Interventions des élus et élues du Conseil régional en séance plénière

Intervention de Laurence ROUÈDE

Vice-Présidente du Conseil Régional Nouvelle-Aquitaine

Merci Monsieur le Président,

Merci à tous,

Je m’inscris complètement dans les propos d’Alain ROUSSET. D’abord, je tiens à saluer la qualité du travail. Je suis en train de le lire et il faudra certainement que j’y revienne plusieurs fois. C’est une excellente initiative, bien entendu, que celle de valoriser ce rapport. Le rapport remet en lumière ce sujet, y répond et montre que les cahiers de doléances exigent toujours une réponse. Selon moi, la valorisation du rapport n’est qu’un commencement, et non pas une finalité.

Ce rapport a pour intérêt principal, d’abord, de remettre en lumière – et il faudra continuer à le faire – ces cahiers de doléances, qui ont ensuite été victimes, comme le mouvement des Gilets jaunes, d’une succession de crises politiques, de crises diverses telles que la crise sanitaire liée à la Covid-19, la guerre en Ukraine, les crises énergétiques. Tous ces sujets ont, peut-être trop facilement, mis sous l’éteignoir les problématiques qui étaient soulevées dans ces cahiers de doléances et à travers le mouvement des Gilets jaunes. C’est un sujet de la plus haute importance. Le rapport a aussi pour intérêt majeur de « dé-caricaturer » ce mouvement et ce que l’on en pense ou ce que l’on en retient 10 ans après. On se rend compte à lecture que cela est particulièrement intéressant et bienvenu.

Il y aura beaucoup d’enseignements à en tirer. Nous allons lire avec attention la partie consacrée aux préconisations, qui est très riche, et à laquelle, très probablement, nous ne pourrons pas répondre tout de suite de manière exhaustive. Dans tous les cas, il y a des pistes que l’on peut s’engager à travailler, à regarder, en interrogeant nos propres pratiques régionales.

Le Président l’a dit, ce n’est pas forcément le plus évident, et je l’ai bien vu ; il s’agit d’interroger le fait qu’il ait eu beaucoup de cahiers de doléances et d’écrits, de témoignages, en Nouvelle-Aquitaine, et en Occitanie aussi, si je me souviens bien. Vous avez rappelé le contexte de fusion récente des « grandes Régions ». Nous travaillons énormément et nous avons comme objectif, et ce n’est pas que des slogans, d’essayer d’être au plus près des Néo-Aquitain.es, de leurs préoccupations. C’est un grand défi. C’était le risque majeur de la création de ces grandes régions et de la création d’une Région comme la nôtre. Nous essayons d’y répondre car nous sommes conscients qu’il est extrêmement important de pouvoir être connecté et casser autant que faire se peut l’idée et l’impression de la « Grande Région ». Nous essayons très sincèrement de le faire. C’est loin d’être parfait, il y a encore beaucoup à faire et c’est toujours stimulant, évidemment, d’avoir vos remarques, vos réflexions sur la communication, mais pas seulement, sur les questions d’évaluation également, et sur comment, le Président le disait, on co-construit. Nous y travaillons énormément.

Cette co-construction se fait beaucoup, bien sûr, avec les corps intermédiaires que vous représentez vous-mêmes, avec des interlocuteurs divers, des représentants associatifs, des élu.es locaux. C’est vrai que la co-construction avec l’habitant est plus complexe et c’est une vraie difficulté à l’échelle de la région Nouvelle-Aquitaine. C’est important également et stimulant de voir ce que vous pouvez susciter comme propositions pour améliorer cela. C’est très sincèrement la partie la plus difficile et la plus complexe. Je le dis souvent, il est très complexe de faire partager les sujets régionaux avec les citoyen·nes, y compris les sujets un peu durs.

Quand vous m’avez auditionnée dans le cadre de l’élaboration de ce rapport, j’ai témoigné en tant que Vice-présidente de la Région, mais j’ai témoigné également en tant que ce que j’étais au moment de l’émergence des Gilets jaunes, à savoir Première adjointe au maire de Libourne, une ville moyenne de 25 000 habitant·es où nos ronds-points ont été occupés, où les gilets jaunes ont été très actifs. On les a écoutés, on les a reçus, on s’est déplacés. On a organisé ce fameux Grand Débat qui, en effet, n’a pas répondu aux attentes, mais on l’a organisé au niveau local. On a eu ce dialogue et j’ai donc pu, en tant que Première adjointe, être au cœur de ces discussions et de ce mouvement et être aussi bousculée dans nos habitudes. Je mesure bien comment, à l’échelle locale, à l’échelle d’une commune rurale ou moins rurale, on peut être plus en prise directe et, je vous le dis, combien à l’échelle de la Région, c’est plus compliqué.

