» Partie 2 : L’accès à l’enseignement supérieur : diagnostic régional

2.2 Géographie régionale : de fortes disparités qui influencent l’accès à l’enseignement supérieur

L’accès à l’enseignement supérieur en Nouvelle-Aquitaine est profondément influencé par des dynamiques géographiques et démographiques. La région, vaste et diversifiée, fait face à des défis spécifiques qui modifient l’accès à la formation supérieure, en particulier dans les zones rurales. Si certaines grandes agglomérations bénéficient d’une concentration d’établissements et d’une population jeune importante, d’autres zones, notamment rurales, se trouvent désavantagées par un manque d’infrastructures et une baisse démographique.

Ce chapitre examine ces défis, en s’appuyant sur des constats issus des auditions réalisées avec les acteurs régionaux, et discute des solutions potentielles pour réduire ces inégalités d’accès à l’enseignement supérieur.

Une région vaste aux fortes disparités géographiques entre concentration urbaine et désertification des territoires

La Nouvelle-Aquitaine, avec 84 000 km², est la plus grande région de France. Elle est marquée par une grande diversité géographique, allant des zones urbaines dynamiques aux régions rurales plus isolées. Cette diversité présente des défis particuliers pour l’accès à l’enseignement supérieur, notamment en raison de la répartition inégale des établissements d’enseignement supérieur.

Les grandes agglomérations comme Bordeaux, Poitiers, La Rochelle, Pau ou Limoges concentrent une grande partie de la population étudiante et proposent une offre de formation dense et diversifiée. À l’inverse, des zones rurales comme la Creuse, la Dordogne, ou le nord de la Corrèze disposent de ressources limitées et une offre de formation restreinte, généralement limitée à des formations de type BTS ou IUT délocalisées ou des formations allant jusqu’à bac+3 mais très spécifiques (exemple design ou lycée des métiers du bâtiment en Creuse ou immobilier et assurance à Niort).

Comme l’a souligné la DATAR48, « la région Nouvelle-Aquitaine est une des régions les plus rurales de France. » Cette réalité géographique se traduit par de longues distances à parcourir pour accéder aux établissements d’enseignement supérieur, ce qui crée des obstacles logistiques et financiers pour les jeunes issus de ces zones éloignées. Le temps d’accès à un pôle majeur en Nouvelle-Aquitaine est de 40 minutes, contre 27 minutes pour la moyenne nationale49. Cette différence significative dans l’accès géographique représente un obstacle majeur à la mobilité des étudiant·es, restreignant leur accès aux formations longues et spécialisées.

Les infrastructures de transport en Nouvelle-Aquitaine influencent directement la mobilité des étudiant·es. La concentration de l’offre universitaire dans les grandes agglomérations citées ci-avant, combinée à une offre de transport parfois insuffisante pour les territoires périphériques, limite l’accès des étudiant·es issu·es de zones rurales ou éloignées. Le temps de transport, supérieur à la moyenne nationale, entre ces territoires et les pôles de formations de l’enseignement supérieur en région, crée un obstacle pour les étudiant·es qui doivent concilier études, travail, et vie personnelle. Cette situation entraîne également un coût supplémentaire, notamment pour les étudiant·es des zones rurales, et peut dissuader certain·es de poursuivre des études supérieures.

En outre, la desserte en transports publics entre les grandes villes et les petites communes n’est pas toujours suffisante pour assurer une mobilité fluide des étudiants.

De la sorte, ces agglomérations attirent une population étudiante dense. Bordeaux, seule métropole, regroupe plus de 40 % des étudiant·es inscrit·es en Nouvelle-Aquitaine, confirmant son rôle de pôle universitaire majeur (MESRI, 2022). Cette concentration géographique renforce l’attractivité académique de ces territoires, mais engendre également une pression accrue sur les infrastructures locales, en particulier sur le marché du logement étudiant.

