étalement urbain, reconquérir les centres-bourgs et centres-villes, rapprocher commerces et services des habitants, développer la mixité fonctionnelle des espaces sont des leviers incontournables pour, à plus long terme, diminuer les mobilités contraintes.
Une large place aux initiatives locales
La Commission « Développement des territoires et mobilité » du CESER, chargée de cette autosaisine, s’est appuyée sur le regard et l’analyse de différents acteurs des mobilités dans les territoires ruraux. Elle tient à les remercier pour leur participation à ses travaux.
À l’image du premier Cahier des solutions de Néo Terra que la Région a consacré au sujet, la Commission a plus particulièrement fait le choix de mettre en lumière des initiatives, des actions mises en œuvre en Nouvelle-Aquitaine autour des mobilités locales. Il s’agit de montrer, par ces exemples concrets, qu’il est possible de développer des services, des solutions répondant aux besoins des habitantes et habitants des territoires ruraux. Il s’agit aussi d’identifier des bonnes pratiques, les leviers ou encore les freins à ces démarches.
En complément des auditions de plusieurs territoires de la région investis sur le sujet, la Commission a choisi de réserver, au cœur même de son rapport, une large place aux initiatives repérées dans les territoires par les membres de la Commission et de l’Assemblée.
Structuration du rapport
À travers cette étude, le CESER s’est attaché à répondre à trois principales interrogations, auxquelles trois parties apporteront successivement des éléments de réponse :
- en quoi la mobilité est-elle un enjeu dans les zones peu denses ? Les territoires peu denses se caractérisent par une dépendance subie à la voiture, source de fortes inégalités sociales et économiques et porteuse d’un modèle de développement peu soutenable pour les territoires ;
- quelles solutions pour des mobilités durables et accessibles à toutes et tous dans les territoires ruraux ? Des infrastructures aux services, de l’échelle régionale structurante à l’échelle locale de maillage, il existe de nombreuses solutions de mobilité répondant aux besoins des habitants et plus respectueuses de l’environnement et du cadre de vie ;
- quelles conditions de réussite d’une politique de mobilité dans les territoires peu denses ? Le rapport présente quelques clés pour mettre en œuvre avec succès une politique de mobilité dans les territoires ruraux, identifiées à partir des principaux freins restant à lever.