» Partie 2 : L’accès à l’enseignement supérieur : diagnostic régional

2.1 Dynamiques démographiques et socio-économiques de l’accès à l’enseignement supérieur en Nouvelle-Aquitaine

Un territoire en recomposition démographique face au défi de l’accès au supérieur

Selon l’Insee, la population de la Nouvelle-Aquitaine comptait plus de 6,1 millions d’habitants au 1er janvier 2022, ce qui en fait la troisième région la plus peuplée de France, derrière l’Île-de-France et l’Auvergne‑Rhône‑Alpes (MESRI, 2022 ; Insee, 2023a)36. Cette situation démographique s’explique par la taille importante de la région (près d’1/7ème du territoire national) et par une attractivité résidentielle soutenue.

Entre 2022 et 2023, la croissance de la population régionale est restée modérée, principalement liée à un solde migratoire positif, alors que le solde naturel reste faible, voire négatif dans certaines zones rurales (Insee, 2023b)37. Cette dynamique reflète une tendance déjà observée au cours de la décennie précédente, marquée par l’installation de ménages actifs et de retraités dans les zones littorales et périurbaines, conjuguée à une baisse durable de la natalité.

À l’inverse, les zones attractives comme la Gironde (indice de vieillissement de 93, inférieur à la moyenne nationale) concentrent une population jeune, une forte dynamique économique et un réseau universitaire complet, favorisant une poursuite d’études plus aisée (CREAI Nouvelle-Aquitaine, 2023)38.

La région présente également un vieillissement démographique prononcé, mesuré par un indice de vieillissement de 114, signifiant que pour 100 jeunes âgés de moins de 20 ans, on compte 114 personnes âgées de 65 ans ou plus. En d’autres termes, la proportion de seniors excède désormais celle des jeunes, une situation qui résulte à la fois de l’attrait de la région pour les retraités et de la moindre présence relative des jeunes générations dans certains territoires ruraux et de montagne. Certaines zones périurbaines et littorales, telles que Bordeaux-Métropole, l’agglomération de Biarritz-Bayonne-Anglet, La Rochelle ou encore Poitiers, se caractérisent par une forte attractivité résidentielle, notamment auprès de jeunes ménages. À l’inverse, plusieurs territoires ruraux et de moyenne montagne connaissent une déprise démographique associée à un vieillissement prononcé de la population (Insee, 2023a). Dans ces départements marqués par un vieillissement prononcé tels que la Creuse (indice 183.2), le nord de la Dordogne (indice 170.4) ou une partie de la Corrèze (indice 155.6), la part des jeunes de moins de 20 ans est plus faible et les infrastructures de formation supérieure sont peu présentes. Ces territoires ne disposent généralement que d’offres limitées, quelques BTS ou IUT délocalisés, ce qui réduit l’éventail des choix pour les bacheliers locaux. La carte du solde naturel permet de visualiser les zones où le vieillissement démographique est le plus marqué, en révélant les territoires où les décès excèdent durablement les naissances.

Évolution annuelle moyenne de la population due au solde naturel, 2016-2022 (%)

Carte : démographie des jeunes en Nouvelle-Aquitaine.
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Source : Insee, séries historiques du RP, exploitation principale

La configuration démographique de la Nouvelle-Aquitaine influence directement l’accès à l’enseignement supérieur. Les territoires à forte attractivité, tels que les grandes agglomérations (Bordeaux Métropole, Poitiers, La Rochelle, Bayonne-Anglet-Biarritz), concentrent une population jeune plus importante et bénéficient d’un réseau dense d’établissements universitaires et de grandes écoles. Cette concentration territoriale favorise un accès à une offre de formation diversifiée et à des infrastructures adaptées aux besoins d’une population étudiante en croissance.