Cette répartition déséquilibrée de l’offre universitaire et des ressources associées pose des enjeux majeurs en matière d’équité territoriale. Elle appelle à des politiques publiques renforcées en matière d’aménagement, d’accompagnement social et de développement de solutions alternatives, afin de garantir une véritable égalité d’accès à l’enseignement supérieur sur l’ensemble du territoire régional.

L’accès au logement étudiant, un frein structurel à la poursuite d’études supérieures

La concentration universitaire dans les grandes métropoles exerce une pression accrue sur l’hébergement étudiant. Dans des villes comme Bordeaux, la demande dépasse largement l’offre, entraînant une forte concurrence pour les logements abordables et une hausse des loyers. Cette situation constitue un frein majeur à l’accès à l’enseignement supérieur, en particulier pour les jeunes issus de territoires ruraux ou de familles modestes, qui peinent à trouver des solutions adaptées à un prix raisonnable. La pénurie de logements accentue par ailleurs les difficultés financières des étudiant·es, aggravant le coût de la vie étudiante. Les auditions menées par le CESER ont confirmé que l’accès au logement représente un obstacle concret pour de nombreux néo‑bacheliers, notamment dans les zones à forte tension immobilière. Face à ce constat, le développement de l’offre de logements étudiants dans les villes universitaires, ainsi que la création de solutions abordables dans les territoires ruraux et périurbains, apparaissent indispensables pour améliorer l’accessibilité à l’enseignement supérieur. Selon la DATAR, seul·es 12 % des néo-bachelier·ères résident dans l’une des sept communes dites « pôles majeurs », où se concentrent les universités, tandis que 7 % vivent dans des « pôles locaux » proposant une offre limitée, telle que des BTS ou des diplômes du secteur sanitaire et social. La majorité des jeunes (65 %) habitent dans des communes éloignées des pôles d’enseignement supérieur, nécessitant un déménagement parfois jugé complexe, voire inaccessible, pour des raisons économiques, culturelles ou familiales. Ce constat dépasse la seule région Nouvelle‑Aquitaine. Un sondage effectué pour la Cour des Comptes50 auprès de 1 011 jeunes de 15 à 25 ans fait état de difficultés à trouver un logement pour 60 % d’entre eux. Les principales raisons sont le niveau des loyers (68 % des difficultés rencontrées), l’absence d’offre disponible (38 %) et le refus des propriétaires (37 %), les garanties insuffisantes des étudiant·es jouant également un rôle sélectif important.

Les enquêtes confirment que le poids du logement dans le budget étudiant constitue un facteur déterminant. L’étude de la Convention de Coordination territoriale (CCT, 2022)51 révèle que le critère financier est le premier motif de choix du logement (47 %), devant la proximité du lieu d’études (43 %) et le confort (35 %). L’éloignement du lieu de formation, relevé par l’INJEP (2023)52, peut en outre constituer un obstacle supplémentaire à la réussite académique, en particulier pour les étudiant·es issu·es des territoires ruraux.

Les auditions confirment également cette tendance. À La Rochelle, les acteurs universitaires décrivent une situation « critique, avec un marché saturé et un coût du logement comparable à la petite couronne parisienne, soit environ 800 € pour un studio de 20 m² »53. Le directeur a ajouté que des étudiant·es sélectionné·es en master « repartent parfois deux semaines après la rentrée faute de logement ».

La Mission locale de l’Agenais souligne que « le taux d’occupation des structures d’accueil comme les Foyers de Jeunes Travailleurs et le CROUS est proche de 100 %, limitant les solutions disponibles »54. À Pau, ou à Limoges où la tension est moindre, les loyers restent plus abordables (405 € en moyenne), mais trois zones en Nouvelle-Aquitaine sont identifiées comme particulièrement problématiques : La Rochelle, Bordeaux et la Côte basque55. Les conditions de logement influencent directement les budgets, le temps de transport et la qualité de vie des étudiant·es, trois variables clés pour la réussite académique (Cour des comptes, 2025)56. Un logement adapté et accessible réduit la précarité et améliore les chances de réussite. En revanche, l’éloignement ou la précarité résidentielle accroit le risque de décrochage. Cependant, l’absence d’études de cohortes solides empêche d’établir un lien statistique direct entre les dispositifs logement et la performance académique (Cour des comptes, 2025).

