Inciter au changement de comportement de mobilité
Préalable indispensable, proposer une offre attractive de mobilité, faciliter les déplacements par une intermodalité bien pensée… n’est pas nécessairement suffisant pour impulser un report modal vers des modes de transport plus durables. Pour une large partie de la population vivant en milieu rural, le véhicule individuel répond, par sa facilité d’usage et sa flexibilité, le stationnement aisé ou encore l’absence d’embouteillages, à une très large palette de besoins de mobilité. Répondre aux enjeux environnementaux, sanitaires et climatiques ou encore d’un développement territorial plus équilibré, implique ainsi de faire évoluer les comportements de mobilité.
Mettre en œuvre des politiques d’incitation au changement de comportement de mobilité impose d’appréhender au préalable les principaux déterminants du choix modal, c’est-à-dire l’ensemble des facteurs qui influencent le choix d’un mode spécifique de déplacement. Cette compréhension par les territoires des freins et leviers à l’usage des modes est un préalable pour orienter et définir des politiques d’incitation.
Quels sont les déterminants du choix du mode de transport ?
- la densité : plus la densité (de population, d’emploi ou de bâti) est élevée, plus les trajets sont courts car il existe alors une concentration d’opportunités dans un espace restreint ;
- la diversité : de même, plus l’usage des sols est diversifié (mixité fonctionnelle), plus il y a de chance de trouver à proximité la destination souhaitée (commerce, service, emploi…) ;
- le design : la qualité et le type de voirie et ses modes de partage, l’existence et la largeur des trottoirs, la qualité patrimoniale ou paysagère participent à orienter le choix vers tel ou tel mode de transport.
- l’âge, qui influence le taux de motorisation, mais aussi la génération, avec un usage maximal de la voiture particulière pour les déplacements de longue distance par la génération des baby-boomers (1945-1965), moins marqué depuis la génération X (1965-1980) ;
- la profession, le niveau d’éducation ou le niveau de revenus : on note par exemple une diminution de l’usage de la voiture particulière au profit du transport collectif et du vélo à mesure que le niveau d’éducation augmente ; les individus à haut revenu parcourent des distances annuelles plus importantes en voiture...
- le genre, avec une part de déplacements contraints plus élevée pour les femmes, ou encore la composition familiale, la présence d’enfant(s) induisant un usage plus important de la voiture140.
- Les attitudes et représentations, qui déterminent :
- la perception du temps de trajet et des différents types de temps qui le composent (temps d’accès, d’attente, temps à bord, en correspondance…) : les perceptions conduisent fréquemment à une sous-estimation du temps de déplacement en voiture et à une surestimation du temps de déplacement en transports collectifs ;
- la perception du mode de déplacement, liée à sa praticité pour l’usager (perception du confort, de la sécurité, de la facilité d’utilisation…) mais aussi à la manière dont le mode sera perçu par les autres (voiture versus vélo, par exemple).
- Les modes de vie, et notamment :
- les stratégies de localisation résidentielle, entre véritable choix (centre-bourg versus espaces périphériques) et contrainte budgétaire141 ;
- l’organisation quotidienne (vie familiale, loisirs, achats…), qui influence le choix du mode le plus adapté à la chaîne de déplacement ;
- les habitudes de déplacement…
Source : audition de Rémy LE BOENNEC, chercheur au CEREMA (Unité mixte de recherche MATRiS), 8 juillet 2025.
Dans les territoires peu denses, le principal frein au changement de comportement de mobilité réside, dès lors que sont proposées des alternatives, dans la force des habitudes : « la transformation des mobilités dans les espaces peu denses passe donc d’abord par un combat culturel consistant à faire s’approprier par les habitants et les élus de nouvelles solutions construites avec eux et de diversifier peu à peu les modes de déplacement. Un tel changement des mentalités prend nécessairement du temps »142. Plutôt que de chercher à lutter contre la voiture143, l’objectif doit être d’inciter à diversifier les modes de déplacement. Plusieurs leviers peuvent ainsi être explorés dans cette perspective :
- les actions d’animation, d’information et de sensibilisation sont essentielles pour inciter au changement de comportement. Les changements de comportement s’inscrivant dans le temps long, ces actions doivent être menées dans la durée. Il est important de fournir des informations ciblées, montrant aux individus les gains personnels (économiques, santé, environnement, temps gagné…) accessibles par un changement de comportement. Il peut aussi s’agit d’offrir aux habitantes et habitants une première expérience, en proposant par exemple un test gratuit d’un vélo électrique, d’un service d’autopartage ou de transport public…
Ces actions de sensibilisation doivent permettre de neutraliser un certain nombre d’idées reçues tenant au temps, au coût ou encore aux contraintes de déplacement avec des modes alternatifs : il s’agit par exemple de porter l’attention sur le coût réel de la voiture, souvent sous-estimé par les automobilistes qui tendent à le réduire au coût direct des déplacements (carburant, stationnement…) sans y ajouter l’entretien, les réparations, l’assurance ou encore la décote144.
