La coopération européenne, un levier stratégique pour un accès équitable à l’enseignement supérieur
La Région Nouvelle-Aquitaine dispose d’une position stratégique en matière de coopération européenne et transfrontalière, illustrée par des dispositifs structurants et une dynamique de partenariats innovants. En mutualisant ressources et dispositifs, la coopération transfrontalière et internationale favorise des parcours plus inclusifs et adaptés. Cette approche contribue à l’équité, à l’innovation et à la cohésion régionale. Le CESER insiste sur le potentiel des dispositifs de mobilité internationale et transfrontalière dans la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur. Ces leviers, lorsqu’ils sont articulés à une politique régionale volontariste et dotés de moyens suffisants, pourraient permettre : d’élargir l’offre de formation et renforcer l’attractivité régionale ; de diversifier les publics et accroître l’équité territoriale et sociale. La concrétisation de ces objectifs suppose une prise en compte renforcée des critères sociaux et territoriaux dans les politiques de coopération en lien avec l’enseignement supérieur et la mobilité internationale.
Les coopérations internationale et transfrontalière : des leviers à valoriser pour améliorer l’accès à l’enseignement supérieur
Par son ouverture sur l’espace européen et sa situation transfrontalière, la Région Nouvelle-Aquitaine se distingue comme une véritable région internationale, intégrant les dynamiques interculturelles et les dispositifs de coopération continentaux.
Le Conseil régional constate que certains territoires néo-aquitains ont des forts enjeux concernant le maintien des populations jeunes et formées « indispensables pour (re)créer les dynamiques économiques et sociales locales ». L’action pour « pour réduire les inégalités sociales et territoriales d’accès à - et de réussite dans - l’enseignement supérieur » fait partie de son périmètre de compétences. La coopération transfrontalière et internationale peut constituer un levier majeur pour favoriser l’accès à l’enseignement supérieur en favorisant la création de dispositifs de soutien ciblés à la mobilité des jeunes étudiantes et étudiants, tels que des bourses spécifiques et des passerelles pédagogiques mutualisées, en soutenant les parcours internationaux, en favorisant la coopération en matière de recherche, etc.117. Une coopération renforcée inscrite dans une dynamique européenne et territoriale, pourrait également contribuer significativement à démocratiser l’accès à l’enseignement supérieur et à réduire les inégalités sociales et géographiques.
Des écarts territoriaux et sociaux persistants
Ces dernières années, la Région a mené une action volontariste afin de soutenir le développement de la mobilité internationale des jeunes néo-aquitains, avec un soutien régional pour les départs en Erasmus+ et une priorité donnée à l’enseignement supérieur dans sa stratégie de coopération au sein de l’Eurorégion Nouvelle-Aquitaine – Euskadi – Navarre118. Les projets autour du développement de la mobilité européenne des apprentis sont une réussite.
Mais celle-ci reste concentrée dans les grands pôles urbains et chez les étudiant·es avec un accès facilité à l’information et au financement. La mobilité sortante des néo-aquitains et l’accueil d’étudiant·es internationaux.ales bénéficient surtout aux établissements urbains majeurs, tandis que les territoires ruraux restent moins représentés dans ces flux119. Certaines catégories de la population rencontrent des difficultés pour bénéficier des opportunités de mobilité. Ainsi, la Région met en place des dispositifs spécifiques pour faciliter l’accès des étudiantes et étudiants en situation de handicap aux opportunités de mobilité internationale, parmi lesquelles des bourses adaptées et une prise en charge des besoins particuliers. Malgré ces efforts, l’information sur ces dispositifs - y compris transfrontaliers - reste parfois insuffisamment diffusée, notamment dans les territoires éloignés ou moins dotés, limitant leur pleine accessibilité.
Par ailleurs, le soutien régional actuel à la préparation à la mobilité internationale, y compris à l’apprentissage des langues, bien qu’en progression et doté de dispositifs adaptés, n’est pas encore suffisant pour supprimer complètement l’obstacle linguistique qui touche particulièrement les publics vulnérables et les territoires les plus éloignés.
Ces écarts territoriaux et sociaux justifient le renforcement d’une coopération élargie et de dispositifs inclusifs à l’échelle régionale pour garantir une équité réelle dans l’accès à l’enseignement supérieur.
Les dispositifs d’accompagnement, tant au niveau de l’orientation que de la prise en charge matérielle (logement, mobilité, santé), restent fragmentés et parfois insuffisants pour répondre à la précarité croissante d’une partie de la population étudiante120.
