Fiche « Initiatives » VCharente-Maritime

La mobilité dans l’île de Ré

Fiche initiative V — visuel, carte de localisation et logo
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Le territoire

L’île de Ré est un territoire de 85 km², composé d’un archipel de dix communes regroupées en une communauté de communes. La population permanente est faible (~18 000 habitants), avec une densité moyenne de 90 habitants au km² et une grande disparité entre les communes situées à l’entrée de l’île (ancien canton sud) et la zone nord. Comme dans beaucoup de zones touristiques du littoral, la population est multipliée par dix en été. Les résidents permanents sont plus nombreux à l’entrée de l’île, en raison de la proximité de l’agglomération de La Rochelle, de l’autre côté du pont.

Il est nécessaire de souligner le rôle de ce pont de 3 km, qui relie l’île au continent depuis 1988. Il a permis le développement du tourisme (42 % du trafic) mais aussi des déplacements hors saison. Par exemple, deux chantiers sur trois sont réalisés par des entreprises du continent, et les habitants de l’île de Ré font fréquemment leurs courses à La Rochelle, où un nombre important d’actifs travaillent.

Le pont est resté payant pour beaucoup de ses usagers, même après la fin du remboursement de sa construction : le Département de la Charente-Maritime perçoit, pour chaque entrée de véhicule sur l’île de Ré, une « écotaxe » conséquente (16 euros en haute saison, 8 euros en moyenne saison, 4 euros en basse saison). Le but affiché de cette écotaxe est la préservation du patrimoine naturel de l’île. Les résidents permanents bénéficient de la gratuité du passage. Ainsi, le pont est perçu, selon le type d’usagers et leur niveau de revenu, soit comme un obstacle nécessitant un aménagement (navettes, covoiturage, passage à pied), soit comme un aménagement routier classique, assurant la continuité avec le continent.

Outre cette particularité insulaire et la question de l’accès par le pont, d’autres spécificités géographiques méritent d’être soulignées. Les routes sont peu nombreuses, étroites et peu adaptables, en

raison de l’étroitesse de l’île et des enjeux environnementaux forts liés à la présence de zones naturelles protégées et de marais. Les déplacements en voiture y sont donc difficiles et accidentogènes.

Politique locale de mobilité

La politique locale de mobilité s’articule autour :

  • d’un plan global de déplacement (2013) ;
  • d’un schéma directeur vélo (2022–2032), organisé autour de 135 kilomètres de pistes cyclables ;
  • de l’intégration des lignes régionales de cars (150, 151, 152) et du transport à la demande ;
  • du financement via l’écotaxe du pont perçue par le Département (voir infra).

La Communauté de communes n’a pas pris la compétence mobilité. Elle mène cependant une politique locale de mobilité en collaboration avec le Département de Charente-Maritime et la Région Nouvelle-Aquitaine.

L’initiative et son impact

Les publics ciblés sont divers : les résidents permanents (souvent âgés), les différentes associations, mais également, en haute saison, les saisonniers et les touristes. Les initiatives sont portées conjointement par la Communauté de communes, la Région, le Département, et les associations.

Les actions

  • Navettes (électriques ou biogaz) gratuites RespiRé (15 lignes), à l’intérieur des villages, entre certains villages, et pour le passage du pont ;
  • Mini-bus associatifs « Ça roule pour les assos » ;
  • 135 kilomètres de pistes cyclables ;
  • Aide au vélo électrique (vélo-taff), avec location de vélo à un euro par jour pour les saisonniers ;
  • Rézo Pouce (auto-stop organisé) ;
  • Transport à la demande « Respi’Ré à la demande », avec prise en charge au domicile et dépôt dans l’un des 37 arrêts, gratuit, ouvert à tous et sans conditions. La réservation se fait la veille par téléphone, avec un dialogue avec un opérateur ;
  • Lignes de bus régionales (150, 151, 152).

L’impact sur le territoire

Les efforts en faveur du vélo sont probablement les plus connus, au point d’être devenus un des symboles de l’île. Les pistes cyclables, dont certaines ont été construites sur l’ancienne voie du train qui a parcouru l’île jusqu’en 1935, sont en site propre et bien entretenues. Avec le développement des vélos à assistance électrique, on observe que les personnes âgées sont nombreuses à utiliser ce mode de locomotion.