- les nudges (marketing incitatif), incitations douces qui consistent à agir sur la psychologie et les biais cognitifs des personnes afin de les amener, sans les contraindre, à modifier leurs comportements. Il peut par exemple s’agir d’offrir un itinéraire de transports personnalisé à chaque employé d’une entreprise ou collectivité, ou encore de proposer des cartes isochrones ou des jalonnements indiquant le temps de déplacement en vélo ou à pied plutôt que la distance…
- des incitations financières : au-delà des dispositifs nationaux (forfait mobilité durable, prise en charge par l’employeur d’une partie des abonnements de transport collectif…) existants ou à développer145, différentes incitations financières peuvent être mises en œuvre à l’échelon local pour favoriser les mobilités alternatives. Elles peuvent par exemple prendre la forme d’incitation au covoiturage du quotidien, dont elles semblent être une condition de réussite, ou encore d’aides à l’achat de vélos ;
- des facilités pour l’utilisation de modes alternatifs : places réservées pour le covoiturage, équipements pour les vélos (stationnement sécurisé, stations de réparation…).
CLÉS DE RÉUSSITE
Lever les freins à l’usage des services de mobilité dans les zones peu denses
14. Faciliter, par une intermodalité renforcée, les déplacements des usagères et usagers
Poursuivre le développement de pôles d’échanges adaptés aux zones peu denses (pôles d’échanges multimodaux « classiques », aires de mobilité), ouverts aux différentes formes de mobilité (transports collectifs lorsqu’ils existent, mobilités actives, partagées…) et confortables pour les voyageurs.
Renforcer l’intermodalité entre le vélo et les transports collectifs (TER, cars régionaux), en :
- développant les services vélos autour des principaux arrêts ferroviaires et routiers : stationnement vélo sécurisé, service de location de vélo…
- étudiant une meilleure régulation de l’emport des vélos à bord des trains : la mise en place, sur les lignes plus particulièrement concernées, d’une réservation préalable attachée à un train précis permettrait de garantir au voyageur un embarquement effectif avec son vélo.
Poursuivre et approfondir la coordination des offres de transport régionales et locales afin d’accroitre, grâce à l’enchainement fluide de plusieurs modes, les possibilités de déplacement offertes sur chaque territoire.
Poursuivre et améliorer l’intégration des différents modes de transport au sein d’une offre unifiée (billettique interopérable, tarification intermodale), en l’ouvrant aux « nouveaux » services de mobilité.
15. Informer et accompagner
Faire connaître les services de mobilité en s’appuyant sur une communication de proximité, adaptée aux publics visés.
Animer les démarches locales de mobilité pour inscrire les projets dans la durée, en s’appuyant sur un personnel dédié.
Renforcer la communication sur la plateforme Modalis pour la faire mieux connaitre du grand public, en s’appuyant notamment sur les médias régionaux et locaux, les réseaux sociaux ainsi que les offices du tourisme.
Améliorer « l’expérience utilisateur » du système d’information multimodal Modalis tout en l’ouvrant plus largement :
- aux « nouveaux » services de mobilité (active, partagée…), au-delà des seuls réseaux de transport des collectivités membres ;
- aux services de mobilité locale proposés dans les territoires peu denses (a minima en référençant les principaux services disponibles aux points de départ et d’arrivée).
En complément des services numériques, offrir aux usagères et usagers, et notamment aux plus vulnérables, l’accès facile à un interlocuteur qui pourra les renseigner sur l’offre disponible et les accompagner dans l’organisation de leurs déplacements. Cela pourrait passer, à l’échelle régionale, par :
- la mise en place d’une centrale d’appel téléphonique adossée à Modalis ;
- le développement de points d’information et de vente multimodaux, guichets uniques de la mobilité locale, en s’appuyant sur le réseau de gares et pôles d’échanges.
16. Inciter au changement de comportement de mobilité
Inciter à diversifier les modes de déplacement dans les territoires peu denses, en s’appuyant notamment sur :
- des actions d’animation, d’information et de sensibilisation inscrites dans la durée ;
- des nudges, incitations « discrètes » au changement de comportement de mobilité ;
- des incitations financières à l’utilisation de modes alternatifs de déplacement ;
- le déploiement, sur les territoires, de facilités d’usage pour les modes actifs ou partagés…