Les auditions du CESER ont mis en avant plusieurs initiatives, telles que la mobilisation d’internats de lycées ou de logements de fonction vacants, et des partenariats avec les bailleurs sociaux ou les collectivités locales. Le développement de solutions innovantes, comme les résidences intergénérationnelles ou l’utilisation saisonnière de logements touristiques, et d’autres solutions ont été également évoquées.

Pour autant, les difficultés demeurent considérables. Toujours selon la CCT, 67 % des étudiant·es déclarent avoir rencontré des problèmes pour trouver un logement, dont 75 % pour des raisons financières et 64 % du fait de l’insuffisance de l’offre. Les étudiant·es sans garant ou aux revenus modestes sont particulièrement touché·es, notamment face à une réticence persistante des bailleurs privés à accepter la garantie Visale, un dispositif gratuit d’Action Logement qui se porte caution pour les locataires, principalement les étudiant·es et les jeunes de moins de 30 ans, afin de sécuriser le paiement des loyers auprès des bailleurs.

Répartition régionale des places CROUS (2024)

La répartition des places de logement gérées par le CROUS en Nouvelle-Aquitaine montre une forte concentration à Bordeaux et une couverture moindre dans les autres bassins universitaires :

Bassin universitaire

Nombre d’étudiants (2024)

Places CROUS (2024)

Taux de couverture

Bordeaux

100 000

10 700

10,7 %

Poitiers

28 000

3 600

12,8 %

Limoges

19 000

2 900

15,3 %

Pau

14 000

1 900

13,5 %

La Rochelle

7 500

650

8,7 %

Total

168 500

19 750

11,7 %

Sources : CNOUS-CROUS, 2023 57

Ce ratio moyen régional (11,7 %) est inférieur à la cible nationale (15 %), soulignant un besoin d’investissement accru dans les zones touristiques (La Rochelle) et métropolitaines (Bordeaux). La répartition des capacités d’hébergement gérées par le CROUS en Nouvelle‑Aquitaine fait apparaître une concentration proportionnellement plus élevée de logements étudiants à Limoges, Pau et Poitiers, comparativement aux autres agglomérations de la région.

Dans ce contexte, le CESER a exprimé, dans son avis budgétaire de décembre 202458, son inquiétude quant à la baisse de 45,5 % des crédits régionaux dédiés au logement des jeunes (3,16 M€ en 2025 contre 5,78 M€ en 2024). La Région rappelle cependant avoir investi 18,85 M€ depuis 2020, créant 4 895 places, et affirme son objectif de 6 00059 lits d’ici 2030, même si celui-ci reste modeste au regard de la croissance continue des effectifs étudiants, en particulier à La Rochelle (+ 24 % en dix ans) et Bordeaux (+ 32 % en dix ans).

Le logement étudiant conditionne directement le budget, la mobilité et la qualité de vie, des facteurs essentiels à la réussite académique (Cour des comptes, 2025). Faute de solutions accessibles, certains jeunes renoncent à poursuivre leurs études. Les parties prenantes auditionnées ont mis en avant des initiatives locales - construction de logements, mobilisation d’internats ou de logements de fonction, développement de formules alternatives comme les résidences intergénérationnelles ou les foyers de jeunes travailleurs - mais ces dispositifs restent insuffisants face aux besoins croissants, en particulier pour les étudiant·es issu·es de milieux modestes ou des zones rurales.

