Interventions des conseillers et conseillères du CESER en séance plénière

Rima CAMBRAY, Paul CARAYOL, Aurélien CASSUTO, Christian CHASSÉRIAUD, Xavier ESTURGIE, Sébastien KUGLER, Pauline LACASSY, Nathalie LAPORTE, Isabelle LOULMET, Patrick MÉRIAN, Marie-Laure MEYER, Michèle PRÉVOT, Laurent REBIÈRE, Thierry RENARD, Monique REUZÉ, Cécile SAEZ-PAYENCET

Intervention de Rima CAMBRAY

Comité régional olympique sportif (CROS)

Madame la Vice-présidente, mesdames, messieurs.

Dans le prolongement des travaux de la Section, la Commission 5, avec l’idée du pouvoir d’agir, s’est emparée de la question et a proposé au Bureau du CESER une auto-saisine intitulée « Quel dialogue territorial en région ? Enjeu démocratique de lisibilité et d’efficacité de l’action publique », titre provisoire pour le moment.

Le travail s’attachera à étudier les processus et mécanismes démocratiques d’élaboration des politiques régionales, dans le prolongement des travaux de la Section, et nous nous en réjouissons après ce rapport vraiment très instructif.

Malgré les multiples initiatives visant à favoriser la contribution ou la participation de la population à la définition de l’action publique, le résultat semble mitigé ou ayant révélé diverses limites.

L’objectif du travail mené vise à éclairer, questionner et identifier les pistes ou conditions d’amélioration des mécanismes ou dispositifs à visée démocratique mis en place par le Conseil Régional à travers un panel de politiques d’intervention.

Voilà, nous souhaitions partager cette information concernant la continuité des travaux et une poursuite de l’action et du questionnement du CESER.

Merci.


Intervention de Paul CARAYOL

Comité régional des associations de jeunesse et d’éducation populaire (CRAJEP)

Monsieur le président de la Région,

Madame la Vice-Présidente,

Monsieur le président du CESER,

Mesdames et Messieurs les conseillères et conseillers,

Le CRAJEP Nouvelle-Aquitaine a pris connaissance du rapport de la Section avec une attention particulière. Les constats méthodologiques nous amènent à observer que la jeunesse a été la grande absente des expressions analysées ici. N’est-ce pas là le signe d’une rupture de confiance de la part des « jeunesses » ?

Nous saluons l’apport des chercheurs et des professionnels qui, par leurs auditions, ont su mettre des mots sur ce vide. Ils confirment ce que nos organisations constatent au quotidien : une jeunesse préoccupée par son « pouvoir de vivre » et son « pouvoir d’agir » dans un contexte marqué par la précarité et l’accroissement des inégalités ; une jeunesse rurale oscillant entre « ceux qui partent » et « ceux qui restent », souvent enfermée dans des formes de solidarité restreinte.

L’éducation populaire constitue un levier essentiel pour briser ces bulles d’isolement et recréer du commun. À ce titre, nous saluons les préconisations de l’étude : la Convention régionale « Culture et Éducation populaire » 2025-2030 doit devenir un véritable moteur de transformation de nos pratiques, afin de contribuer à la redéfinition du contrat social.

Enfin, si le diagnostic est désormais posé, il ne saurait rester lettre morte. Ce rapport met en lumière les limites des dispositifs classiques pour capter la parole des citoyennes et citoyens. S’agissant de la jeunesse, la réactivation de la Conférence territoriale de la jeunesse, déjà évoquée dans ces travaux, ou encore la mise en place d’un dialogue structuré à l’échelle territoriale sur des thématiques prioritaires, constituent des pistes à explorer par le Conseil régional. Nous avons besoin d’un cadre stable, exigeant et régulier, permettant de relier directement l’expertise de terrain et la parole des jeunes aux centres de décision.

En conclusion, le CRAJEP tient à remercier chaleureusement les membres de la Section ainsi que l’ensemble des personnes engagées dans la réalisation de ce rapport. Ce travail de fond permet non seulement de rendre visibles ces enjeux de société, mais aussi de donner une assise scientifique indispensable aux actions que nous portons au quotidien pour une démocratie plus inclusive et participative.


Intervention d’Aurélien CASSUTO

Mouvement des entreprises de France (MEDEF)

Je travaille chez EDF. Je suis très intéressé, effectivement, par tout ce qui a été dit et partagé ce matin.

Cela nous renvoie à une époque que l’on a tous connue, 2018. Dans 2 ans, cela fera déjà 10 ans. Il y a peut-être un élément sur lequel je souhaitais réagir.

C’était à propos, évidemment, de la question dont on avait beaucoup débattu à l’époque : « fin du mois, fin du monde », rappelez-vous. C’est un peu comme cela qu’on avait présenté les choses.

