Conclusion
Proposer des solutions de déplacement à celles et ceux qui en sont privés, contribuer à la décarbonation des transports, préserver la santé humaine et l’environnement… de nombreux enjeux invitent à construire dans les territoires ruraux des modèles adaptés de mobilité, plus durables et inclusifs. Les initiatives menées dans de nombreux territoires le démontrent : lignes régulières, transport à la demande, covoiturage, autopartage, modes actifs… différentes solutions peuvent contribuer, de manière adaptée, à la desserte des populations rurales. Si elle continuera, dans les prochaines décennies, à répondre à de nombreux besoins dans les espaces ruraux, la voiture personnelle devra être pensée comme une solution parmi d’autres, au sein d’une offre de mobilité plus large et diversifiée.
Longtemps « zones blanches » de la mobilité, les territoires ruraux, AOM ou non, développent progressivement des offres de mobilité. Afin de répondre efficacement aux besoins de déplacement, tout en impulsant un changement plus profond des comportements de mobilité, l’action publique doit poursuivre sa montée en puissance. Parmi les leviers identifiés tout au long de son analyse et de ses préconisations, le CESER retient plus particulièrement la nécessité :
- de construire une stratégie globale de mobilité adaptée aux territoires, appuyée sur un portage politique fort et constant ;
- de lever les freins au développement d’une offre diversifiée de solutions de mobilité, à travers un renforcement de la gouvernance de la mobilité locale, la révision de leur modèle de financement et un soutien accru à l’ingénierie locale ;
- de lever les freins à l’usage des services de mobilité, en facilitant, par l’approfondissement de l’intermodalité, le déplacement de l’usager tout en incitant au changement de comportement de mobilité.
Les intercommunalités, qu’elles soient AOM ou qu’elles interviennent en association avec la Région
lorsqu’elles n’ont pas souhaité prendre la compétence, ont un rôle central à jouer dans la définition et la mise en œuvre d’une politique de mobilité locale. Coordination, intermodalité, communication… la Région, accompagnée par Nouvelle-Aquitaine Mobilités, doit poursuivre et approfondir son action pour investir pleinement son rôle de chef de file des mobilités et de l’intermodalité et ainsi devenir un véritable « assemblier » de la mobilité à l’échelle régionale. C’est, avec le développement des services de mobilité dont elle a la responsabilité, un levier essentiel de concrétisation des ambitions de transition environnementale et sociale portées dans Néo Terra.
Proposer une offre diversifiée de solutions de mobilité constitue une réponse indispensable mais partielle aux enjeux de déplacements identifiés dans les territoires ruraux. Au-delà du développement de l’offre, l’enjeu est aussi, plus fondamentalement, d’agir sur les besoins mêmes de déplacement pour limiter les mobilités subies. À court et moyen terme, il peut s’agir de favoriser les démarches visant à rapprocher les commerces, les services publics et privés de proximité des habitantes et habitants qui vivent dans ces espaces peu denses. Des initiatives comme les maisons France Services, implantées dans des bourgs ruraux, ou encore les commerces itinérants, s’inscrivent dans cette logique du « aller vers », évitant un certain nombre de déplacements contraints146.
À plus long terme, c’est le modèle même d’un aménagement du territoire façonné autour du « tout voiture » qui doit être reconsidéré. L’objectif doit notamment être de maîtriser l’étalement urbain qui, éloignant les habitantes et habitants des zones d’emplois, des commerces et services, génère des besoins accrus de mobilité et, ce faisant, nourrit la dépendance à la voiture. En ce sens, les stratégies de réduction de la consommation d’espaces déclinées dans le SRADDET147 et les documents de planification infrarégionaux, la reconquête des centres-villes et centres-bourgs, pourraient participer, à terme, à réduire une part des mobilités contraintes.