Les travaux menés ont montré que le logement et le transport constituent deux freins structurels à la poursuite d’études supérieures en Nouvelle-Aquitaine. Les auditions ont confirmé ce diagnostic : dans une région où 65 % des néo-bacheliers résident en dehors des pôles universitaires (DATAR, 2025), la nécessité de se loger ou de se déplacer quotidiennement devient un facteur décisif d’inégalités.

Le logement demeure le premier poste de dépense contraint pour les étudiants. Dans les zones tendues - Bordeaux, La Rochelle, Côte basque - le coût élevé et la rareté de l’offre entraînent des renoncements ou des réorientations par défaut (Cour des comptes, 2025 ; CESER Nouvelle-Aquitaine, 2025). Le taux de couverture des résidences universitaires CROUS (11,7 % en moyenne régionale, contre une cible nationale de 15 %) reste insuffisant, malgré des efforts récents d’investissement (CNOUS, 2023). Derrière le loyer se cachent des coûts additionnels : caution, frais d’installation, charges, achat de matériel. Ces dépenses pèsent particulièrement sur les familles rurales, pour lesquelles le reste à charge est plus élevé que pour les familles urbaines, du fait du cumul logement + transport60.

Dispositifs régionaux et outils numériques pour le logement étudiant en Nouvelle-Aquitaine

Plusieurs dispositifs existent pour atténuer ces obstacles : encadrement des loyers dans certaines agglomérations, développement de places CROUS, aides régionales à la mobilité, abonnements de transport subventionnés, ou encore création de campus connectés. Mais ces réponses demeurent fragmentées et inégalement réparties.

La Région a mis en place un ensemble de dispositifs visant à faciliter l’accès au logement étudiant et à compléter les politiques nationales. Ces actions se déclinent en aides financières, en partenariats pour la création de logements et en régulation du marché privé, ainsi que par le développement de plateformes numériques pour accompagner les jeunes dans leurs démarches.

Soutien financier et aides à la mobilité

L’aide régionale à la mobilité est destinée aux étudiant·es contraint·es de quitter le domicile familial pour poursuivre leurs études, en finançant une partie des frais liés à l’installation. Un fonds d’urgence logement, créé pendant la crise sanitaire et pérennisé depuis, vient répondre aux situations de précarité résidentielle rencontrées par les étudiants (Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, 2024)61.

Partenariats et création de logements

Afin d’accroître l’offre disponible, la Région soutient la transformation de bâtiments vacants en résidences étudiantes, en partenariat avec les offices HLM et Action Logement. À Bordeaux, l’objectif de 2 500 nouvelles places d’ici 2027 est financé en partie par des subventions régionales et par la mobilisation de foncier public.

Impact de l’encadrement des loyers sur le marché locatif étudiant en Nouvelle-Aquitaine

L’encadrement des loyers concerne non seulement Bordeaux, mais également plusieurs autres communes de la Nouvelle‑Aquitaine. À Bordeaux-Métropole, le dispositif s’applique dans des villes comme Talence, Pessac, Mérignac et Villenave-d’Ornon. Depuis 2024, l’encadrement des loyers s’étend également à 24 communes du Pays basque, dont Bayonne, Biarritz, Anglet, Saint‑Jean‑de‑Luz, et Hendaye (communaute-paysbasque.fr, 2024)62. Bien que l’encadrement des loyers ait permis de limiter la hausse des prix dans certaines zones de la ville, il a également eu pour effet une réduction de 10 % du nombre de nouveaux investissements dans l’immobilier locatif étudiant dans certaines communes périphériques de Bordeaux. En conséquence, ces ajustements réglementaires ont eu un impact direct sur la disponibilité des logements destinés aux étudiant·es, contribuant à une raréfaction de l’offre dans certaines zones.