Ces disparités territoriales et démographiques peuvent générer des inégalités dans l’accès effectif aux études supérieures. De plus, cette configuration territoriale engendre plusieurs effets sur l’accès à l’enseignement supérieur. Elle se traduit tout d’abord par des coûts supplémentaires pour les familles résidant en zones rurales, en raison des dépenses liées au logement, au transport et aux conditions de vie étudiante, lorsque leurs enfants doivent rejoindre une ville universitaire éloignée. Elle peut également conduire certains jeunes à renoncer à des études longues au profit de formations courtes ou d’une entrée plus précoce dans la vie active, phénomène particulièrement observé dans les départements à faibles ressources ou dépourvus d’infrastructures universitaires denses. Enfin, cette situation exerce une pression accrue sur les grands pôles universitaires, en particulier l’agglomération bordelaise, où la demande de logements étudiants excède l’offre disponible (Région Nouvelle-Aquitaine, 2023).

Ces constats soulignent l’importance des infrastructures de transport, d’hébergement étudiant et de maillage territorial des établissements d’enseignement supérieur. L’analyse de leur répartition et de leur accessibilité constitue un élément essentiel pour comprendre les conditions concrètes d’accès à l’enseignement supérieur sur l’ensemble du territoire régional.

Comme l’explique La Rochelle Université (19 mai 2025), « l’université est revenue aux effectifs d’il y a 8-9 ans » après avoir connu un pic de croissance, une situation qui pourrait se stabiliser ou se réduire dans les années à venir. Le déclin démographique, bien que différé, affectera inévitablement la répartition des étudiant·es, notamment dans des zones rurales qui, par leur faible densité démographique, auront plus de difficultés à maintenir une offre de formation pérenne.

La baisse démographique attendue à partir de 2030 représente un défi majeur pour l’enseignement supérieur dans la région. Selon les auditions réalisées à La Rochelle Université, « la dépression démographique inédite prévue à partir de 2030 nécessitera de rebattre les cartes dans l’enseignement supérieur. » (La Rochelle Université, 19 mai 2025). Cette prévision concerne principalement les universités publiques, qui risquent de voir leurs effectifs diminuer dans les années à venir. Cela pourrait entraîner des difficultés dans l’organisation des cursus et dans l’accompagnement des étudiant·es.

Les effets du vieillissement démographique sur l’offre de formation

Les territoires vieillissants de la Nouvelle‑Aquitaine connaissent une baisse de la population jeune, ce qui se traduit par un nombre réduit de bacheliers et une offre de formation restreinte. Dans des départements comme la Creuse ou la Dordogne, où l’indice de vieillissement est particulièrement élevé (DREETS Nouvelle-Aquitaine, 2023)39, les jeunes bacheliers font face à une offre locale de formations limitée, souvent réduite à des sections de BTS ou des formations courtes. Cela les oblige à se déplacer vers des pôles urbains plus éloignés pour accéder à un plus grand choix de formations. Dans le cadre des auditions menées, l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA) a mis en lumière une problématique démographique significative qui affecte aussi son territoire et son rôle dans l’enseignement supérieur de la région. Lors de la présentation de la situation démographique universitaire, l’audité a comparé les chiffres clés de son établissement avec ceux d’autres grandes villes universitaires françaises, mettant en évidence des disparités notables. Par exemple, dans des zones comme la Côte Basque, le ratio d’étudiants par rapport à la population est d’environ 20 à 30 étudiant·es pour 1 000 habitants. En comparaison, des territoires comme le Béarn atteignent environ 60 étudiant·es pour 1 000 habitants, tandis que des villes universitaires comme La Rochelle et Poitiers enregistrent respectivement des ratios de 120 et 220 étudiant·es pour 1 000 habitants. Ces chiffres soulignent une différence frappante dans l’intensité de l’enseignement supérieur dans la région. Le président de l’UPPA40 a souligné que cette situation, marquée par un ratio d’étudiant·es relativement faible dans le Béarn par rapport à d’autres agglomérations, révèle un véritable « problème structurel à l’UPPA ». En effet, l’université de Pau souffre de la faible densité d’étudiant·es, ce qui limite ses capacités d’attractivité et d’offre de formation par rapport à des pôles universitaires plus denses. Cette situation, combinée à la baisse démographique attendue, soulève des défis importants pour l’avenir de l’enseignement supérieur dans le Béarn, rendant nécessaire une réflexion sur les stratégies de diversification des formations et de renforcement de l’attractivité du territoire. La démographie vieillissante dans certaines parties de la région a également un impact direct sur les choix des jeunes en matière d’orientation et d’accès à l’enseignement supérieur. Les zones qui souffrent donc de la « déprise démographique » et d’une « mauvaise couverture territoriale » en termes de formations longues et diversifiées, contraignent les jeunes à quitter leur département pour rejoindre des pôles urbains plus éloignés.

