Conclusion

Vers une approche globale pour favoriser l’accès à l’enseignement supérieur en Nouvelle-Aquitaine

En application du droit fondamental à l’accès à l’enseignement supérieur, celui-ci devrait être égal en opportunité et en capacité à se réaliser pour toutes et tous.

Au terme de ses travaux, le CESER souligne avec force que l’accès à l’enseignement supérieur en Nouvelle-Aquitaine ne peut être appréhendé de manière fragmentée. L’analyse des données du sondage auprès des lycéen·nes, croisée avec les focus groups et les auditions menées auprès des acteurs de terrain, révèle que les parcours des jeunes sont façonnés par un enchevêtrement de freins invisibles - psychologiques, sociaux et culturels - et d’obstacles tangibles - territoriaux, financiers et institutionnels.

Ce double verrouillage explique en partie pourquoi, malgré des taux de réussite au baccalauréat supérieurs à la moyenne nationale, la région Nouvelle-Aquitaine enregistre encore un déficit marqué de poursuite d’études. Ces freins multiples ne s’additionnent pas simplement : ils interagissent, se renforcent et créent de véritables effets de seuil. L’autocensure, souvent alimentée par le manque d’informations ou de repères, conduit à limiter ses ambitions ; la distance géographique accroît les coûts et restreint la mobilité ; la complexité institutionnelle décourage les démarches. Ensemble, ces facteurs forment une mécanique d’inégalités cumulatives qui entrave la fluidité des parcours.

Ce constat met en lumière une réalité structurelle : les inégalités d’accès ne relèvent pas uniquement de la performance scolaire, mais d’un ensemble d’interdépendances entre conditions sociales, ancrage territorial et lisibilité des dispositifs. L’accès au supérieur devient alors le reflet d’un système global, où le moindre déséquilibre - financier, logistique ou symbolique - peut compromettre une trajectoire. Cette approche globale invite à dépasser une logique de politiques sectorielles pour inscrire la levée des freins comme pierre angulaire de l’accès effectif à l’enseignement supérieur régional.

Un autre facteur explicatif tient à la composition même du vivier régional. La Nouvelle‑Aquitaine compte une proportion importante de bachelières et bacheliers professionnel·les et technologiques, dont la tendance nationale et régionale reste à une moindre poursuite d’études supérieures. Cette spécificité pèse mécaniquement sur les indicateurs d’accès et de réussite dans le supérieur. Elle impose la mise en œuvre de politiques ciblées, capables de valoriser les compétences acquises, de renforcer l’accompagnement à l’orientation et de multiplier les passerelles entre filières. Ces dispositifs doivent permettre aux jeunes issus de la voie professionnelle non seulement d’accéder à l’enseignement supérieur, mais d’y réussir durablement.

Dans le même esprit, l’essor de l’apprentissage en particulier dans le supérieur constitue un levier puissant pour l’insertion, la professionnalisation et représente un levier pour l’enseignement supérieur dans certains cas, mais appelle une vigilance particulière.

Cette voie, porteuse d’opportunités, ne doit pas devenir une alternative subie, ni accentuer les écarts entre les jeunes selon leur origine sociale ou leur environnement territorial. Si l’apprentissage répond aux besoins économiques des entreprises et favorise l’emploi local, il doit être pleinement intégré à une stratégie globale d’élévation des qualifications et d’égalité des chances.

Enfin pour répondre à la problématique posée : « comment les interdépendances entre les différents systèmes influencent-elles l’accès équitable à l’enseignement supérieur en Nouvelle-Aquitaine ? », l’analyse des matériaux de l’étude met en évidence que le maillage territorial (enjeu 1), l’orientation (enjeu 2) et la levée des freins et des obstacles ne peuvent être envisagés isolément. Ils forment un système cohérent dont chaque dimension conditionne l’efficacité des autres.