Certaines petites surfaces (moins de 30 m²), particulièrement recherchées par les étudiant·es, représentent environ 25 % des logements dans des villes comme Bordeaux, segment particulièrement prisé par la population étudiante (Union Nationale des Propriétaires Immobiliers [UNPI], 2025)63. Ce dispositif, bien qu’il contribue à freiner l’inflation locative, présente cependant des effets secondaires qui méritent d’être pris en compte. En effet, selon l’UNPI (2025), environ 40 % des bailleurs de petites surfaces hésitent désormais à investir en raison des coûts élevés des rénovations énergétiques, qui peuvent atteindre jusqu’à 20 000 € par bien. Cette situation est aggravée par les contraintes fiscales accrues imposées aux propriétaires, ce qui rend l’investissement locatif moins attractif, particulièrement pour le marché étudiant.

En 2024, le prix moyen des loyers pour une petite surface à Bordeaux a augmenté de 3,5 %, malgré l’encadrement des loyers, suggérant que les mécanismes de régulation ont été partiellement efficaces, mais insuffisants pour contrer entièrement la pression sur les prix dans ce segment très recherché.

Deux étudiantes dans un logement étudiant.
🔍

Plateformes numériques et information en ligne

La Région finance ou relaie plusieurs outils numériques destinés à faciliter la recherche de logement et à informer les étudiant·es sur leurs droits et démarches :

  • Un, Deux, Toit : portail régional recensant des offres d’hébergement chez des particuliers ou dans le parc public, avec le « Passeport logement jeunes » pour sécuriser la location (operationundeuxtoit.fr) (Région Nouvelle‑Aquitaine, s.d.).
  • Guide « Trouver un logement » d’Info Jeunes Nouvelle-Aquitaine, centralisant informations pratiques, aides disponibles et annonces (infojeunes-na.fr) (Info Jeunes NA, 2025).
  • CRIJ Nouvelle-Aquitaine : plateforme regroupant des annonces (chambres, colocations) et orientant vers les aides régionales (etu.u-bordeaux-montaigne.fr) (CRIJ NA, s.d.).
  • Lokaviz64 : plateforme nationale du CROUS donnant accès aux résidences universitaires et à des annonces privées validées.
  • Studapart : service en ligne utilisé notamment par l’Université de Bordeaux pour proposer des offres réservées aux étudiants, avec un dossier locatif digitalisé et des solutions de garantie (u-bordeaux.fr) (Université Bordeaux, s.d.).

Ces outils numériques, conjugués aux aides financières et à l’investissement dans de nouvelles places, constituent une réponse intégrée, bien que partielle, à la demande croissante de logements étudiants dans la région.

Enfin, la situation des étudiant·es sans logement fixe (6 % en moyenne, 10 % à La Rochelle et 5 % à Bordeaux) et des cohabitants (14 %, souvent en solution de repli chez un particulier) illustre la fragilité persistante de certaines catégories, notamment les étudiants étrangers (21 % sans logement fixe). Ces conditions de vie précaires peuvent impacter directement la réussite académique : le taux de diplomation des étudiants cohabitants est inférieur à celui des décohabitants (57 % contre 73 %, INJEP, 2023)65.

L’ensemble de ces contraintes produit des effets cumulatifs et de seuil : au-delà d’un certain temps de trajet ou d’un certain coût (logement + transport > 450 € par mois), le renoncement augmente fortement.

Enseigne du Crous Bordeaux Aquitaine.
🔍

Ainsi, logement, mobilité et conditions socio-économiques interagissent et pèsent directement sur l’accès à l’enseignement supérieur. Les conditions de logement influencent directement les budgets, le temps de transport et la qualité de vie des étudiant·es, trois variables clés pour la réussite académique (Cour des comptes, 2025).

