Des distances du quotidien plus importantes dans les territoires peu denses
La dernière enquête nationale sur la mobilité des personnes, menée en 2019, le confirme4 : les pratiques de mobilité ne sont pas les mêmes selon les territoires. Des espaces ruraux aux territoires les plus denses, le nombre de déplacements et les distances parcourues diffèrent en effet très sensiblement. À l’échelle nationale :
- les trajets de courte distance (moins de cinq kilomètres) sont nettement moins nombreux dans les zones peu denses (41 % des déplacements) que dans les communes les plus densément peuplées (63 %) et les communes intermédiaires (57 %). Cette proportion de trajets de courte distance n’est toutefois pas négligeable, puisque dans les espaces peu densément peuplés, quatre déplacements sur dix n’excèdent pas cinq kilomètres. Elle offre ainsi un véritable potentiel de report modal sur lequel les politiques locales de mobilité pourront s’appuyer ;
- les déplacements du quotidien de plus longue distance sont en revanche significativement plus nombreux dans les communes peu denses que dans les espaces urbanisés. Les trajets de 5 à 20 kilomètres représentent ainsi près de 38 % des déplacements dans les zones peu denses, soit dix points de plus que dans les communes urbaines ; il en va de même des trajets de 20 à 100 kilomètres, qui constituent plus de 20 % des déplacements dans les territoires peu denses, contre moins de 10 % dans les communes les plus densément peuplées.
Territoires peu denses : 58 % de trajets entre 5 et 100 kms
| Communes rurales | Communes intermédiaires | Communes denses | |
|---|---|---|---|
| 0-1 km | 13,07 % | 15,36 % | 22,32 % |
| 1-5 kms | 27,66 % | 41,44 % | 41,05 % |
| 5-20 kms | 37,69 % | 29,65 % | 27,19 % |
| 20-100 kms | 20,06 % | 12,15 % | 7,95 % |
| 100-500 kms | 1,22 % | 1,07 % | 1,03 % |
| 500-2000 kms | 0,27 % | 0,29 % | 0,41 % |
| > 2 000 kms | 0,03 % | 0,04 % | 0,05 % |

Source : Aurélien BIGO, Fabien PEREZ, Les pratiques de mobilité des Français, 2024
[À partir de l’enquête nationale sur la mobilité des personnes 2019]
S’ils se déplacent moins au quotidien, les ménages des communes les plus densément peuplées partent en voyage, en moyenne, plus souvent et plus loin : près de 30 % de leurs distances parcourues concernent des déplacements de 1 000 km ou plus, une part nettement supérieure à celle des populations des communes intermédiaires (19 %) et des communes rurales (15 %).
Si les trajets du quotidien effectués par les ménages résidant dans les communes peu denses sont plus longs en termes de distance parcourue, il n’en va pas nécessairement de même des temps de déplacement. Les habitants des communes rurales se déplacent en moyenne 65 minutes par jour, soit onze minutes de moins que dans les communes les plus densément peuplées (1 heure 16). Ce sont les ménages résidant dans les communes de densité intermédiaire qui consacrent le moins de temps à leurs déplacements (62 minutes).
Territoires ruraux : des distances parcourues plus élevées, mais des temps de trajet inférieurs aux communes les plus densément peuplées

Source : Enquête nationale sur la mobilité des personnes, 2019.
Des distances domicile-travail deux fois plus élevées dans le rural
Les trajets domicile-travail et domicile-études représentent moins d’un tiers des déplacements, mais sont structurants : ils conditionnent en effet pour une large part les autres déplacements quotidiens, et constituent ainsi des déplacements à enjeux. C’est tout particulièrement le cas dans les territoires ruraux, où ces déplacements présentent des caractéristiques spécifiques liées à la localisation des pôles d’emplois.
Dans les territoires ruraux, on compte moins d’emplois que de personnes en emploi, situation inverse à celle observée dans les espaces urbains. Pour 100 personnes en emploi résidant dans l’espace rural, on dénombre 64 emplois, contre 112 dans les territoires urbains. Il existe toutefois des différences selon les espaces : c’est dans les espaces ruraux périurbains, situés à proximité d’un pôle d’emploi, que l’écart entre le nombre d’emplois et d’actifs en emploi est le plus important ; l’écart est moins marqué dans le rural non périurbain ; les bourgs ruraux non périurbains offrent même davantage d’emplois qu’ils ne comptent d’actifs en emploi.
Seuls un quart des actifs en emploi résidant dans les espaces ruraux travaillent dans leur commune de résidence, contre 40 % dans l’urbain. Cette proportion est toutefois plus forte dans le rural non périurbain (32 %) que dans le rural périurbain (20 %).
Près de la moitié des personnes en emploi résidant dans une zone rurale travaillent en zone urbaine. Des disparités importantes existent toutefois entre les territoires. La proportion est plus élevée pour les résidents du périurbain (58 %), attirés par les pôles d’emplois voisins, que pour ceux du rural non périurbain (32 %).
La distance médiane des déplacements domicile-travail est plus de deux fois supérieure pour les travailleurs résidant dans les zones rurales que pour ceux habitant en urbain. La moitié des personnes en emploi résidant dans un espace rural parcourent ainsi 13 kilomètres ou plus pour aller travailler, contre au moins 6 kilomètres pour les travailleurs habitant dans une zone urbaine.
Les actifs habitant dans le rural périurbain sont ceux qui parcourent les plus longues distances. Cela s’explique notamment « par la plus grande part de cadres et de professions intermédiaires dans ces espaces que dans le rural non périurbain : ce sont eux qui effectuent les trajets les plus longs, leurs emplois étant plus concentrés dans les pôles urbains ».
Entre 1999 et 2019, la distance médiane domicile-travail a davantage augmenté pour les actifs en emploi résidant dans le rural (+ 4,4 km, contre 2,3 km pour l’ensemble des actifs en emploi). « Dans les territoires ruraux, l’allongement de la distance domicile-travail résulte à la fois de la périurbanisation et de la concentration de l’emploi dans les pôles. En effet, l’emploi augmente moins vite dans l’espace rural que dans l’espace urbain entre 1999 et 2019 (…). Dans le même temps, la population active en emploi croît deux fois plus vite dans le rural que dans l’urbain (…), notamment dans les zones périurbaines (…). Cependant, depuis le début de la crise sanitaire, la fréquence des trajets a pu diminuer à la faveur du développement du télétravail ».
Distance médiane domicile-travail selon la densité du lieu de résidence en 2019

Source : INSEE, « Le trajet médian domicile-travail augmente de moitié en vingt ans pour les habitants du rural »,
INSEE Première, n° 1948, mai 2023.