Des situations différentes de vulnérabilité face à la mobilité dans les zones peu denses
La faible desserte en transport en commun, ainsi que l’éloignement des équipements, commerces ou services conduisent les espaces peu denses à une très grande dépendance au véhicule personnel, porteuse de forts enjeux sociaux. Cette dépendance à la voiture, subie en l’absence d’alternative, est en effet une source de vulnérabilité pour une partie des populations qui vivent en milieu rural. Le mouvement des Gilets jaunes, qui émerge en partie suite à la hausse du prix des carburants ou encore la limitation à 80 kilomètres-heure de la vitesse maximale sur les routes à double sens, a ainsi mis au jour la fragilité, pour une partie de la population, des conditions de mobilité dans les espaces peu denses.
Cette dernière catégorie rassemble une large part de la population qui vit en milieu rural : les ménages aux revenus modestes à aisés, qui « parviennent à satisfaire eux-mêmes leurs besoins en mobilités, grâce à des déplacements essentiellement autosolistes a priori non- problématiques d’un point de vue financier ». Si elle ne semble pas présenter de risques sociaux particuliers, cette dernière catégorie de personnes présente, avec celle des « vulnérables », de forts enjeux environnementaux, sanitaires et d’aménagement du territoire, développés plus largement dans la fiche n° 4.
Les « assignés territoriaux »20, peu ou pas mobiles
Les « assignés territoriaux » sont des personnes qui n’ont pas ou difficilement accès à la mobilité, pour des raisons qui peuvent être financières (coût du permis de conduire, de l’achat et de l’usage d’un véhicule…), physiques (liées à l’âge, à une situation de handicap), culturelles (forte difficulté à quitter son territoire) ou encore comportementales (déficit de capacité de mobilité, par exemple incapacité à acheter seul un titre de transport).
« Ces ménages sont très fortement ancrés dans leur proximité, « prisonniers » de leur espace de vie. En conséquence de ces difficultés de mobilité, le territoire que ces ménages peuvent parcourir est limité ; ils sont très dépendants des services et commerces de proximité, ainsi que de leur réseau familial et amical proche »21.
Différentes populations vivant en milieu rural sont plus particulièrement concernées par ces situations d’immobilité contrainte, des plus jeunes qui, faute de voiture, se retrouvent dans l’impossibilité de suivre des formations ou de passer des entretiens d’embauche, aux plus âgé·es qui comptent sur leurs proches (famille, amis…) pour se déplacer pour se rendre à des rendez-vous médicaux ou faire leurs courses22.
Le Baromètre des mobilités du quotidien estimait, dans son édition 2024, à 10 % la part de la population française ne disposant en propre d’aucun équipement de mobilité (sans voiture ou permis, sans vélo, sans abonnement aux transports en commun ou à un service partagé). Les foyers aux plus bas revenus, ainsi que les demandeurs d’emploi ou encore les non diplômés sont particulièrement représentés.
Les territoires néo-aquitains ne sont pas tous confrontés avec la même intensité à la problématique. Si elle n’épuise pas l’analyse, la carte proposée par la DATAR de la Région Nouvelle-Aquitaine permet d’identifier les territoires les plus vulnérables. Son intérêt est de croiser deux indicateurs : la part des personnes vivant à plus de dix minutes de marche d’un arrêt de transport en commun23 et la part des personnes vivant dans un ménage sans voiture.
La carte fait ainsi apparaître des territoires, essentiellement dans le périurbain bordelais, où la grande majorité des personnes sont équipées en voiture et sont proches d’arrêts de transport en commun. À l’opposée, des territoires présentent des valeurs élevées pour les deux indicateurs, pouvant laisser craindre des difficultés de mobilité plus marquées : c’est le cas des Communautés de communes du Pays Foyen et des Portes de Vassivière.
Sans atteindre la situation de ces deux EPCI, de nombreuses intercommunalités rurales de la région cumulent sur les deux indicateurs des valeurs moyennes et/ou élevées. Dans d’autres au contraire, par exemple dans les Landes ou le Lot-et-Garonne, les arrêts de transport en commun sont certes éloignés pour une part importante de personnes, mais une proportion plus faible de ménages vit sans voiture.
Personnes vivant dans un ménage sans voiture et personnes
à plus de dix minutes à pied d’un arrêt de transport en commun

Région Nouvelle-Aquitaine, DATAR, Ménages sans voiture et distance aux transports en commun -
Typologie des intercommunalités néo-aquitaines, La carte du mois, juin 2025.
Les « vulnérables », mobiles mais fragilisés par le coût des carburants
Les ménages « vulnérables » consacrent une part importante de leur budget aux dépenses de mobilité quotidienne (achat, entretien et réparation de véhicules, carburant, stationnement…). Cette forme de vulnérabilité s’inscrit plus largement dans la précarité énergétique à laquelle de nombreux ménages sont confrontés du fait de la hausse du coût de l’énergie.
Ces populations à revenus modestes, très présentes dans les territoires ruraux et généralement largement dépendantes de l’automobile faute d’offre alternative de transport, sont particulièrement exposées à l’augmentation du prix des carburants. La recherche de coûts fonciers moindres et d’une offre importante de terrains constructibles, mais aussi d’une qualité de vie perçue comme meilleure, a en effet conduit une partie de la population à s’éloigner des villes. S’éloignant du même coup de leur lieu d’emploi, ces populations augmentent les distances, et donc le coût de leurs déplacements.
22 % de la population en situation de précarité-mobilité en Nouvelle-Aquitaine
Le Baromètre des mobilités du quotidien, construit par la Fondation pour la Nature et l’Homme et Wimoov, permet d’apprécier la réalité sociale des mobilités en France et dans ses régions. Construit à partir d’une enquête menée auprès d’un large panel de Français, répartis au sein des métropolitaines et représentatifs de la diversité de la population, le Baromètre propose un indicateur de la précarité face à la mobilité. Six facteurs qui reflètent différentes causes (ressources financières, dépenses en énergie, conditions de mobilité) et dimensions (économique, technique, géographique) sont plus spécifiquement croisés, pour identifier trois situations distinctes et complémentaires : la précarité carburant, la vulnérabilité en matière de mobilité et la dépendance à la voiture. Dans sa troisième édition (2024), le Baromètre évalue à :
- 11 % la part de la population régionale (10 % à l’échelle nationale) en « précarité carburant » : il s’agit des personnes qui ont un bas revenu, des dépenses en carburant élevées et /ou qui doivent déjà restreindre leurs déplacements ;
- 11 % la part de la population néo-aquitaine « vulnérable en matière de mobilité » (10 % à l’échelle nationale), soit des ménages à bas revenu qui ont des conditions de mobilité contraignantes, telles qu’une longue distance à parcourir, l’absence d’alternative à la voiture ou des véhicules vieillissant ;
- 14 % la part de la population régionale « dépendante à la voiture » : ce facteur, non lié à la situation économique personnelle, permet d’identifier tous les automobilistes qui ont des dépenses élevées en carburants et des conditions de mobilité contraignantes comme les longues distances ou qui n’ont pas d’autre choix que la voiture.
Au total, déduction faite des cumuls, 22 % de la population régionale se trouverait dans une situation de précarité face à la mobilité, plaçant la Nouvelle-Aquitaine dans une situation plutôt défavorable par rapport aux autres régions.
Source : Wimoov, Baromètre des mobilités du quotidien (3e édition, 2024) - Lien