Cette situation a pour effet direct une pression supplémentaire sur les grandes agglomérations, qui voient augmenter le nombre de jeunes en quête de formations supérieures et de meilleures opportunités professionnelles. Le coût de la vie dans ces grandes villes, notamment à Bordeaux, et la difficulté d’accès au logement étudiant sont des obstacles qui peuvent décourager certains jeunes issus de zones rurales de poursuivre des études longues. « Les étudiants sont de plus en plus amenés à quitter la région », surtout lorsqu’ils sont limitrophes d’une autre région qui offre plus d’opportunités (Président de l’UPPA, 25 juin 2025).

Un nombre de bachelier·ères et un taux de réussite supérieur au niveau national

L’accès à l’enseignement supérieur est un enjeu central des politiques éducatives européennes. L’indicateur le plus utilisé repose sur la part des jeunes adultes de 25 à 34 ans titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur (niveaux ISCED 5 à 8). Cet indicateur, qui mesure l’achèvement des études, renseigne sur les parcours aboutis mais non sur l’accès initial ni sur les abandons en cours de cursus, faute de données européennes harmonisées à ce jour.

En 2023, il atteignait 43,1 % dans l’Union européenne, en légère hausse par rapport à 2022 (42 %) mais encore en deçà de l’objectif de 45 % fixé pour 2030 (Eurostat, 2024). Les écarts restent marqués : certains pays, comme l’Irlande, le Luxembourg ou la Lituanie, dépassent 60 %, tandis que la Roumanie ou l’Italie demeurent sous les 30 %. Ces contrastes reflètent les inégalités persistantes dans la capacité des systèmes à accueillir et diplômer un grand nombre de jeunes.

La France se distingue avec ce même indicateur par une proportion de 52 % de diplômés du supérieur chez les 25-34 ans, soit un niveau supérieur à la moyenne européenne et conforme aux objectifs européens de long terme. Cette dynamique nationale appelle une déclinaison territoriale : l’analyse des taux d’accès et des parcours dans l’enseignement supérieur en Nouvelle-Aquitaine permet d’évaluer comment cette région contribue à ces objectifs tout en tenant compte de ses spécificités démographiques et socio-économiques.

Nombre de bachelier·ères et taux de réussite (2022-2024) - Comparaisons régionale et nationale

❖ Session 2022

La session 2022 a enregistré environ 59 500 nouveaux bacheliers en Nouvelle-Aquitaine, un niveau élevé attribuable à l’évolution démographique et aux ajustements pédagogiques post-crise sanitaire (Cartographie Numérique, 2025 ; MESRI, 2022)41. Le taux global de réussite s’est maintenu dans une fourchette de 94 % à 95 %, traduisant une performance régionale conforme aux résultats nationaux de la même année.

❖ Session 2023

Bordeaux

Poitiers

Limoges

RNA

France

Général

96,10

96,30

96,20

96.20

95,70

Technologique

91,30

92,00

90,30

91,20

89,80

Professionnel

85,30

84,80

83,50

84.50

82,70

Ensemble

90,90

91,04

90,00

90,64

90,90

Source : MESRI

En 2023, l’académie de Bordeaux a recensé 35 221 candidats, dont 32 476 admis, soit un taux global de réussite de 92,20 % après rattrapage (Académie de Bordeaux, 2023)42.

Ces résultats indiquent des performances régionales supérieures de 1 à 2 points à la moyenne nationale pour les voies technologique et professionnelle, et équivalentes pour la voie générale. Les trois académies présentent des résultats proches, Poitiers et Bordeaux étant légèrement au-dessus de Limoges pour la voie professionnelle. Le taux d’ensemble régional (90,64 %) est aligné sur la moyenne nationale (90,90 %).

