» Partie 4 : L’orientation : clé de voute de l’accès et de la réussite dans l’enseignement supérieur

4.1 Les acteurs de l’orientation : manque de moyens et fragmentation des dispositifs

L’orientation ne se réduit pas à une succession de choix scolaires : elle constitue l’un des principaux déterminants de l’accès effectif à l’enseignement supérieur. Les filières suivies au lycée, la temporalité des décisions, la qualité de l’accompagnement et la lisibilité des parcours jouent un rôle décisif dans la capacité des jeunes à franchir la transition vers l’enseignement supérieur.

Les auditions ont montré que les premières bifurcations scolaires - en particulier le choix des spécialités en seconde et en première -produisent des effets de seuil importants. Plusieurs acteurs auditionnés ont souligné que le choix (ou non choix) d’une spécificité en première peut avoir des conséquences sur l’accès à certaines filières du supérieur. Ce phénomène crée une asymétrie d’information, qui touche particulièrement les familles éloignées de l’enseignement supérieur, moins familières des codes scolaires et des nomenclatures de diplômes.

Le focus group avec des jeunes de la région confirme cette vulnérabilité : près de la moitié des jeunes interrogés disent avoir choisi leurs spécialités « sans savoir précisément quelles conséquences cela aurait » sur leurs possibilités futures. Cette méconnaissance se traduit par des renoncements implicites ou par des réorientations subies, coûteuses en termes de temps, de confiance et de ressources.

Dans ce contexte, l’orientation agit comme un puissant facteur de différenciation sociale et territoriale. Dans les métropoles régionales, la densité de l’offre éducative et l’accès plus aisé à l’information permettent une diversification des choix, même si elle s’accompagne parfois d’une anxiété accrue liée à la sélectivité. En revanche, dans les territoires ruraux et semi-ruraux, la rareté des interlocuteurs spécialisés et la distance aux pôles universitaires limitent la capacité à lever les barrières économiques et sociales réelles ou supposées des jeunes pour rendre possible leur émancipation par l’accès à ces formations. Comme le soulignait une représentante du Conseil régional des jeunes lors du focus group : « Dans mon lycée, personne ne nous a vraiment expliqué à quoi servaient certaines spécialités. Beaucoup ont pris par défaut ce qui était proposé, sans penser aux conséquences » (CRJ, 5 juillet 2025).

L’impact de ces choix sur l’accès au supérieur se manifeste fortement dans Parcoursup. Les élèves disposant d’un parcours scolaire « aligné » avec les attendus des formations ciblées obtiennent davantage de propositions, tandis que ceux dont les choix ont été contraints par l’offre locale ou par des anticipations imprécises se trouvent en position défavorable. Ainsi, l’orientation initiale agit comme un filtre silencieux : elle peut ouvrir un champ des possibles ou au contraire le restreindre considérablement.

Cette dimension déterminante de l’orientation interroge directement la capacité du système éducatif à garantir une égalité des chances. Si l’information et l’accompagnement sont insuffisants ou inégalement répartis, les choix scolaires deviennent le reflet des inégalités sociales et territoriales, et non un outil d’émancipation. Le CESER insiste donc sur la nécessité de considérer l’orientation comme un véritable investissement collectif, structurant autant pour la réussite individuelle des jeunes que pour le dynamisme économique et social de la région. Enfin l’orientation scolaire est au cœur de nombreux débats nationaux, et la proposition d’Élisabeth Borne, alors Ministre de l’Éducation nationale, de renforcer le Parcours Avenir tout au long du collège et du lycée illustre l’importance accordée à un accompagnement continu et structuré.

Dans ce dispositif, les professeurs principaux et les psychologues de l’Éducation nationale (PsyEN) occupent une place stratégique : ils sont les interlocuteurs privilégiés pour guider les élèves dans la construction progressive de leur projet d’études et de vie professionnelle, en tenant compte des aspirations, des contraintes et du potentiel de chacun. Pourtant, les travaux du CESER, croisant les témoignages d’acteurs de terrain et les données quantitatives du sondage réalisé par le CESER, montrent que leur action se heurte à des limites structurelles et organisationnelles.