Les infrastructures de transport, leviers structurants pour l’accès à l’enseignement supérieur

Les disparités géographiques et sociales pèsent également sur les opportunités éducatives dans une région aussi vaste. La mobilité, qu’elle s’exerce par transport ferroviaire ou routier, devient un facteur crucial pour accompagner les jeunes bacheliers vers les établissements universitaires. Malgré une région dense en infrastructures éducatives, l’éloignement, le coût et la précarité en matière de transport freinant la poursuite d’études, le CESER a déjà alerté sur un taux de poursuite inférieur à la moyenne nationale, en partie imputable aux obstacles matériels liés aux transports (CESER, 2024)66. L’accès à l’enseignement supérieur constitue un enjeu majeur pour l’égalité des chances et l’attractivité des territoires. Pour les néo‑bacheliers, ce passage est souvent conditionné par la capacité à rejoindre un établissement universitaire ou une filière spécialisée, ce qui suppose de surmonter différents obstacles logistiques, financiers et sociaux. Dans une région comme la Nouvelle-Aquitaine, la question du transport se révèle décisive. Les auditions menées dans le cadre de l’autosaisine montrent que le transport, au même titre que le logement, constitue un frein majeur à la poursuite d’études des jeunes, particulièrement dans les zones rurales et périurbaines.

Comme déjà souligné, la configuration territoriale de la région impose des distances considérables entre de nombreux lieux de résidence et les pôles universitaires. Dans les territoires plus ruraux ou semi-urbains, rejoindre un établissement d’enseignement supérieur nécessite plus d’une heure, parfois prolongée par les correspondances nécessaires dans les réseaux de transport urbains. Ces contraintes de mobilité, loin d’être anodines, influencent directement l’expérience étudiante : elles peuvent générer de la fatigue, fragiliser la motivation, peser sur la réussite académique et, dans certains cas, décourager la poursuite d’études.

Les transports constituent l’autre versant de l’accessibilité. Le temps moyen d’accès à un site universitaire est de 40 minutes en Nouvelle‑Aquitaine, contre 27 minutes au niveau national (DATAR, 2025). Dans les zones rurales ou périurbaines, les longs trajets, leur coût et la fiabilité insuffisante des liaisons ferroviaires et routières limitent fortement les choix d’orientation67. Le coût des abonnements TER, du carburant et des correspondances reste lourd, même si des dispositifs de gratuité ou de réduction existent dans certaines agglomérations (TBM Bordeaux, Idelis Pau, Yélo La Rochelle). Ces aides compensent partiellement, mais ne couvrent pas l’ensemble des dépenses, ce qui ne comble pas les inégalités entre étudiants boursiers et non boursiers. Ces contraintes s’ajoutent aux dépenses liées au logement et renforcent les risques de décrochage ou de renoncement.

À La Rochelle, 30 % des étudiant·es habitent à plus de 15 km du campus, et certains jeunes préfèrent rester chez leurs parents à Niort ou à Rochefort plutôt que de déménager68.

Accessibilité aux pôles majeurs d’enseignement supérieur Offre de formation de permière année

Graphique : accessibilité des formations de l’enseignement supérieur.
🔍

Source DATAR 2025 : Accessibilité à l’enseignement supérieur

En Nouvelle-Aquitaine, le temps d’accès moyen à un pôle majeur s’élève à 55 minutes, mais dépasse 71 minutes pour un quart des communes. Concernant les pôles intermédiaires, la moyenne régionale est de 34 minutes, avec des temps supérieurs à 44 minutes pour 25 % des communes.

Certains territoires apparaissent comme particulièrement défavorisés. Dans le Libournais, le Foyen et le Coutrillon, la difficulté d’accès aux pôles universitaires est un frein identifié de longue date69. Ces zones rurales ont un accès limité aux transports collectifs rapides, ce qui oblige de nombreux jeunes à privilégier des filières courtes locales, ou à renoncer à un projet plus ambitieux.

Le Lot-et-Garonne illustre un autre phénomène : les barrières économiques et sociales intégrées par les jeunes. Selon la Mission Locale d’Agen, des jeunes choisissent des formations de proximité, parfois moins alignées sur leurs aspirations initiales, faute de moyens financiers pour se loger et se déplacer vers un centre universitaire plus éloigné70.