Ces interdépendances influencent directement l’accès équitable à l’enseignement supérieur : une offre de formation géographiquement équilibrée ne produit ses effets que si elle s’accompagne d’une orientation claire et accessible, et d’une levée des freins liés au logement, aux transports ou aux conditions économiques. Pour réduire ces inégalités, les freins doivent être anticipés en amont de la classe de terminale et intégrés dans un accompagnement individualisé permettant à chaque élève d’élaborer un projet d’études réaliste et soutenable. En ce sens, seule une articulation cohérente entre politiques éducatives, sociales, territoriales et économiques est en mesure de transformer l’ouverture formelle du système en un accès effectif et équitable pour l’ensemble des néo-bacheliers de la région. La levée des freins psychologiques n’a de sens que si les obstacles matériels sont simultanément réduits ; la qualité de l’orientation ne produit ses effets que si les conditions d’accueil et de vie étudiante sont réunies ; les soutiens financiers ne peuvent jouer leur rôle que dans un cadre de gouvernance claire et coordonnée. L’égalité d’accès au supérieur repose ainsi sur la convergence des politiques éducatives, sociales, territoriales et économiques, articulées entre vision stratégique régionale et actions concrètes de terrain.

La démarche du CESER est fondée sur une approche systémique, visant à dépasser les blocages qui freinent encore l’accès équitable à l’enseignement supérieur. Cette approche s’inscrit dans une stratégie à deux niveaux : d’une part, une stratégie régionale à destination de la Région Nouvelle-Aquitaine et de ses partenaires, afin de renforcer la cohérence des politiques éducatives, sociales, territoriales et économiques ; d’autre part, des préconisations plus opérationnelles, centrées sur le maillage territorial, l’orientation et la levée des freins et des obstacles pour agir concrètement au plus près des jeunes et des établissements.

Penser l’accès à l’enseignement supérieur comme un système vivant, c’est reconnaître que chaque levier agit sur les autres : un logement abordable facilite la mobilité, un mentorat réduit l’autocensure, une information lisible renforce la confiance, et une coordination régionale cohérente transforme ces initiatives isolées en dynamiques collectives.

Dans cette perspective, le CESER appelle à inscrire les leviers d’action au cœur d’une stratégie régionale intégrée, articulant formation, logement, mobilité, orientation et inclusion. Garantir à chaque jeune de Nouvelle‑Aquitaine la possibilité de choisir et de réussir la formation de son choix, indépendamment de son origine sociale ou de son lieu de résidence, n’est pas seulement une exigence de justice : c’est un investissement stratégique pour l’avenir du territoire.

Enfin, le cloisonnement institutionnel entre les différents niveaux de collectivité - commune, département, Région, État - complexifie l’action publique. Pourtant, plutôt que de multiplier les dispositifs isolés, une concertation durable, fondée sur la coopération, la communication et la solidarité entre acteurs, constituerait le meilleur moyen de poursuivre un objectif commun : garantir un accès à l’enseignement supérieur lisible, coordonné et réellement efficace.

Le CESER est conscient des limites inhérentes à cet exercice. En effet, le Conseil économique, social et environnemental régional n’est pas un organisme spécialisé en analyse systémique, discipline complexe qui exige des approches méthodologiques et des compétences spécifiques.

L’objectif de ce travail consistait à initier une réflexion structurée permettant d’éclairer les interdépendances entre les différents leviers qui conditionnent l’accès à l’enseignement supérieur et de tenter de les traiter dans leur globalité. Cette démarche a vocation à être poursuivie, approfondie et enrichie pour développer des analyses plus fines.

Dans le cadre de ses travaux, le CESER a tenu à couvrir un spectre très large d’acteurs impliqués dans la question de l’accès à l’enseignement supérieur, en rencontrant et en auditionnant plus d’une cinquantaine de personnes issues d’horizons variés : représentants d’institutions, professionnels de l’éducation, acteurs associatifs, collectivités, entreprises, mais aussi jeunes, familles et acteurs de terrain. Il n’est bien sûr pas possible de recueillir l’avis de tous, mais le CESER, en tant qu’assemblée représentative de la société civile organisée, porte en son sein la diversité de la société directement ou indirectement concernée par ces enjeux.

Cette diversité d’approches a nourri la réflexion collective : les échanges et débats menés au fil des travaux ont permis d’intégrer non seulement des analyses expertes, mais aussi des expériences personnelles et vécues qui sont venues enrichir et humaniser ce rapport.