Les acteurs au cœur du dispositif : professeurs principaux, PsyEN, CIO

Si l’orientation scolaire est un déterminant majeur de l’accès à l’enseignement supérieur, elle repose avant tout sur un écosystème d’acteurs dont le rôle et la coordination sont décisifs. Trois figures institutionnelles structurent ce paysage : les professeurs principaux, les psychologues de l’Éducation nationale (PsyEN), et les centres d’information et d’orientation (CIO). Leur action, définie par les textes réglementaires, se confronte néanmoins à des tensions de moyens, de visibilité et de reconnaissance

Les professeurs principaux : rôle pivot mais charge croissante

Le Code de l’éducation confie explicitement aux professeurs principaux la mission d’accompagner les élèves dans leurs choix d’orientation. L’article D. 331-36 précise que le professeur principal « coordonne les activités d’information et d’orientation » et assure le lien entre l’élève, la famille et les autres membres de l’équipe éducative (Ministère de l’Éducation nationale, 2017).

Dans les faits, cette mission est devenue centrale avec la réforme du baccalauréat et l’introduction du choix des spécialités. Les auditions menées révèlent un engagement fort, mais souvent contraint par un manque de formation et de temps disponible. Comme l’exprimait un professeur principal de Gironde : « Nous faisons ce que nous pouvons, mais nous n’avons pas toujours les outils ni la formation pour guider des choix qui peuvent fermer ou ouvrir l’avenir d’un élève. »124.

Cette tension se reflète également dans les chiffres : selon le sondage CESER (2025), 57 % des lycéen·nes déclarent avoir été accompagné·es par leur professeur principal dans leurs choix d’orientation, mais seul·es 37 % jugent cet accompagnement « réellement utile ».

Les professeurs principaux, théoriquement depuis 2018 au nombre de 2 en classe de terminale depuis la réforme du baccalauréat, sont souvent le premier interlocuteur vers lequel se tournent les élèves et les familles pour obtenir des conseils d’orientation. Ils assurent un suivi régulier, connaissent les résultats scolaires et les difficultés éventuelles des élèves, et sont chargés d’organiser les entretiens annuels d’orientation. Ce rôle pivot est toutefois fragilisé par deux facteurs majeurs :

  • La formation : selon les auditions, la formation initiale et continue des professeurs principaux sur l’orientation reste limitée, parfois réduite à des sessions ponctuelles centrées sur les procédures administratives (Parcoursup, réforme du bac) plutôt que sur les techniques d’entretien, la connaissance fine des filières ou la lutte contre l’autocensure.

Depuis 2018, le cadre réglementaire prévoit que chaque élève du secondaire bénéficie de 54 heures annuelles consacrées à l’orientation. Dans les faits, les auditions et témoignages montrent que cette enveloppe est rarement respectée dans son intégralité et qu’elle se traduit le plus souvent par une juxtaposition d’actions ponctuelles : salons, forums, interventions d’intervenants extérieurs, visites de campus.

Les proviseurs entendus par le CESER ont souligné le décalage entre la lettre du dispositif et son application réelle. L’un des proviseurs cite : « On nous parle de 54 heures, mais nous n’avons ni le temps ni les moyens pour les mettre en place autrement que par quelques journées forums ».

Les jeunes évoquent une information trop théorique et déconnectée de leurs réalités :

« On nous montre des powerpoints sur les métiers, mais personne ne prend le temps de nous dire si ça colle avec nos envies ou nos notes. » (Focus group CRJ, 5 juillet 2025).

Le manque de suivi individualisé et de progressivité dans ces 54 heures contribue à transformer ce qui devait être un parcours structurant en un catalogue d’actions isolées, dont l’impact réel sur les choix reste limité.

  • Le manque de temps dédié : la mission d’orientation est intégrée à leur service sans allègement de la charge d’enseignement, ce qui les oblige à la traiter « en plus » de leurs autres obligations, souvent en dehors des heures prévues. 60 % des lycéen·nes du sondage disent n’avoir jamais rencontré de PsyEN au cours de leur scolarité. Ces limites expliquent en partie que 63 % des lycéen·nes estiment que leur entretien d’orientation n’a pas été utile pour construire leur projet. Un travail plus approfondi, appuyé par une formation solide, pourrait améliorer cette perception.
  • Les PsyEDO125 ou les PsyEN dans l’orientation, colonne vertébrale trop rare du conseil spécialisé

Les Centres d’information et d’orientation (CIO) et les psychologues de l’Éducation nationale (PsyEN) constituent la colonne vertébrale du service public de l’orientation. Mais leur présence est largement insuffisante.