Le coût du transport

Bien que des dispositifs d’aide existent (tarifs réduits pour les moins de 28 ans, gratuité dans certaines agglomérations), le coût du transport continue de représenter un enjeu budgétaire significatif pour de nombreux étudiants et leurs familles, en particulier les ménages aux revenus modestes. Comme le souligne la Mission Locale d’Agen : « Le coût du transport, même avec des aides, reste un frein pour les familles modestes »71. Un abonnement TER peut représenter plusieurs dizaines d’euros mensuels, auxquels s’ajoutent parfois des frais de correspondance ou de parking.

Certaines villes appliquent des mesures spécifiques pour limiter cet impact, comme Toulouse où un étudiant boursier échelon 7 peut bénéficier gratuitement du réseau Tisséo (hors Navette Aéroport) pendant toute une année universitaire, avec un titre permettant un nombre illimité de déplacements (Tisséo, 2025)72.

En Nouvelle-Aquitaine, plusieurs dispositifs d’aide au transport des étudiant·es sont proposés par les Agglomérations.

Bordeaux-Métropole propose la gratuité totale du réseau TBM (Tram, Bus, Bat3) pour les étudiants boursiers échelon 7 et les bénéficiaires de la Garantie Jeunes (économie de 280 €) et des remises allant jusqu’à 55 % pour les autres boursiers selon leur échelon.

À La Rochelle, la Communauté d’Agglomération met en place un abonnement annuel à tarif réduit de 36 € par an pour tous les étudiants boursiers, quel que soit leur échelon, incluant bus et vélos en libre-service Yélo (Agglomération de La Rochelle, 2025)73.

Dans l’agglomération de Pau, les étudiant·es bénéficient d’un abonnement Idelis à 90 € par an, avec des réductions supplémentaires pour les boursiers, y compris ceux ne relevant pas de l’échelon 7, qui paient 60 € par an pour un accès illimité (Idelis, 2025).

Pour un étudiant non boursier, les tarifs sont sensiblement plus élevés. À Bordeaux par exemple, l’abonnement annuel TBM est fixé à 280 € pour les moins de 28 ans non boursiers (TBM, 2025). À La Rochelle, un étudiant non boursier paiera 130 € par an pour l’abonnement Yélo étudiant classique (Agglomération de La Rochelle, 2025). À Pau, l’abonnement annuel Idelis est proposé à 120 € (Idelis, 2025)74. Ces écarts soulignent l’importance des dispositifs sociaux pour réduire le coût de la mobilité et montrent que l’absence d’aide peut constituer un frein supplémentaire pour les familles modestes qui ne remplissent pas les critères de bourse.

Ville / Réseau

Étudiant boursier échelon 7

Étudiant boursier (autres échelons)

Étudiant non boursier

Bordeaux (TBM)

Gratuit

125 €/an

280 €/an

La Rochelle (Yélo)

36 €/an

36 €/an

130 €/an

Pau (Idelis)

60 €/an

60 €/an

120 €/an

Toulouse (Tisséo)
(hors RNA)

Gratuit

100 €/an

200 €/an

Les tarifs du tableau ci-dessus sont donnés à titre indicatif pour l’année universitaire 2025, selon les sites officiels de transport, indiqués en notes de bas de page, consulté le 27/07/2025.

Une fiabilité des moyens de transport et une amplitude horaire limitées

Plusieurs liaisons ferroviaires sont considérées comme peu fiables, comme la ligne La Rochelle Bordeaux, pointée pour ses retards fréquents et son manque d’adaptation aux rythmes universitaires. Un responsable universitaire de La Rochelle souligne : « Les transports ne sont pas toujours adaptés aux horaires universitaires, certains étudiants doivent venir pour peu d’heures de cours, avec des pauses trop longues entre les cours »75.

Dans de nombreuses zones rurales, l’offre de bus est faible, avec parfois un passage toutes les heures ou toutes les deux heures. Ces lacunes compliquent les déplacements quotidiens et poussent certains jeunes à renoncer à un trajet quotidien au profit d’un choix de formation locale par défaut.