❖ Session 2024

Bordeaux

Poitiers

Limoges

RNA

France

Général

96,50

97,10

97,40

97,00

96,10

Technologique

91,70

92,50

90,50

91,60

90,30

Professionnel

85,40

86,50

86,80

86,20

83,40

Ensemble

92,50

93,00

92,70

92,70

91,40

Source : MESRI

En 2024, les résultats montrent une amélioration des taux de réussite dans toutes les voies.

Ces chiffres confirment une hausse de 1 à 2 points par rapport à 2023, notamment pour la voie professionnelle, et un écart positif plus marqué avec la moyenne nationale, en particulier dans les académies de Poitiers et Limoges qui atteignent respectivement 86,5 % et 86,80 % pour la voie professionnelle. Le taux global régional (92,70 %) est supérieur de 1,3 point au taux national (91,40 %).

Sur la période 2022-2024, la Nouvelle-Aquitaine présente des taux de réussite supérieurs ou équivalents aux moyennes nationales pour toutes les voies du baccalauréat. Les écarts positifs sont particulièrement notables pour la voie professionnelle (+2,8 points en 2024) et pour la voie technologique (+1,3 point en 2024). La voie générale se situe de façon constante au niveau ou légèrement au-dessus des moyennes nationales. Ces résultats traduisent globalement une stabilité des performances scolaires régionales et une légère progression en 2024, confirmant une dynamique favorable dans l’ensemble des académies de la région.

Mais un taux d’inscription et de poursuite dans l’enseignement supérieur, inférieur à la moyenne nationale

La Nouvelle-Aquitaine a connu en 2022-2023 une baisse notable du nombre de nouveaux inscrits dans l’enseignement supérieur. On y dénombre 219 756 nouveaux étudiants, soit 7,5 % de l’ensemble des effectifs nationaux, incluant les départements et régions d’outre-mer (DROM). Cela représente une diminution de 3,0 % par rapport à l’année précédente, un recul plus marqué qu’à l’échelle nationale. Cette baisse place la Nouvelle-Aquitaine, au même titre que le Grand Est et juste devant la Bretagne (- 2,9 %), parmi les trois régions les plus touchées par la diminution des inscriptions dans le supérieur, derrière la Corse (- 5,3 %) et le Centre-Val de Loire (- 4,1 %) (MESRI, 2024).

À l’inverse, l’Île-de-France est la seule région enregistrant une croissance des effectifs nouvellement inscrits (+ 0,6 %), essentiellement portée par l’académie de Versailles (+ 2,9 %). Du côté des DROM, seule l’académie de Mayotte affiche une progression notable (+ 7,4 %) (MESRI, 2024).

À l’échelle infrarégionale, les trois académies de Nouvelle-Aquitaine (Bordeaux, Limoges et Poitiers) présentent, de 2010 à 2022, des taux de poursuite vers l’enseignement supérieur systématiquement inférieurs au taux national (Région Nouvelle-Aquitaine, 2024). Une exception est observée en 2023 pour l’académie de Limoges, où le taux de poursuite dépasse celui observé au niveau national.

La mobilité étudiante reste majoritairement intra-académique, avec 75,6 % des bachelier·ères poursuivant leurs études dans l’académie où ils ont obtenu leur diplôme, un taux supérieur à la moyenne nationale (71,1 %), mais inférieur dans les académies de Poitiers (67,5 %) et Limoges (66,7 %) (MESRI, 2024).

Taux de poursuite des étudiants en % par Région de France sur l’année universitaire 2023-2024

Graphique : taux de poursuite d’études dans l’enseignement supérieur.
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Sources : Région Nouvelle-Aquitaine, direction de l’enseignement supérieur et de la recherche, audition du 22 mai 2025

Les données de 2022 confirment une tendance structurelle : les bacheliers généraux sont les plus nombreux à poursuivre des études supérieures, suivis des titulaires d’un baccalauréat technologique, tandis que les bacheliers professionnels restent sous-représentés. Une analyse réalisée à partir des données de Parcoursup montre que les bacheliers généraux ont 5,4 fois plus de probabilité d’être admis que les titulaires d’un bac professionnel, et 2,7 fois plus que les bacheliers technologiques (Service Études, prospective et évaluations - Pôle DATAR - Conseil régional Nouvelle-Aquitaine, 2023).