Les psychologues de l’Éducation nationale (PsyEN), créés par le décret n° 2017-120 du 1er février 2017126, incarnent une évolution majeure : la fusion des anciens conseillers d’orientation-psychologues (COP) avec les psychologues scolaires. Ils relèvent de deux spécialités : éducation, développement et apprentissages (EDA) pour le premier degré, et éducation, développement et conseil en orientation scolaire et professionnelle (EDO) pour le second degré.

Dans leur mission officielle, les PsyEN doivent « conseiller les élèves et les familles en matière d’orientation scolaire et professionnelle » (MEN, 2017). Mais les auditions ont révélé un décalage croissant entre ce mandat et la réalité de leurs interventions. En raison de la montée des problématiques de santé mentale chez les jeunes, une part importante de leur temps est désormais consacrée à la gestion des situations de crise psychologique, au détriment de leur rôle d’accompagnement à l’orientation. Comme le soulignait une audition en mai 2025 : « Nous sommes appelés en priorité pour des situations de souffrance ou de décrochage. L’orientation passe après, faute de moyens humains suffisants. » (CESER, CIO Libourne, 22 mai 2025).

Les psychologues de l’Éducation nationale disposent d’une expertise spécifique en orientation, en psychologie du développement et en accompagnement individuel. Leur intervention devrait compléter celle des professeurs principaux, en offrant une écoute approfondie et des conseils éclairés. Mais les auditions soulignent un sous-effectif chronique : un PsyEN pour 2 000 à 2 500 élèves, avec une présence limitée à une journée par semaine dans chaque établissement.

Ce faible maillage entraîne plusieurs conséquences :

  • Discontinuité du suivi : les élèves rencontrent rarement le même PsyEN à plusieurs reprises, ce qui empêche la construction d’une relation de confiance.
  • Réduction du temps consacré à l’orientation : les PsyEN sont également mobilisés sur des missions transversales (prévention du décrochage, prise en charge des situations de handicap, accompagnement psychologique en cas de crise), ce qui limite leur disponibilité pour l’accompagnement aux choix d’études.

Les données du sondage du CESER sont révélatrices : 60 % des lycéen·nes déclarent n’avoir jamais rencontré de PsyEN, et seul·es 57 % déclarent avoir bénéficié d’un accompagnement dans leur choix. Ce déficit de contact personnalisé pèse particulièrement sur les élèves les plus éloignés culturellement ou socialement de l’enseignement supérieur.

Cette tension sur les ressources humaines se traduit dans l’expérience des lycéen·nes. Plusieurs professionnels ont confirmé que les entretiens personnalisés sont rares, réservés aux situations jugées prioritaires (décrochage, handicap, urgence psychologique).

Un proviseur résume la situation : « Le PsyEN est précieux, mais il est aspiré par les urgences sociales et de santé mentale. L’orientation n’arrive qu’en dernier ressort. » (Talence, 9 avril 2025).

En conséquence, ce sont les professeurs principaux qui portent la responsabilité première de l’accompagnement, sans formation systématique et avec un temps très contraint. Cela alimente souvent un sentiment d’injustice : « Ça dépend de ton prof principal. Si c’est quelqu’un qui s’investit, tu as des infos. Sinon, tu passes à côté. » (Focus group CRJ, 5 juillet 2025).

Les CIO : un maillon historique en perte de visibilité

Les centres d’information et d’orientation (CIO), institués par la circulaire du 20 mars 1972, demeurent des lieux publics d’accès gratuit à l’information scolaire et professionnelle. En théorie, ils constituent le socle d’un service universel d’orientation. Pourtant, leur rôle est affaibli par une baisse de moyens et une faible visibilité auprès des jeunes et des familles.

L’audition du CIO de Libourne a mis en évidence ce paradoxe : « Nous accueillons tous les publics, gratuitement, mais beaucoup d’élèves ignorent notre existence. Ceux qui viennent sont souvent déjà très motivés ou accompagnés par leur famille. » Ce constat rejoint les résultats du sondage CESER : seul·es 18 % des lycéen·nes disent avoir consulté un CIO, contre 73 % qui déclarent avoir trouvé l’essentiel de leurs informations par leur famille et leurs enseignant·es.