Le cumul du temps de trajet et du coût génère de la fatigue et parfois du découragement. Des jeunes quittent leurs études ou réduisent leur présence aux cours pour limiter la fatigue. « Même avec la gratuité des transports, le temps de trajet et la fatigue restent des freins majeurs »76.

Les solutions et dispositifs existants

La Région Nouvelle-Aquitaine a développé des aides spécifiques, comme le Pass -28 ans, qui permet des réductions importantes sur les TER et cars régionaux, ou la gratuité des transports le jour du baccalauréat. Certaines collectivités locales, telles que Libourne, proposent la gratuité des bus urbains pour réduire le coût des déplacements quotidiens.

Des solutions complémentaires apparaissent : rénovation et promotion des internats pour accueillir des étudiant·es de filières courtes (BTS), utilisation des logements vacants des lycées ou des internats sous occupés pour éviter des trajets quotidiens, et développement des campus connectés qui permettent de suivre des cours à distance tout en bénéficiant d’un encadrement local.

Cependant, les auditions montrent que ces solutions sont encore insuffisantes ou sous utilisées, faute de communication et d’accompagnement des familles : « Le manque de moyens joue-t-il dans les difficultés d’orientation et la méconnaissance de solutions comme l’internat ? » - « Oui, le manque de PsyEN limite la capacité à accompagner les élèves dans la maturation de leur projet, y compris dans l’exploration de solutions comme l’internat » (CIO Libourne, 2025).

Le transport conditionne directement l’accès et la réussite. Les longs trajets, le coût élevé et la fatigue qu’ils génèrent constituent des facteurs de renoncement ou d’échec. Des étudiant·es peuvent limiter leur inscription à certaines formations par souci de proximité, choisir des filières courtes ou locales par défaut ou encore interrompre leur cursus pour des raisons logistiques.

Au-delà des dimensions logistiques et financières, la mobilité étudiante est aussi contrainte par des représentations sociales. Comme l’a résumé la vice-présidente du Conseil régional en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche (22 mai 2025) : « Ce n’est pas parce qu’ils étaient mauvais, mais il y a une espèce de truc où on ne quitte pas le Pays basque. » Cet attachement au territoire, conjugué à la peur de l’inconnu ou à l’absence de réseaux, explique une part des réticences à la mobilité.

Ces effets sont d’autant plus marqués pour les familles modestes, qui n’ont pas toujours les moyens de financer un logement étudiant. Le transport devient alors un filtre social et territorial influant sur l’égalité d’accès à l’enseignement supérieur. Les auditions ont permis de dégager plusieurs orientations. D’une part, la nécessité de mieux informer les familles sur les dispositifs existants : aides à la mobilité, internats, campus connectés et solutions de logement temporaire. D’autre part, la demande de renforcer la coordination entre les horaires de transport et les emplois du temps universitaires, afin de réduire les temps d’attente et d’optimiser la journée des étudiants.

Enfin, un enjeu stratégique concerne le développement de l’offre de formation dans les villes moyennes. En renforçant localement les BTS, BUT et licences professionnelles, il devient possible de réduire la dépendance aux transports quotidiens tout en maintenant l’accès aux formations supérieures.

Le transport apparaît comme un facteur déterminant de l’accès à l’enseignement supérieur pour les néo-bacheliers en Nouvelle‑Aquitaine. Malgré les dispositifs tarifaires et certaines expérimentations locales, les freins restent structurels : distances importantes, coût des abonnements, fiabilité limitée et horaires inadaptés. Ces contraintes affectent directement les choix d’orientation et la réussite des étudiant·es, avec un risque d’exclusion accrue pour les territoires ruraux et les familles modestes.

L’articulation entre transport, logement et offre de formation de proximité est donc un levier majeur pour améliorer l’égalité d’accès et de réussite des néo-bacheliers en Nouvelle‑Aquitaine.