GRAND ANGOULÊME
Expérimentation d’une ligne de covoiturage

Le territoire
La Communauté d’agglomération de Grand Angoulême, au cœur du département de la Charente, compte 141 000 habitants, soit 40 % de la population totale du département, répartis sur 38 communes, des plus urbaines en son centre aux plus rurales sur son pourtour. La ville-centre, Angoulême, rassemble près de 42 000 habitants, soit 30 % du total de Grand Angoulême.
Grand Angoulême est une agglomération vallonnée et donc contrainte par une géographie particulière, notamment pour les déplacements par les modes actifs (marche et vélo). C’est aussi un territoire marqué par des niveaux de densité très divers, avec des écarts particulièrement importants entre la ville-centre et le reste de l’agglomération. L’offre en transports en commun y est donc complexe à mettre en place entre des zones denses bénéficiant d’une offre régulière de transports urbains et de larges zones hors de la ville dense, desservies par un service de transport à la demande. Celui-ci est néanmoins complexe à comprendre par les usagers, en raison d’une offre morcelée entre différents opérateurs.
Politique locale de mobilité
Grand Angoulême a pris la compétence mobilité et fait partie du syndicat mixte Nouvelle-Aquitaine Mobilités. Un Plan local d’urbanisme intercommunal valant plan de mobilité a été arrêté en conseil communautaire en mars 2025 et est soumis à enquête publique. Il a été élaboré dans le cadre d’une démarche participative intitulée Cartéclima !
La stratégie de mobilité à l’horizon 2035 pour le territoire de Grand Angoulême « affirme la nécessité d’une offre de services de mobilité diversifiée et articulée pour faire concurrence à la voiture individuelle ». Elle propose une vision systémique des mobilités, avec pour objectif un changement des pratiques du quotidien et une réduction de l’impact environnemental des déplacements des personnes et des marchandises.
Sur le territoire de Grand Angoulême, les moyens de transport utilisés pour se rendre au travail se répartissent ainsi : 83 % voiture, camion, fourgonnette, deux-roues motorisé / transports en commun 6 % / marche 5 % / vélo 2 % (INSEE 2022).
Pour atteindre l’objectif visé de changement des pratiques, la collectivité souhaite proposer un bouquet de solutions de manière conjointe, afin de s’adresser à différents types de populations. Sous forme d’expérimentations, d’une durée d’un à deux ans, avec des bilans intermédiaires permettant d’ajuster les offres ou leur communication, quatre secteurs ont été identifiés pour les accueillir, concernant huit communes, principalement situées en zones peu denses.
L’initiative et son impact
Parmi les diverses solutions offertes à l’automne 2025 – lignes express et périphériques, modes actifs avec notamment une implication des habitants, marquage au sol et implantation de mobilier urbain artistique… – et les différents publics visés – femmes, personnes âgées, actifs…, selon les expérimentations menées dans les quatre secteurs, la création d’une ligne de covoiturage a retenu l’attention pour son caractère innovant.
Si le covoiturage progresse pour les déplacements de longue distance, l’autosolisme reste très largement majoritaire pour les déplacements du quotidien.
Ouverte sur la route départementale reliant Périgueux à Angoulême, cette ligne de covoiturage s’adresse plus particulièrement aux actifs et aux trajets quotidiens entre les communes de Dignac, Dirac, Garat, Soyaux et Angoulême. La population principalement visée réside dans les zones peu denses autour de Dignac, Dirac et Garat, et travaille dans les zones urbaines de Soyaux et d’Angoulême.
Description de l’initiative
Sur ce tronçon fréquenté ont été implantés huit points de rencontre, dotés d’un grand panneau lumineux et d’un boîtier. La personne qui cherche du covoiturage sélectionne sur le boîtier l’une des destinations, qui s’affiche sur le grand écran et alerte le conducteur de passage, lequel est ainsi incité à s’arrêter pour prendre un compagnon temporaire de voyage.