Seul·es 27 lycéen·nes sur 2 963 ont bénéficié d’un entretien à Cap Métiers.

Un écosystème déséquilibré

Pris ensemble, ces constats montrent que l’écosystème de l’orientation souffre d’un déséquilibre structurel. Le professeur principal joue un rôle pivot, mais sans formation suffisante ; les PsyEN, censés garantir une expertise spécifique, sont happés par d’autres urgences ; et les CIO, garants de l’accès universel, restent sous-utilisés. Dans ce contexte, les inégalités sociales et territoriales se renforcent, puisque les familles les mieux informées ou disposant des ressources pour recourir à des services privés compensent ces fragilités institutionnelles, tandis que les autres en subissent les conséquences directes.

L’accompagnement : un levier inégalement activé

L’accompagnement humain joue un rôle amplificateur ou réducteur. Or, les moyens actuels sont insuffisants. Dans le sondage CESER, 57 % des lycéen·nes estiment avoir été accompagnés dans leur orientation, avec de fortes disparités entre territoires. Les élèves des métropoles universitaires bénéficient davantage d’opportunités (forums, interventions étudiantes), tandis que ceux des zones rurales rapportent un sentiment d’isolement :

« Chez nous, il y a eu un salon à 60 km, mais je n’ai pas pu y aller, mes parents ne pouvaient pas m’emmener » (CRJ, 5 juillet 2025).

L’un des enseignements du sondage du CESER concerne l’accompagnement. Les résultats du sondage révèlent une perception contrastée : si une partie des lycéen·nes estime l’accompagnement suffisant, près de la moitié le jugent insuffisant et plus de 60 % déclarent ne pas avoir bénéficié d’accompagnement. Ce manque d’accompagnement nourrit l’anxiété et un sentiment d’injustice. Plusieurs PsyEN auditionnés ont rapporté que leurs entretiens sont souvent mobilisés en urgence pour des situations de mal-être ou de décrochage, au détriment du suivi anticipé de l’orientation.

Avez-vous déjà eu un entretien individuel d’orientation avec un professionnel ? (en %)

Graphique : entretiens individuels d’orientation.
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Source : CESER Nouvelle-Aquitaine. (2024-2025). Sondage auprès des lycées de Nouvelle-Aquitaine (n = 2 963).

L’absence d’accompagnement transforme l’information disponible en un savoir inerte, qui ne se traduit pas en véritable capacité d’action. Les jeunes, même lorsqu’ils disposent d’éléments factuels sur les formations, peinent alors à se projeter et à oser des choix ambitieux. À l’inverse, un accompagnement personnalisé - qu’il soit assuré par un enseignant formé, un mentor ou un pair étudiant - joue un rôle décisif : il renforce la confiance, éclaire les possibles et multiplie l’audace des choix. En l’absence de soutien personnalisé, beaucoup de jeunes ne sont pas mis en capacité pas de dépasser les déterminismes économiques ou sociaux auxquels ils sont soumis, se limitent à des choix « sûrs » (proches du domicile ou perçus comme moins risqués), ou renoncent à viser des filières prestigieuses.

La montée en puissance du secteur privé lucratif dans l’orientation

Depuis une dizaine d’années, un pan entier du paysage de l’orientation s’est considérablement développé : celui du secteur privé lucratif. Ce marché, longtemps marginal, s’est structuré autour d’une offre diversifiée allant du coaching individuel aux préparations intensives pour Parcoursup, en passant par des plateformes numériques payantes et des agences spécialisées dans le placement d’étudiant·es. La montée en puissance de ces services répond à une demande croissante de la part des familles et des élèves, confrontés à la complexité croissante des procédures et au sentiment de ne pas être suffisamment accompagnés par les dispositifs publics. Dans le paysage de l’orientation en Nouvelle-Aquitaine, un acteur s’est imposé de manière croissante au fil des dernières années : le coaching privé lucratif. Coachs d’orientation indépendants, cabinets spécialisés, plateformes en ligne à abonnement, stages de préparation payants, etc. Ces dispositifs s’adressent principalement aux familles disposant de ressources financières, avec des tarifs pouvant atteindre 800 € pour un accompagnement individuel de 4 heures pour les lycéen·nes.