Enfin, le CESER rappelle que cette étude repose sur une démarche d’écoute et de dialogue, en donnant toute sa place à la parole des jeunes. Leurs témoignages, leurs attentes et leurs expériences ont constitué un matériau précieux pour comprendre les freins et obstacles réels et imaginer des solutions concrètes. Cette approche participative constitue un socle solide pour faire évoluer les politiques régionales vers davantage d’équité et d’efficacité, et souligne que ces politiques ne produisent pleinement leurs effets que lorsqu’elles sont pensées dans leur interdépendance : chaque levier - social, territorial, économique ou éducatif - renforce l’impact des autres lorsqu’ils sont conçus et mis en œuvre de manière collaborative.

À l’issue de ses travaux, le CESER a identifié plusieurs orientations clés qui pourraient nourrir une feuille de route en faveur d’un enseignement supérieur accessible et créateur d’opportunités pour tous :

1. Anticiper les transitions pour garantir l’équité d’accès et penser l’enseignement supérieur comme un système vivant

Le CESER appelle à inscrire cette approche systémique dans la stratégie régionale, afin d’anticiper l’impact des transitions numériques, climatiques, démographiques et économiques sur l’égalité d’accès à l’enseignement supérieur.

Ces mutations majeures redéfinissent les compétences attendues, les modes d’apprentissage et la géographie des formations. Il est donc essentiel que la Région accompagne cette transformation en soutenant des dispositifs flexibles, inclusifs et connectés aux réalités locales.

Le CESER recommande que cette vision intégrée devienne un axe structurant des politiques publiques, garantissant que, d’ici 2030, aucun jeune ne soit privé d’un accès équitable à l’enseignement supérieur en raison de son origine sociale, de son lieu de résidence ou de l’absence de réseau.

2. Faire de l’égalité d’accès un objectif structurant des politiques régionales : territoires, talents et solidarités

Le CESER plaide pour une stratégie cohérente et ambitieuse à l’horizon 2030, articulant formation, logement, mobilité, orientation et inclusion, afin de faire de la Nouvelle-Aquitaine une région pionnière de l’égalité réelle dans l’accès à l’enseignement supérieur.

Cette stratégie doit viser à réduire les fractures territoriales, à renforcer les solidarités inter-générationnelles et à valoriser les talents dans toute leur diversité. Elle suppose une coordination accrue entre les politiques éducatives, sociales et territoriales, pour garantir que chaque jeune puisse trouver sa place dans l’écosystème régional de formation et d’innovation.

3. Faire de la levée des freins et des obstacles un pilier du projet éducatif et territorial : un engagement collectif pour la réussite de tous

Le CESER invite la Région à faire de cette ambition un pilier structurant de son projet éducatif et territorial fondée sur la confiance, la lisibilité et l’évaluation, associant l’ensemble des acteurs - établissements, collectivités, entreprises, associations et jeunes - autour d’une ambition commune : faire de l’égalité d’accès à la formation un moteur de cohésion régionale et un investissement d’avenir pour la jeunesse.

Une ouverture potentielle : vers de futurs travaux

Trois chantiers majeurs se sont dégagés des travaux, bien qu’ils dépassent le périmètre du présent rapport.

  • L’offre de formations : outil structurant de l’égalité d’accès, elle devra être réinterrogée à l’horizon 2028, à la lumière des mutations numériques, climatiques, démographiques et économiques. La planification devra intégrer non seulement les besoins économiques, mais aussi les coûts réels d’accès (logement, transport) afin de prévenir les renoncements et d’assurer une offre de formation anticipant les mutations à venir, garantissant ainsi la pérennité et la pertinence des compétences enseignées.
  • Le décrochage : il constitue le point aveugle du système. Si l’accès est la première étape, la persévérance et la réussite en sont le prolongement naturel. Or, le cumul des freins identifiés (logement, travail étudiant, jobs étudiants, orientation subie, sentiment d’illégitimité…) nourrit le risque de décrochage, particulièrement en première année.
  • L’impact de l’IA sur l’éducation, la formation et l’orientation : quelles perspectives pour les territoires néo-aquitains ?

Ces thématiques pourraient faire l’objet d’un traitement spécifique dans un rapport dédié, afin de permettre une analyse approfondie des leviers d’action disponibles et des réponses susceptibles d’être mises en œuvre. Un tel examen pourrait notamment faciliter l’identification des contraintes et des opportunités propres à chaque territoire et public, tout en offrant un cadre pour évaluer l’efficacité des mesures envisagées et leur impact potentiel sur l’orientation et l’accès à l’enseignement supérieur.