Sans obligation d’inscription sur un site, sans réservation, sans rémunération, ce dispositif vise la simplicité et l’immédiateté. Son efficacité attendue repose sur le trafic dense du tronçon choisi, à l’aller comme au retour. Le bureau d’études Ecov, qui accompagne Grand Angoulême sur ce projet déjà mis en place dans d’autres collectivités avec succès, évalue l’attente moyenne à dix minutes.
Pour compléter le dispositif, un travail est en cours avec le syndicat régional Nouvelle-Aquitaine Mobilités afin d’identifier les arrêts sur l’application
Covoit Modalis. D’autres évolutions permettraient aux conductrices et conducteurs réguliers qui le souhaitent de s’inscrire sur l’application, de bénéficier d’un macaron à apposer sur leur pare-brise et de recevoir une petite gratification de la part de la collectivité.
Pour la communication, outre des affiches et des articles dans les magazines de l’agglomération et des communes concernées, ainsi que des relais sur les réseaux sociaux, le choix a été fait de recruter des ambassadeurs et ambassadrices sur des durées d’un à deux mois, pour intervenir dans les entreprises du secteur, les zones commerciales et les événements de la zone ciblée, et faire du boîtage afin d’atteindre le maximum de population. Un numéro de téléphone est diffusé pour permettre de converser avec une personne physique.
L’impact sur le territoire
L’initiative est prévue pour durer deux ans. Il est encore trop tôt pour déterminer les impacts sur le territoire. La montée en charge d’une ligne de covoiturage se fait sur le temps long, soit un à deux ans. Les premiers bilans permettront de dégager des hypothèses d’impact.
Grâce aux différents canaux de communication et aux relais des communes, ont été potentiellement touchés :
- les 13 000 véhicules (source : campagne de comptages multimodaux 2024) circulant sur la RD 393, grâce à la bâche d’information installée au rond-point de la RD 23/393 et aux poteaux des différents arrêts ;
- une partie des habitants des communes concernées : Dignac (1 329 habitants), Dirac (1 511 habitants), Garat (1 971 habitants), Soyaux (9 322 habitants) et Angoulême (41 955 habitants) ;
- les usagers du réseau Möbius, grâce aux pages de présentation du service dans le magazine « Möbius Info » de juillet 2025.
La mise en œuvre de la démarche
Les leviers mobilisés
- La collectivité a réalisé l’ensemble de la démarche avec des ressources internes afin de choisir quatre secteurs d’expérimentation et d’y répartir les différentes offres selon leurs caractéristiques. Le financement (matériel, travaux et gestion) est assuré par Grand Angoulême.
- Le syndicat Nouvelle-Aquitaine Mobilités a permis d’initier la démarche en finançant les études réalisées par le bureau d’études Ecov.
- La commande de matériel a été réalisée grâce à la centrale d’achat proposée par Nouvelle-Aquitaine Mobilités.
Un travail est également en cours avec Nouvelle-Aquitaine Mobilités pour alimenter le site Covoit Modalis.
Les conditions de réussite
- Si la question du seuil pour évaluer l’expérimentation reste délicate, les élus souhaitent qu’au-delà de l’aspect quantitatif, le volet qualitatif soit également pris en compte : qui utilise le service, à qui profite-t-il essentiellement ?
- Pour faire le choix de poursuivre ou non l’expérimentation, c’est bien l’ensemble de ces impacts qui doit être mesuré, y compris du point de vue social.
Les difficultés rencontrées, les freins, les pistes d’amélioration
- L’application Modalis doit encore évoluer afin d’intégrer le plus grand nombre possible de solutions de mobilité offertes sur l’ensemble du territoire régional. L’application Covoit Modalis reste peu connue. La communication et la facilité d’utilisation de Covoit Modalis doivent être développées pour permettre aux offres de trouver leur public.
- Les changements de comportement se construisent et s’ancrent dans la durée. Il est donc nécessaire de laisser du temps aux nouvelles offres, comme celle de covoiturage ici proposée, pour trouver leur public et leur équilibre.