Introduction

L’accès à l’enseignement supérieur constitue plus que jamais un enjeu stratégique majeur pour l’avenir des jeunes et pour le développement de l’économie et de la recherche sur nos territoires. Levier essentiel d’émancipation individuelle et collective, de construction citoyenne et d’ascenseur social pour toute la jeunesse, il est un droit fondamental à assurer pour toutes et tous. Il conditionne à la fois l’égalité des chances, la cohésion sociale, la compétitivité économique et la capacité d’innovation de la Nouvelle‑Aquitaine, ainsi que la structuration individuelle, le renforcement de l’altérité et la confrontation au savoir, la mixité sociale, l’intégration dans des réseaux jusque-là inaccessible qui déterminent parfois les évolutions de carrières. Plus qu’un simple prolongement de la scolarité, il représente une étape déterminante dans l’acquisition des savoirs et savoir-faire, des qualifications et des parcours qui feront demain la vitalité scientifique, sociale et économique de la région.

C’est dans cette perspective et fort de ces enjeux que le CESER a choisi de circonscrire cette étude en ciblant un public clé : les néo-bachelier·ères. Ce choix répond à un constat à la fois préoccupant et paradoxal. Si la Nouvelle-Aquitaine affiche un taux de réussite au baccalauréat supérieur à la moyenne nationale et forme chaque année un nombre important de bachelier·ères, la proportion de celles et ceux qui poursuivent des études supérieures reste inférieure à celle observée dans d’autres régions. Autrement dit, l’obtention du baccalauréat ne se traduit pas automatiquement par un accès effectif à l’enseignement supérieur. Ce paradoxe interroge les conditions réelles d’accès des jeunes néo‑aquitains à l’enseignement supérieur et invite à analyser les mécanismes multiples qui freinent ou empêchent leur poursuite d’études. Cet accès ne dépend pas seulement de la diversité et de la qualité de l’offre de formation : il est également conditionné par des facteurs éducatifs, sociaux, culturels, territoriaux, économiques et institutionnels qui interagissent et se renforcent mutuellement.

Afin d’analyser plus finement les dynamiques à l’œuvre et leurs effets sur l’accès à l’enseignement supérieur, le CESER a mené une démarche d’écoute et d’enquête participative. Celle-ci s’est appuyée sur plus de cinquante auditions d’acteurs régionaux, un sondage inédit auprès de près de 3 000 lycéen·nes de tout le territoire, ainsi que sur deux focus groups organisés avec les membres du Conseil régional des jeunes (CRJ). Le CESER propose une analyse globale des champs d’intervention et des dynamiques à l’œuvre pour l’accès à l’enseignement supérieur, mettant en lumière les interdépendances entre politiques éducatives, sociales, économiques et territoriales. Le rapport cherche ainsi à identifier les freins structurels, à valoriser les initiatives locales qui permettent de les dépasser et proposer des leviers d’action concrets pour renforcer l’équité d’accès.

L’organisation du rapport reflète cette approche intégrée. Après avoir défini le périmètre et le cadre juridique de l’accès à l’enseignement supérieur, il présente les facteurs déterminants et les thématiques structurantes et expose la méthodologie participative et systémique qui a guidé les travaux. Le diagnostic régional met ensuite en lumière la situation paradoxale de la Nouvelle-Aquitaine, avant d’analyser les disparités territoriales, le rôle du maillage et des coopérations locales et les enjeux liés à l’orientation et à l’information. Enfin, une vision transversale propose une stratégie articulée à deux niveaux : d’une part, une stratégie régionale à destination de la Région Nouvelle-Aquitaine et de ses partenaires institutionnels ; d’autre part, des préconisations plus opérationnelles, centrées sur le maillage territorial et l’orientation. L’ensemble de cette démarche vise à répondre à une question centrale qui traverse cette étude : comment les interdépendances entre les différents systèmes influencent-elles l’accès équitable à l’enseignement supérieur en Nouvelle-Aquitaine ?

Répondre à cette interrogation implique de dépasser une lecture fragmentée des politiques publiques et d’adopter une approche intégrée, seule capable de garantir à chaque jeune, quel que soit son lieu de vie ou son origine sociale, la capacité de choisir son avenir et de construire un parcours d’enseignement supérieur ambitieux et soutenable à la hauteur des défis de demain.