Les retours issus des auditions pointent que la mobilité est un facteur d’épanouissement personnel et professionnel, mais qu’elle reste encore trop socialement et territorialement sélective et confrontée à la crise du logement étudiant et à des disparités territoriales. Parmi les principaux obstacles à l’accès à l’enseignement supérieur sous le prisme international et transfrontalier figurent :
- les coûts cumulés de la mobilité (logement, transport, frais de scolarité), qui pénalisent les élèves des milieux modestes et des zones périphériques ;
- la complexité des démarches administratives, la faible articulation entre dispositifs européens et nationaux, et la stagnation des enveloppes budgétaires amplifiée par les effets du Brexit sur Erasmus+ ;
- l’insuffisance des dispositifs inclusifs pour les publics en situation de handicap ou issus de lieux enclavés ;
- la méconnaissance des opportunités existantes, les langues des partenaires, l’autocensure persistante face à l’orientation internationale et transfrontalière, renforcée par la méconnaissance des opportunités existantes et les langues des partenaires.
Préconisations
Afin d’améliorer l’accès à l’enseignement supérieur et d’en garantir l’équité, le CESER propose de :
- Renforcer la concertation entre autorités éducatives, collectivités territoriales, établissements et associations pour co-construire une stratégie régionale partagée de l’enseignement supérieur (axe gouvernance et coordination).
- Augmenter le soutien budgétaire aux dispositifs de mobilité, en facilitant le cumul et l’accessibilité des aides destinées aux publics modestes, ruraux et en situation de handicap, tout en accompagnant les établissements pour qu’ils puissent déployer un cadre structuré d’accompagnement à la mobilité des élèves et étudiant·es, avant, pendant et après leur séjour.
- Améliorer l’information et l’accompagnement des jeunes dans la découverte et la valorisation des parcours internationaux et transfrontaliers, dès le secondaire (axe accompagnement et information).
- Valoriser les parcours professionnels et universitaires atypiques et internationalisés, en renforçant les synergies entre alternance, apprentissage et mobilité européenne. Il serait opportun d’innover dans la forme des dispositifs de soutien (ex : jobs d’été, stages en entreprise transfrontaliers, modules de formation plurilingues), tout en favorisant l’inclusion.
- Renforcer la prise en compte des critères sociaux dans la stratégie de coopération autour de l’enseignement supérieur dans le cadre de l’Eurorégion Nouvelle-Aquitaine-Euskadi-Navarre.
- Renforcer le soutien à l’apprentissage des langues étrangères, en cohérence avec ses compétences en matière de formation et d’orientation, afin de lever les freins linguistiques qui limitent encore l’accès des jeunes néo-aquitains aux dispositifs de mobilité internationale et de permettre une participation équitable à l’ensemble des opportunités offertes dans l’espace européen.
Numérique et solutions hybrides d’enseignement
Dans une région vaste et hétérogène comme la Nouvelle-Aquitaine, les infrastructures numériques jouent un rôle déterminant dans l’accès effectif à l’enseignement supérieur et à la recherche. L’essor des formations hybrides, la généralisation des plateformes pédagogiques et la diffusion croissante de ressources numériques scientifiques imposent une connectivité homogène sur l’ensemble du territoire. Or, les auditions ont confirmé que de fortes disparités persistent entre les zones métropolitaines, généralement bien équipées, et certains territoires ruraux ou de montagne, où les débits demeurent insuffisants pour garantir un apprentissage fluide121.
Selon l’ARCEP (2024), 13 % des foyers néo-aquitains n’avaient toujours pas accès à un haut débit stable en 2023, une proportion qui peut atteindre 25 % dans certaines zones de montagne (Haute-Vienne, Pyrénées-Atlantiques). Ces données traduisent une fracture numérique qui ne relève pas uniquement de contraintes techniques, mais constitue un facteur structurant d’inégalités sociales et territoriales.
