HAUTE-LANDE ARMAGNAC
L’action combinée du PETR et de la Communauté de communes Cœur Haute Lande

Le territoire
Le PETR100 Haute-Lande Armagnac couvre un tiers du département des Landes. Il regroupe 71 communes dont 22 appartiennent au PNR-LG (Par Naturel Régional des Landes de Gascogne) en 4 Communautés de communes (dont Cœur Haute-Lande). C’est un territoire essentiellement forestier, avec une densité de moins de 10 habitants/km2, pouvant descendre à moins de 5 (voire 1,7) selon les communes.
Après des décennies d’exode, par l’action volontariste et cohérente des acteurs locaux (politiques, économiques, sociaux), la démographie s’est redressée de manière continue depuis le début des années 1980 pour atteindre 43 000 habitants en 2024. Un quart de la population a été renouvelée depuis la crise sanitaire de 2020. 24 % de la population a moins de 25 ans, 33 % a plus de 60 ans ; 11 % de personnes handicapées (dont des personnes âgées) ; 14 % vit sous le seuil de pauvreté dont un tiers en famille monoparentale et 28 % de locataires.
Le territoire est traversé à l’ouest par l’A63, au centre par la RD 834. Il compte trois gares à l’ouest, sur l’axe Bordeaux-Bayonne. Pour la seule CDC Cœur-Haute-Lande, la distance à parcourir pour rejoindre les communes extrêmes est de 70 kilomètres.
Politique locale de mobilité
La problématique mobilité est prégnante dans le SCOT (Schéma de Cohérence Territoriale).
À l’échelle de la CDC, une étude sur le projet global de territoire menée en 2020, puis une étude sur les mobilités douces d’abord à visée touristique puis réorientée sur les déplacements du quotidien, ont éclairé sur les publics en difficulté et révélé que la majorité des déplacements domicile-travail sont internes et courts, légitimant l’intérêt d’un schéma des mobilités douces. Les niveaux de réponse des maires (100 %) et de la population (plusieurs milliers de réponses en ligne) témoignent de l’intérêt des habitants (en cohérence avec la géographie et la sociologie).
Le PETR est lauréat d’un appel à projet lancé par la Région en 2020, candidat à un COM (Contrat Opérationnel de Mobilité proposé par la Région) depuis 2022 ; l’élaboration de ce COM est amorcée depuis juillet 2025.
L’initiative et son impact
Description de l’initiative
Suite à l’enquête sur le Plan Climat et à l’échec de la tentative d’ouvrir les transports scolaires (billettique inadaptée), la CDC a mobilisé une plateforme de covoiturage sans commission, Atchoum, qui met en relation conducteur·rice et usager·e, via internet mais aussi le téléphone, avec un tarif par kilomètre (32 centimes) payé directement par l’usager au conducteur (dignité // humiliation-assistanat). Un système de tickets à 1,25 € est à l’étude, actuellement expérimenté avec prise en charge par la CPAM (Caisse Primaire d’Assurance Maladie) pour les déplacements liés aux soins mais non remboursés par la SS. Aucun critère d’exclusion n’a été mis en place.
À noter également :
- Deux petites communes (Belhade et Garein) proposent des transports assurés bénévolement par des élu·es, Garein propose aussi une voiture en autopartage ;
- Depuis 2024, la CDC met 5 minibus de 9 places à disposition des associations (sportives, pompiers…), avec toutefois une difficulté liée au coût d’assurance ;
- L’école de rugby de Labouheyre combine convoyage des enfants aux entrainements (et retour domicile) avec aide aux devoirs, avec succès : l’effectif a doublé !
- Le SYDEC40 (Syndicat Départemental d’Equipement des Communes des Landes) déploie un schéma d’installation de bornes publiques de recharge pour véhicules électriques mais le modèle économique est insatisfaisant ;
- PNRLG conduit une réflexion sur un tourisme sans voiture.
Toutes ces initiatives visent à trouver une solution à la captivité de nombreux habitants. Elles reposent principalement sur le bénévolat. La montée en puissance d’Atchoum semble rapide et les commentaires des usagers saluent le lien direct et la rétribution. Le dispositif est à évaluer à partir de 2026, en particulier avec l’implication de la CPAM.