Des disparités importantes sont également observées entre académies :

  • Baccalauréats généraux : le taux d’obtention du baccalauréat est plus faible dans l’académie de Bordeaux (89,6 %) que dans celles de Limoges (94,4 %) et de Poitiers (93,2 %), soit une moyenne régionale de 91,2 %, inférieure au taux national de 92,6 %.
  • Baccalauréats technologiques : le taux régional (80,3 %) est proche du niveau national (80,7 %), mais supérieur dans l’académie de Limoges (84,9 %) et légèrement supérieur dans celle de Bordeaux (81,5 %), alors qu’il est plus faible dans celle de Poitiers (76,0 %).
  • Baccalauréats professionnels : les taux régionaux (40,1 %) sont inférieurs de 5,8 points au taux national (45,9 %), avec un minimum dans l’académie de Bordeaux (38,8 %), contre 42,8 % à Limoges et 41,3 % à Poitiers.

Tous types de baccalauréats confondus, la Nouvelle-Aquitaine affiche un taux global de poursuite de 76,5 %, inférieur à la moyenne nationale (78,4 %). Là encore, Limoges se rapproche davantage du taux national (77,6 %) que Poitiers (75,7 %) ou Bordeaux (74,9 %) (Service Études, prospective et évaluations - Pôle DATAR - Conseil régional Nouvelle-Aquitaine, 2023).

Les écarts de taux de poursuite observés en Nouvelle-Aquitaine résultent de facteurs structurels, tels que la composition sociologique des bacheliers et la répartition par filières (notamment la proportion de bacs professionnels). Ces effets sont particulièrement visibles dans l’académie de Limoges.

Étudiants en salle informatique à l’IUT d’Égletons.
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Parmi les facteurs structurels, on relève notamment une composition sociologique spécifique des cohortes de bacheliers, marquée par une part relativement importante de baccalauréats professionnels, dont les taux d’accès à l’enseignement supérieur sont historiquement plus faibles. Ces effets sont particulièrement visibles dans certaines académies, comme celle de Limoges.

À cela s’ajoutent des effets dits résiduels, liés à des déterminants géographiques et socio-économiques : accessibilité de l’offre de formation, attractivité locale des établissements, caractéristiques des bassins de vie, ou encore éloignement de nombreux jeunes des grands pôles universitaires. Dans une région à dominante rurale comme la Nouvelle‑Aquitaine, ces disparités territoriales renforcent les inégalités d’accès, en dépit de politiques d’aménagement et d’équité territoriale engagées à différents niveaux.

Effectifs de l’enseignement supérieur et post-baccalauréat dans la région académique Nouvelle-Aquitaine - année 2023-2024

Carte : effectifs de l’enseignement supérieur par département en 2023-2024.
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Par ailleurs, les auditions ont permis de clarifier un élément méthodologique majeur. En effet, il est essentiel de distinguer le taux de poursuite des élèves de terminale, qui évalue la proportion de jeunes poursuivant immédiatement leurs études après l’obtention du baccalauréat, du taux d’accès des bacheliers à l’enseignement supérieur, lequel inclut l’ensemble des diplômés d’une année donnée, qu’ils soient issus de l’enseignement général, technologique ou professionnel, de l’apprentissage ou encore de la formation continue. Ce taux intègre également les étudiant·es inscrit·es dans des établissements dépendant d’autres ministères (culture, arts, santé, etc.) ainsi que dans certaines structures privées sous contrat.

Ces données sont issues de plusieurs bases provenant de l’éducation nationale, de l’apprentissage et d’autres sources, toutes listées dans la bibliographie en annexe du rapport. Toutefois, leur exploitation se heurte à d’importantes limites de traçabilité. L’absence d’identifiants individuels unifiés complique le suivi des parcours des étudiant·es, en particulier pour ceux ou celles qui choisissent de partir à l’étranger ou de réaliser une année de césure43, échappant ainsi aux statistiques disponibles.