Ce succès indéniable pose des problèmes de cohabitation avec les voitures (dans les zones d’intersection) mais également entre cyclistes. L’accidentologie liée aux cyclistes, qui va de la bobologie

aux accidents graves, fait l’objet d’une attention particulière. La gendarmerie a mis en place une brigade cycliste pour réguler les incivilités et les comportements dangereux. Les « fat bikes » à propulsion électrique, au moteur puissant, posent des problèmes particuliers.

Les navettes gratuites connaissent une fréquentation estivale spectaculaire : 250 000 voyages en 2023. Le transport à la demande est davantage utilisé par les résidents permanents et a connu une progression rapide (500 passagers en 2019, 8 500 en 2024).

La conjonction de ces modes de mobilité a permis une réduction de la dépendance automobile pour certaines catégories de personnes et une meilleure accessibilité des villages, y compris hors saison.

La mise en œuvre de la démarche

Les leviers mobilisés

La clé du dispositif est le financement par l’écotaxe du pont pour les navettes gratuites et le TAD dans le cadre du dispositif Respi’Ré : le coût du dispositif s›élève à un peu plus de 2,4 millions d›euros. Cette ressource de l’écotaxe perçue au passage du pont est évidemment atypique. Mais l’idée de la perception d’un « péage » pour l’accès à certains sites touristiques fait son chemin ailleurs afin de financer la mobilité du quotidien.

La coordination Communauté de communes / Région / Département est ici particulièrement exemplaire, elle est facilitée par la ressource financière de l’écotaxe. Cette manne financière permet la gratuité du dispositif Respi’Ré. On peut d’ailleurs discuter de cette « gratuité » et considérer que les touristes paient le dispositif en payant le passage du pont.

L’autre point remarquable est la présence dans l’île de Ré d’une « culture du vélo » désormais bien installée. Les déplacements du quotidien sont couramment effectués à vélo car les conditions matérielles et de sécurité le permettent, y compris pour les familles ou les personnes âgées. En haute saison, le fait qu’il soit difficile de trouver des places de stationnement incite les touristes à ne pas utiliser leur voiture.

On peut noter le souci d’une adaptation régulière de l’offre de mobilité, permise par la souplesse des navettes et du transport à la demande. Cette offre s’adapte aux pics saisonniers mais également aux besoins exprimés par les usagers à travers leur réponse à des questionnaires. Ces questionnaires peuvent être remplis en ligne, mais également par le biais de l’animatrice « mobilités durables » de la Communauté de communes qui vient à leur rencontre aux arrêts de bus mais aussi sur les marchés.

Les difficultés rencontrées, les freins, les pistes d’amélioration

  • On ne peut que constater que la congestion estivale persiste : les déplacements en voiture, en haute saison, ne peuvent être absorbés par le réseau routier.
  • L’offre de transport hors saison est très inférieure à celle de l’été.
  • Il n’existe pas d’application mobilité centralisée. Mais les documents de la Communauté de commune renvoient à Modalis. Une réflexion est en cours sur la mise en place d’une application spécifique à l’île de Ré.
  • Le stationnement est saturé en haute voire moyenne saison, aussi bien à l’entrée du pont que dans les villages dont le mode d’urbanisme traditionnel (rues étroites et habitat groupé) ne prévoit pas de stationnement.
  • La cohabitation entre les différents modes de mobilité n’est pas simple. Les estivants étant souvent des usagers occasionnels du vélo, qu’ils ne pratiquent parfois que pendant leurs vacances, leurs pratiques peuvent être dangereuses et peu respectueuses des autres usagers de l’espace public (piétons ou automobilistes). Les zones de rencontre entre voitures et vélos font l’objet d’aménagements mais restent souvent une source d’accident.

Piste d’amélioration

  • Développer des parkings relais et pôles multimodaux ;
  • Renforcer la continuité et la sécurité du réseau cyclable ;
  • Créer une application unique d’information mobilité ;
  • Pérenniser et diversifier les financements ;
  • Mieux adapter l’offre hors saison aux besoins des résidents permanents.