L’impact sur le territoire
Initiatives à suivre particulièrement :
- Atchoum qui doit encore monter en puissance, et l’impact pour la CPAM et la santé ; l’efficacité des relais qui vont être déployés (CIAS -Centres Intercommunaux d’Action Sociale- , Maisons de service, etc.) ;
- L’école de rugby qui accueille 25 enfants dont l’initiative mériterait d’être structurée en CLAS (Contrat Local d’Accompagnement Scolaire, passé avec la Caisse d’Allocations Familiales) ;
- L’aide aux associations via les minibus.
À noter que, sur ces territoires vastes, le coût en temps comme en euros, en investissement et en fonctionnement, est forcément très élevé … Les critères d’évaluation doivent intégrer cette donnée.
À l’échelle du PETR :
- la démarche participative témoigne de la vitalité démocratique et de l’ancrage populaire du sujet ;
- la gouvernance semble exemplaire ;
- l’adaptation des outils de communication.
La mise en œuvre de la démarche
Les leviers mobilisés
Tous les acteurs du territoires, population, associations, forces économiques et sociales, mais aussi les partenaires de l’action publique locale doivent être impliqués :
- Enquêtes / population ;
- MSA (Mutualité Sociale Agricole) ;
- Élu·es et services communaux et intercommunaux ;
- Associations ;
- CEREMA (Centre d’Études et d’Expertise sur les Risques, l’Environnement, la Mobilité et l’Aménagement)
Les conditions de réussite
- L’engagement des décideurs et décideuses locaux et locales, et de leurs équipes ;
- L’adaptation des propositions au diagnostic, facilitée par une gouvernance solide et l’association de la population tout au long des processus, du diagnostic à l’évaluation et à l’adaptation des actions
Les difficultés rencontrées, les freins, les pistes d’amélioration
La culture de la performance, mesurée à l’aune du « rendement efficace », complique le déploiement de moyens sur les territoires vastes et peu peuplés. Elle s’accompagne « d’évaluation » … ou plutôt de « mesure » ! faite sur un temps court, inadapté au temps nécessaire à l’acculturation, à la maturation des projets, à la transformation des comportements.
Parallèlement, le temps de décision, de mobilisation de moyens financiers (particulièrement en
période de disette), est déconnecté du temps court des usagers et du temps des mandats électoraux. De quoi alimenter les impatiences, scepticismes, tentations d’abandon ou de rébellion…
L’étirement des délais entre les diagnostics, la prise de décision des différents partenaires et l’installation de la gouvernance, et enfin la mise en œuvre des actions, accroit le risque d’obsolescence du diagnostic : cette affirmation trouve une illustration criante sur ce territoire où un quart de la population a été renouvelée en cinq ans avec des attentes et des besoins nécessairement différents.
Le corollaire du risque d’obsolescence est le risque démocratique : ce territoire (comme d’autres) a montré l’intérêt d’impliquer massivement les forces vives et la population dans l’élaboration de diagnostic et de propositions ; mais la procrastination dans leur déploiement, voire le constat de l’évolution du contexte qui pourrait amener à « actualiser » les données ne peut que raviver les doutes et le scepticisme des citoyens (y compris parmi les plus impliqués) quant à l’action publique, largement exprimés lors du mouvement des gilets jaunes.
À titre d’exemple lié au thème : le rythme de négociation des contrats opérationnels de mobilité, qui s’étire sur plusieurs années, s’entend au regard des contraintes budgétaires de la Région mais est difficilement intégrable pour des citoyens qui ont participé par centaines aux diagnostics plusieurs années en amont…
Enfin, le risque de perte de fonds européens crée une grande inquiétude auprès des décideurs locaux ; il s’ajoute à l’incertitude de la pérennité des ressources provenant des partenaires du territoire.
Prendre en compte ces réalités qui nourrissent le sentiment de délaissement des habitants et découragent des élu·es est nécessaire, tout comme montrer les actions et politiques qui parviennent à produire des effets positifs.