» Partie 4 : L’orientation : clé de voute de l’accès et de la réussite dans l’enseignement supérieur

La parole des jeunes

Enseignements du focus group avec le Conseil régional des Jeunes de la région Nouvelle-Aquitaine

Dans le cadre de ses travaux, le CESER a souhaité compléter les données statistiques et les auditions d’acteurs institutionnels par une écoute directe des premiers concernés : les lycéen·nes, étudiant·es et jeunes actifs. Le 5 juillet 2025, deux focus groups, réunissant chacun une douzaine de participant·es issu·es de différents territoires et parcours, ont permis de recueillir un matériau particulièrement riche, éclairant de manière concrète les enjeux de l’orientation en Nouvelle-Aquitaine. Ces échanges, menés dans un climat de confiance et de bienveillance, ont révélé des expériences diverses mais convergentes quant aux difficultés rencontrées.

Des parcours marqués par des choix par défaut ou contraints

Beaucoup de jeunes ont décrit des trajectoires déterminées moins par un projet clair que par des contraintes externes : résultats scolaires, pressions familiales, manque d’information ou absence de modèle. Certain·es ont évoqué des réorientations imposées, d’autres des choix tardifs ou précipités, souvent vécus dans un contexte d’incertitude. La réforme du baccalauréat, en modifiant la structure des spécialités, a accentué ce phénomène : la sélection précoce des enseignements de spécialité est vécue comme un premier acte d’orientation souvent effectué sans connaissance suffisante des conséquences.

Un déficit d’information fiable et personnalisée

Les jeunes pointent une information éclatée, parfois orientée, et rarement adaptée à leurs besoins. Les filières artistiques, les parcours atypiques ou encore les dispositifs de financement restent peu visibles. Les sources principales sont le bouche-à-oreille et certain·es enseignant·es, mais avec un risque de biais, notamment lorsque les intérêts disciplinaires influencent le conseil. Les conseillères et conseillers d’orientation, en nombre insuffisant, sont jugé·es trop peu disponibles et parfois déconnecté·es de certaines filières spécifiques. Les salons d’orientation sont perçus comme dominés par les établissements privés, renforçant un sentiment d’inégal accès à l’information.

Parcoursup comme facteur d’anxiété

La plateforme est unanimement identifiée comme une source majeure de stress. L’opacité perçue des algorithmes, les listes d’attente, les délais et l’absence de clarté sur les critères nourrissent un sentiment d’arbitraire. Certains jeunes, anticipant un échec, renoncent à postuler dans des filières sélectives malgré un bon niveau, phénomène d’autocensure, de bridage social qui contribue à la reproduction des inégalités.

Freins culturels, sociaux et matériels

Le poids des représentations familiales et sociales reste déterminant. Les jeunes issus de milieux populaires ou ruraux évoquent la nécessité de choisir des voies jugées « sûres » ou « réalistes », parfois en contradiction avec leurs aspirations. Les stéréotypes de genre persistent, limitant l’accès des filles à certaines filières scientifiques et des garçons à des métiers du soin. Enfin, les contraintes matérielles - coût des études, recherche de logement, incertitude sur les aides - agissent comme un puissant filtre.

Préconisations formulées par les jeunes

Les propositions issues de ces échanges renforcent et précisent celles portées par d’autres acteurs auditionnés. Elles s’articulent autour de cinq axes :

1. Renforcer la transparence et l’information
  • Créer une plateforme centralisée, neutre et accessible dès la classe de troisième, intégrant les choix de spécialités, les débouchés réels et les aides financières.
  • Produire des contenus concrets (vidéos, témoignages, immersions) illustrant le quotidien dans chaque filière.
  • Utiliser des outils numériques innovants, tels qu’une IA conversationnelle, pour offrir un parcours d’information personnalisé.
  • Améliorer la visibilité des formations artistiques, techniques et rares.
2. Accroître l’accompagnement humain et personnalisé
  • Augmenter significativement le nombre de conseillères et conseillers d’orientation et assurer leur formation continue, notamment sur les filières peu connues.
  • Allouer du temps dédié aux enseignant·es investi·es dans l’accompagnement à l’orientation et valoriser cet engagement.
  • Pérenniser les heures de vie de classe consacrées à l’orientation.
3. Valoriser le lien intergénérationnel
  • Organiser régulièrement forums d’anciens élèves et interventions ciblées de jeunes ayant quelques années d’études supérieures.
  • Intégrer plus largement les associations de mentorat dans les parcours officiels.
4. Faciliter la projection et la flexibilité
  • Rendre obligatoires des journées d’immersion dans le supérieur et mettre en place des programmes « vis ma vie d’étudiant ».
  • Assouplir les prérequis et faciliter les passerelles entre filières.
  • Lutter contre la stigmatisation de la réorientation.
5. Lutter contre les pressions et stéréotypes
  • Sensibiliser les familles aux évolutions du monde éducatif et professionnel.
  • Généraliser les initiatives de lutte contre les stéréotypes de genre.
  • Promouvoir toutes les voies de réussite, y compris techniques, professionnelles et artistiques.

Ces préconisations, émanant directement des jeunes, confirment la nécessité d’une politique d’orientation à la fois plus lisible, plus équitable et plus humaine. Elles soulignent également que la réussite d’une réforme de l’orientation passe autant par la structuration des dispositifs que par la transformation des cultures et des représentations.