Les auditions ont mis en évidence que l’absence de connexion suffisante entraîne une série d’effets cumulatifs : impossibilité de suivre correctement des cours en visioconférence, isolement accru des étudiant·es des campus connectés, difficultés pour travailler en mode collaboratif en ligne, voire renoncements à des formations proposées à distance. Comme l’a résumé un membre de direction auditionné à l’université de La Rochelle :« Nous avons les locaux, les tuteurs, l’accompagnement social, mais parfois la fibre ne suit pas. Quand l’image se fige ou que l’étudiant doit quitter son village pour trouver du réseau, on perd la promesse même de l’égalité numérique. »122
Ce constat rejoint les analyses de l’OCDE (2023), selon lesquelles la qualité des infrastructures numériques conditionne directement la réussite des politiques de démocratisation de l’enseignement supérieur.
Au-delà des enjeux pédagogiques, le numérique influence la dynamique d’innovation et l’attractivité des territoires. Les zones disposant d’un réseau performant peuvent accueillir des laboratoires délocalisés, des modules hybrides ou encore des incubateurs de projets associant étudiant·es, chercheur·euses et entreprises locales. À l’inverse, dans les communes insuffisamment équipées, certaines antennes de formation ont été contraintes de réduire leur activité ou de fermer, entraînant des mobilités forcées vers les métropoles.
Plusieurs expériences locales montrent néanmoins le potentiel d’un déploiement réussi. Dans certains territoires nouvellement raccordés en fibre, des campus connectés ont pu mettre en place des formations hybrides en partenariat entre lycées et universités régionales, permettant aux étudiant·es de suivre un cursus supérieur sans quitter leur bassin de vie. Ces initiatives illustrent le rôle de levier que joue l’infrastructure numérique lorsqu’elle est intégrée à une stratégie territoriale de formation.
En résumé, la couverture numérique homogène et l’accompagnement des dispositifs hybrides sont des conditions nécessaires pour limiter les inégalités d’accès et sécuriser les parcours des étudiant·es. Dans le cas contraire, la fracture numérique transforme un outil d’inclusion en facteur supplémentaire de différenciation entre territoires.
Suivi et prospective territoriale
L’analyse territoriale de l’accès à l’enseignement supérieur en Nouvelle‑Aquitaine repose sur un constat récurrent des auditions : l’absence d’outils suffisamment consolidés pour observer, anticiper et piloter l’évolution des besoins en formation. Si des données existent (MESR, INSEE, rectorats, observatoires régionaux), elles restent dispersées, hétérogènes dans leur méthodologie, difficilement mobilisables à l’échelle infra-régionale.
Le CESER a relevé que les choix de poursuite d’études des lycéen·nes sont encore trop souvent étudiés de manière agrégée, sans distinguer les disparités entre zones rurales, périurbaines et métropolitaines. Ce niveau de granularité limite la capacité à mesurer les effets des politiques publiques, par exemple l’ouverture de nouvelles sections de BTS dans une ville moyenne, la création d’un campus connecté, ou encore l’évolution de l’attractivité des IUT et CMQ.
Les auditions de responsables universitaires et de collectivités ont souligné que cette difficulté de suivi concerne également les flux étudiants (inscriptions, mobilités, abandons), en particulier lorsqu’il s’agit de mesurer le passage du secondaire au supérieur.
Plusieurs expériences locales ont néanmoins montré que des observatoires partagés pouvaient constituer un levier de pilotage territorial. Dans certains départements, des conventions associent rectorats, universités, collectivités et CIO afin de croiser leurs données sur les flux de bachelier·ères et d’ajuster l’offre de formation. Ces démarches restent cependant ponctuelles et non systématisées à l’échelle régionale.
Enfin, les auditionné·es ont insisté sur l’importance de la prospective, notamment dans une région soumise à des évolutions démographiques différenciées (croissance autour de Bordeaux et du littoral, décroissance dans certains territoires ruraux). Anticiper ces évolutions suppose de mieux articuler la planification de l’offre de formation avec les dynamiques de logement, de transport et d’emploi local. Sans cet effort de projection, le risque est de reproduire les déséquilibres actuels, avec des filières saturées dans les métropoles et des zones blanches dans les territoires périphériques.
Si la cartographie de l’offre et des implantations universitaires donne une première photographie des contrastes régionaux, l’analyse des obstacles perçus par les lycéen·nes apporte un éclairage complémentaire ancré dans l’expérience vécue. Le sondage mené par le CESER Nouvelle-Aquitaine en 2025, qui a recueilli 2 963 réponses, constitue à cet égard une source précieuse pour comprendre les inégalités d’accès. Les données confirment que les freins ne sont pas homogènes, mais qu’ils se déclinent différemment selon que l’on vive en métropole, en ville moyenne ou en territoire rural.