Une réalité visible mais non quantifiée

Il n’existe pas aujourd’hui de statistiques exhaustives sur le recours au privé lucratif dans l’orientation. Toutefois, les auditions ont révélé :

  • une présence marquée dans les lycées urbains et dans les familles des classes moyennes et supérieures ;
  • un développement facilité par les réseaux sociaux et la publicité ciblée, qui met en avant la « réussite » et les places obtenues sur Parcoursup.

Lors des auditions, plusieurs intervenants ont souligné ce phénomène. Comme l’a résumé un acteur régional : « Le privé occupe l’espace que l’école laisse vacant : il s’installe là où les familles ressentent un vide, une inquiétude, une absence de réponse rapide et personnalisée. »127 Les données recueillies par le CESER montrent que ces acteurs s’adressent en priorité aux classes moyennes et favorisées, en capacité financière d’investir dans l’avenir de leurs enfants. Le coût d’un accompagnement individuel, qui peut atteindre plusieurs centaines d’euros par mois, constitue un frein majeur pour les familles populaires ou rurales, accentuant de fait les inégalités sociales. Si certains dispositifs privés peuvent apporter une expertise réelle (aide à la préparation des dossiers, simulations d’entretiens, conseils personnalisés), les qualités de services du coaching ou de l’accompagnement restent très hétérogènes. L’orientation y devient un produit, soumis aux règles du marché et de la publicité. Ce constat rejoint les analyses d’organismes internationaux comme l’OCDE, qui rappellent que l’information et l’orientation doivent relever d’un service public universel pour garantir l’égalité des chances (OCDE, 2022).

Des services qui comblent un vide… pour certains

Les témoignages recueillis montrent que ces prestataires privés sont parfois les seuls à proposer un accompagnement individualisé, avec un suivi régulier, une aide à la rédaction des lettres de motivation et à la hiérarchisation des vœux Parcoursup. Des parents ont expliqué y avoir eu recours « faute de temps ou de compétences » pour accompagner leurs enfants128. Les coachs privés se présentent ainsi comme des facilitateurs, capables d’apporter des informations concrètes sur les filières, parfois même d’ouvrir des réseaux professionnels.

… mais qui accentuent les fractures

Cette offre, par son coût, accroît les inégalités d’accès à l’information et à l’accompagnement. Les familles modestes ou éloignées des centres urbains en sont de facto exclues, ce qui peut accentuer l’autocensure et renforcer les écarts entre élèves déjà bien dotés socialement et ceux qui le sont moins. Les auditions ont souligné que l’existence de ces services privés crée une forme de concurrence implicite avec les dispositifs publics, et peut contribuer à délégitimer ces derniers lorsqu’ils sont perçus comme insuffisants129.

L’essor du secteur privé dans l’orientation : un symptôme d’un système public sous tension

L’essor du privé lucratif dans l’orientation doit être lu comme le symptôme d’un déficit structurel de moyens et de coordination dans l’orientation publique. Lorsque les PsyEN sont peu présents, que les professeurs principaux manquent de formation ou de temps, et que les CIO ne peuvent assurer un suivi individualisé, une partie des familles se tourne vers une offre alternative. Mais cette dynamique enclenche une boucle négative : plus le privé se développe, plus la pression sur le public s’accroît pour justifier son utilité, au risque de renforcer encore la perception d’un service public « minimal ».

Une opacité sur la qualité et l’efficacité

Un autre point relevé est l’absence de régulation et de certification officielle sur la qualité de l’accompagnement proposé par ces prestataires. Les parents et élèves s’en remettent souvent au bouche-à-oreille ou aux promesses commerciales, sans garantie sur la pertinence des conseils reçus. Ce manque de contrôle pose la question d’une possible harmonisation des standards d’accompagnement à l’échelle régionale ou nationale.

L’opportunité que représente le secteur privé est donc ambivalente. Il peut compléter ponctuellement les dispositifs existants. Mais sans régulation, il constitue surtout une menace pour l’équité du système éducatif : il transforme l’accès à l’information et au conseil en privilège réservé à celles et ceux qui peuvent payer, creusant davantage les écarts entre élèves. C’est pourquoi le CESER insiste sur la nécessité pour les pouvoirs publics - État comme Région - d’investir dans des services publics d’orientation robustes, visibles et accessibles, capables d’offrir à tous les jeunes un accompagnement de qualité, afin que le marché privé ne vienne pas combler des lacunes au détriment de l’égalité.