De plus, certains établissements privés hors contrat ne transmettent pas systématiquement leurs données, n’y étant pas légalement tenus. En conséquence, il n’existe pas de données consolidées permettant d’estimer précisément l’ampleur de ces phénomènes. Comme l’a souligné un proviseur de lycée : « Le suivi s’arrête souvent après l’affectation. On ne sait pas si les élèves s’inscrivent vraiment, ni s’ils poursuivent en deuxième année. » Cette observation met en évidence la nécessité de renforcer le suivi des parcours réels des néo-bacheliers et d’améliorer la transparence de l’information sur l’ensemble de l’offre, qu’elle soit publique ou privée, afin de disposer de données consolidées et représentatives de la réalité des inscriptions et des trajectoires étudiantes.

Enfin, ces difficultés se renforcent encore lorsque l’analyse est menée à une échelle plus fine, départementale ou locale, où une part importante de l’information se perd. Ces limites méthodologiques masquent parfois des réalités contrastées : certaines absences d’inscription reflètent des freins objectifs à l’accès à l’enseignement supérieur (coût, éloignement géographique, manque d’information), tandis que d’autres traduisent des choix personnels, tels qu’une orientation vers des solutions de proximité ou un projet de mobilité internationale.

Ainsi, cette situation plaide pour une amélioration des dispositifs d’observation et de traçabilité des parcours post-baccalauréat en Nouvelle‑Aquitaine. Une connaissance plus fine des trajectoires des jeunes permettrait de mieux différencier les freins structurels à l’accès à l’enseignement supérieur des choix individuels assumés, et de concevoir des politiques régionales adaptées aux réalités territoriales, aux filières et aux publics concernés.

Le lien entre l’accès à l’enseignement supérieur et l’économie

La Nouvelle-Aquitaine partage la troisième place des régions françaises avec l’Occitanie en termes de production de richesses, avec un Produit Intérieur Brut (PIB) s’élevant à 213,66 milliards d’euros44. Elle se distingue par une économie diversifiée, alliant secteurs primaires (agriculture, sylviculture), secondaires (industrie aéronautique, agroalimentaire) et tertiaires (tourisme, services financiers). L’économie régionale repose en grande partie sur des pôles de compétitivité qui contribuent à son rayonnement. Parmi les secteurs clés figurent l’aéronautique et le spatial, où la région est un leader avec des entreprises comme Dassault Aviation, Ariane Espace, Aerospace Valley, etc., le pôle de compétitivité qui regroupe des acteurs majeurs de l’aéronautique, du spatial, et de la défense. Ces industries de haute technologie, ayant un forte capacité d’innovation, sont soutenues par des centres de recherche de pointe et des partenariats avec les universités et écoles d’ingénieurs. L’agroalimentaire, qui est un autre secteur majeur, bénéficie de l’important bassin agricole de la région, notamment dans les départements de la Charente, des Landes et de la Dordogne. Ce secteur est renforcé par une forte demande pour des produits alimentaires de qualité et des innovations en matière de circuits courts et d’agriculture durable. La région est également un acteur clé dans le domaine de l’énergie, avec un fort potentiel en énergies renouvelables (notamment éolien et photovoltaïque), ce qui lui permet de jouer un rôle de premier plan dans la transition énergétique. Le tourisme est aussi un pilier essentiel de l’économie régionale, avec des destinations emblématiques comme Bordeaux, la côte Atlantique et la région viticole. Ce secteur génère des retombées économiques substantielles et soutient de nombreux emplois dans les zones rurales et urbaines.

Enfin, la région abrite un réseau dynamique de PME, notamment dans les secteurs des technologies de l’information, des biotechnologies et des sciences de la vie, qui bénéficient d’un environnement favorable à l’innovation, grâce à la présence d’incubateurs, de pépinières d’entreprises et d’investissements publics importants.