Nous souhaitons être au plus près des citoyens et nous souhaitons également faire savoir ce que fait la Région car nous avons besoin, en effet, de savoir qui fait quoi et de re-rentrer dans un véritable acte de décentralisation. Et je n’enlève rien à tous les propos du Président tout à l’heure, qui a bien expliqué cela. On a également besoin d’ores et déjà de mieux expliquer peut-être ce que fait la Région. Parce que moi, si je me promène dans les rues de plusieurs communes, y compris de la mienne, Libourne, personne ne m’identifie en tant que conseillère régionale ou ne sait pas vraiment ce que je fais en tant que conseillère régionale. Cela interroge et cela interpelle aussi.

J’ai également noté l’enjeu que vous identifiez, visant à retravailler le rapport entre les représentant·es élus et les représenté·es. C’est particulièrement important, mais cela doit se faire à double sens, c’est-à-dire qu’il faut aussi cultiver cet effort citoyen, cette connaissance, à travers l’enseignement notamment. J’ai lu avec attention les amendements sur la question des mandats, la place de l’élu. Cela doit se faire. Il y a beaucoup de sujets importants là-dessus. Il convient pour autant que cela ne soit jamais déconnecté de la question du statut de l’élu. Repenser le statut de l’élu est essentiel. Cela constitue un moyen pour avoir plus de représentativité au bout du compte. Bien qu’il ne soit pas populaire de parler de la question des élus et du statut de l’élu, nous ne créerons pas de meilleure représentativité, ni un nouveau dialogue, si on ne dit pas ce que font les élus, ce qu’ils sont dans leurs rôles respectifs, si on ne réhabilite pas un peu les choses, et surtout si on ne crée pas un statut qui leur permette aussi, finalement, d’avoir une seule activité ou des mandats limités dans le temps. À titre personnel, je viens de faire le choix de ne pas me représenter à Libourne. J’aurais fait deux mandats de Première adjointe. Je ne suis plus maintenant « que » Vice-présidente à la Région Nouvelle-Aquitaine. Cela peut concrètement m’impliquer et m’occuper à 150 % de mon temps. Et, à titre personnel, je vous le dis, ce n’est pas ce que je fais de plus rationnel dans ma vie à 52 ans, à 15 ans de la retraite, de n’être que sur un mandat électif, parce qu’à côté de ça, je ne travaille pas, je ne poursuis pas de carrière, je ne suis pas fonctionnaire en disponibilité, je n’occupe pas une profession libérale. Cette question est particulièrement importante, tout particulièrement pour les femmes.

Votre rapport aborde le statut particulier des femmes au sein du mouvement des Gilets jaunes. Le rapport traite de la place singulière de ces femmes et montre que l’on retrouve malgré tout dans ces mouvements auto-gérés, à un moment ou à un autre, les mêmes blocages à pouvoir s’exprimer, jusqu’au cas de violences sexistes et sexuelles (VSS) et les questions de légitimité. C’est particulièrement important d’avoir mis en lumière cela dans votre rapport. Nous le vivons évidemment encore dans le monde politique également. On retrouve des inégalités de genre parmi les élu.es, comme le montrent les dernières élections municipales, avec une surreprésentation des hommes.

La question de la jeunesse aussi est, pour nous, un sujet extrêmement important également. Jeunesse, santé : c’est souvent très lié. Sachez que cela fait partie des grandes priorités sur lesquelles on souhaite continuer à travailler, à renforcer et pousser les feux d’ici la fin du mandat, en tout cas. Les mobilisations de la jeunesse montre qu’en matière de participation citoyenne, il y a parfois des choses qui se produisent et qui peuvent montrer qu’il n’y a rien de véritablement définitif, comme nous l’avons vu en Italie. Giorgia MELONI a échoué concernant le référendum qu’elle a porté sur la refonte de la magistrature en Italie. Ce sont les jeunes qui ont participé massivement à ce référendum. J’y vois le signe que, après tout, quand on sait les intéresser, ils savent aussi se mobiliser, agir, et ils ont pris une grande part dans le résultat de ce référendum. Cela n’est pas neutre.

Je vous remercie donc pour ce rapport. Nous allons le travailler, le lire, le partager avec nos collègues, au-delà du Président et de moi-même, parce que cela doit nous interroger, nous interpeller, et que le pire serait de laisser à nouveau dans l’ombre les enseignements de ces cahiers de doléances. Il faut les mettre en lumière, il faut les interroger, et il faut pousser plus loin encore un certain nombre de sujets, de facteurs, notre volonté et notre volontarisme politique et institutionnel, pour ne pas les laisser dans l’ombre.

Je vous remercie pour vos travaux.