Dynamique de réindustrialisation et impacts potentiels sur l’accès à l’enseignement supérieur en région Nouvelle-Aquitaine

La région Nouvelle-Aquitaine s’inscrit dans une dynamique affirmée de réindustrialisation. Cette orientation stratégique répond à la volonté nationale de renforcer l’appareil productif, de relocaliser certaines activités et de soutenir la souveraineté industrielle (Ministère de l’Économie, 2024). Le Baromètre industriel de l’État permet d’observer concrètement cette évolution : avec 13 ouvertures nettes d’usines au premier semestre 2024, la Nouvelle-Aquitaine se positionne comme la deuxième région française en termes de créations industrielles, juste derrière la région Auvergne-Rhône-Alpes, et devant l’Île‑de‑France et l’Occitanie. Cette performance s’inscrit dans la continuité des années 2022 et 2023, confirmant une dynamique structurelle et non un simple effet conjoncturel (Baromètre industriel, 2024). Il est toutefois important de noter que les ouvertures nettes n’expliquent pas à elles seules la dynamique industrielle à l’œuvre sur le territoire. Les chiffres sont à mettre en relation avec les récentes évolutions de l’emploi pour lequel on note un repli au deuxième trimestre 2025, de façon inégale selon les secteurs : le repli de l’activité persiste dans la fabrication de biens d’équipement et dans « les autres branches industrielles ». À l’inverse, l’activité reste dynamique dans la fabrication de matériels de transport (+ 2,7 % sur un an), même si les effectifs sont, de manière inhabituelle, en légère baisse en milieu d’année 202545.

Cette politique de réindustrialisation a plusieurs effets directs sur l’emploi régional. D’une part, elle contribue à la création nette de postes, notamment dans les secteurs de la production, de la logistique et de la maintenance industrielle. Pour autant, ces emplois qualifiés offrent des perspectives immédiates d’insertion professionnelle pour des publics détenteurs de baccalauréats professionnels ou technologiques, voire de niveaux inférieurs et sont plus difficilement accessibles ou ne concernent pas directement les titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur. Du fait des besoins immédiats en main-d’œuvre, certaines entreprises privilégient une main-d’œuvre locale employable rapidement. Ceci peut avoir pour conséquence de favoriser une entrée directe sur le marché du travail au détriment de la poursuite d’études longues.

Les auditions du CESER ont d’ailleurs mis en évidence cette tension. Plusieurs acteurs économiques auditionnés ont souligné que les entreprises rencontrent déjà des difficultés de recrutement, incitant certaines d’entre elles à renforcer leurs partenariats avec les lycées professionnels ou les centres de formation d’apprentis, plutôt qu’avec les établissements d’enseignement supérieur. Cette situation interroge sur un effet d’arbitrage potentiel pour une partie des jeunes néo-bacheliers, qui peuvent percevoir une insertion professionnelle rapide comme une alternative plus attractive qu’un parcours universitaire long et incertain.

Cependant, l’impact à long terme de cette dynamique reste à objectiver. Si la réindustrialisation peut favoriser l’emploi et la revitalisation de certains bassins économiques, elle soulève aussi la question de la valorisation des qualifications et de l’adaptation de l’offre de formation, afin de réduire l’écart entre la demande croissante en main-d’œuvre industrielle et l’objectif de montée en qualification de la population jeune. Une analyse sur une période plus longue (au moins cinq ans) serait nécessaire pour vérifier si cette tendance conjoncturelle se confirme et pour évaluer ses conséquences structurelles sur les parcours d’accès à l’enseignement supérieur en Nouvelle-Aquitaine.

Effets macroéconomiques et retombées locales

L’investissement dans l’enseignement supérieur génère des effets positifs sur l’économie régionale, bien que l’ampleur de ces effets varie en fonction des types de formation et de la localisation des établissements. Il est essentiel de souligner le rôle fondamental des investissements publics dans l’enseignement supérieur, notamment en ce qui concerne les retombées économiques pour les territoires. Ces investissements jouent un rôle crucial dans le dynamisme économique local, en créant des effets multiplicateurs à travers divers canaux.

Lors des auditions menées par le CESER, il a été rappelé cette statistique importante : « Une étude démontre que pour 1 euro investi dans l’enseignement universitaire sur un territoire, celui-ci récupère 4 euros en retombées économiques »46. Ce chiffre met en évidence l’impact considérable que peuvent avoir les investissements dans l’enseignement supérieure sur l’économie locale.

Cette observation souligne l’importance de l’investissement public dans l’enseignement supérieur comme levier de développement territorial. Les retombées économiques sont nombreuses et directes, notamment à travers les dépenses étudiantes, telles que le logement, le transport et l’alimentation. Par ailleurs, ces investissements contribuent à la création d’emplois locaux, au dynamisme des entreprises présentes sur le territoire, et à l’attractivité de la région pour de nouveaux acteurs économiques qui renforcerait l’écosystème local, attirant ainsi des talents et créant un environnement propice à l’innovation et l’entrepreneuriat.

Un autre aspect clé de l’analyse des retombées économiques de l’enseignement supérieur concerne la concentration de certaines formations dans les grandes villes. Si cette concentration peut avoir des effets positifs pour les zones urbaines, elle présente également des défis pour les territoires périphériques, en particulier dans des secteurs essentiels comme la médecine. Lors de l’audition de l’association « Du Pays Basque Aux Grandes Écoles »47, il a été souligné un lien direct entre cette centralisation et la problématique des déserts médicaux, qui touche de nombreuses régions rurales de la Nouvelle-Aquitaine. L’audité a établi un lien direct entre la concentration des facultés de médecine dans les grandes villes et la problématique des déserts médicaux.

Ce constat met en lumière le défi que représente la centralisation excessive de certaines formations, notamment dans les grandes villes, qui peut aggraver la pénurie de professionnels de santé dans les territoires moins peuplés. Afin de remédier à cette problématique, une réflexion approfondie sur la décentralisation de l’offre de formation, en particulier dans le domaine médical, pourrait constituer une solution pour favoriser un meilleur équilibre entre les territoires et répondre plus efficacement aux besoins en soins de santé dans les zones rurales.

Étudiants en cours, vus de dos dans une salle de classe.
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L’accès à l’enseignement supérieur représente donc un levier stratégique pour la croissance économique d’une région, tout en étant un facteur déterminant pour son développement social et territorial. Le lien entre la formation, l’emploi et le développement territorial revêt une importance particulière dans le contexte de la région Nouvelle-Aquitaine. Cependant, cette question suscite un débat, notamment en ce qui concerne le principe d’adéquation entre l’offre de formation et les besoins du marché de l’emploi local. Si une correspondance étroite entre ces éléments peut favoriser des retombées économiques positives et contribuer à limiter la désertification des zones rurales, certains soulignent qu’une logique d’adéquation formation-emploi trop rigide peut restreindre les perspectives des diplômés et freiner leur mobilité professionnelle.

En effet, bien que la réactivité de l’offre de formation aux besoins immédiats du marché local puisse soutenir le développement économique, il est important de prendre en compte que cette approche peut parfois limiter la polyvalence des diplômés et leur capacité à s’adapter à des secteurs d’activité en mutation. De plus, les enjeux liés à la recherche et à l’innovation, qui ne peuvent pas toujours être anticipés ou réduits à une simple adéquation avec le marché de l’emploi, doivent aussi être intégrés dans la réflexion sur l’enseignement supérieur. Ainsi, tout en cherchant à rapprocher les formations des réalités économiques locales, il est essentiel de maintenir une certaine flexibilité et une vision plus large des compétences nécessaires pour répondre aux évolutions futures du marché du travail. Ce chapitre explore cette relation complexe entre la formation et l’emploi, tout en intégrant les défis et les enjeux spécifiques au développement territorial en Nouvelle-Aquitaine. À travers les verbatims issus des auditions réalisées par le CESER, ce chapitre met en lumière les différentes perspectives et recommandations proposées par les acteurs du terrain.

Étudiant travaillant sur une modélisation 3D à l’IUT d’Égletons.
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