Et puis, la question, effectivement, de cette écologie accessible pour tous, pour le plus grand nombre. Un élément et une donnée d’entrée qui n’existait pas à l’époque, en 2018, et qui, aujourd’hui, est clairement présente, c’est que la transition écologique, la décarbonation, et plus précisément l’électrification des usages, c’est aujourd’hui un facteur de justice sociale et de compétitivité.

J’ai reçu les chiffres hier concernant la mobilité électrique. Je ne vous donne que cet exemple : un plein de 50 litres d’essence ou de diesel, aujourd’hui, coûte près de 100 euros, alors qu’à domicile, une recharge de voiture électrique revient entre 8 et 10 euros.

Autrement dit, pour 100 kilomètres parcourus, l’écart est significatif : 12 à 13 euros pour une voiture thermique, 2,5 à 3,5 euros pour une voiture électrique. Je n’en dis pas plus.

Les chiffres sont intéressants. Je voulais vous partager cet élément qui me semble être quelque chose d’encourageant et de positif sur un sujet qui, effectivement, est très grave.

Merci.


Intervention de Christian CHASSÉRIAUD

Au nom de la délégation de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS)

« Vivre dignement », le titre de ce rapport est fort. Il s’impose comme une injonction pour notre pays car il est l’expression de doléances exprimées au moment du mouvement des Gilets jaunes. En effet, il s’agit bien de doléances, c’est-à-dire des plaintes pour déplorer des malheurs. Des plaintes qui ne sont pas adressées au roi comme en 1789 mais à la République.

En effet, ces doléances reflètent une diversité de préoccupations, celles de citoyens et citoyennes issus des catégories sociales populaires : retraités, salariés pauvres, femmes en situation de précarité, chômeurs, bénéficiaires du RSA.

Différentes dans leurs expressions, elles abordent plusieurs enjeux :

- Enjeux sociaux (pouvoir d’achat, justice sociale, accès aux services publics…) ;

- Enjeux politiques (réformes institutionnelles, participation citoyenne) ;

- Enjeux écologiques (transition écologique juste).

Ces doléances révèlent des fractures sociales et territoriales entre le rural et l’urbain. Les territoires ruraux expriment des sentiments profonds d’abandon.

Les revendications principales qu’elles relèvent tournent surtout autour du « pouvoir de vivre (salaires, retraites, minimas sociaux) et du pouvoir d’agir (transformation du système politique représentatif pour renforcer la participation citoyenne).

En ce qui concerne la transition écologique, les doléances expriment le souhait d’une véritable écologie solidaire qui prenne en compte de manière concrète les contraintes des catégories sociales les plus pauvres.

Il y a donc une très grande attente citoyenne de justice sociale, de réduction des inégalités, de participation politique et de transition écologique juste.

Ce rapport « Vivre dignement » qui recueille l’expression d’une partie des « sans voix » de notre société vient compléter et illustrer notre rapport de mars 2023, « Enrayer la fabrique de la pauvreté en Nouvelle-Aquitaine ». Il est l’expression vivante des constats que nous faisions.

Ces deux rapports mis bout à bout nous obligent collectivement à ne pas en faire des « rapports-fantôme » que l’on oubliera rapidement, faute de vouloir y apporter les réponses de fond qui sont nécessaires. Les politiques qui mettent en place des successions de « dispositifs rustines » ne sont plus la réponse attendue aujourd’hui. Les citoyens et citoyennes veulent autre chose : le développement d’une fraternité solidaire qui ne se réduise pas qu’à un affichage sur les frontons de nos mairies mais à une réalité vécue dans le quotidien d’une plus grande justice sociale, qui ne laissera personne sur le bord de la route.


Intervention de Xavier ESTURGIE

Au nom de la délégation du Mouvement des entreprises de France (MEDEF)

Monsieur le Président,

Chers Collègues,

Je ne sais pas si beaucoup d’entre nous avons lu avec attention ce rapport très (trop ?) copieux. Mais nous voulons souligner le travail considérable qu’il représente, par ailleurs dans des conditions apparemment compliquées pour la Section.

Ce rapport – certes décourageant par son épaisseur multidimensionnelle – mérite pourtant d’être lu car il contient des éléments très intéressants et pertinents tirés de l’analyse des cahiers de doléances, qui doivent nous faire réfléchir sur la distanciation de la société civile « non organisée » à l’égard des politiques publiques et sans doute aussi sur la fragilité de notre socle démocratique.

Pour autant, et nous le regrettons sincèrement car c’est un vrai dilemme, nous nous trouvons aujourd’hui dans l’incapacité de voter ce rapport. Pour une raison simple, d’ordre méthodologique, mais fondamentale. En effet, à côté de nombreuses analyses pertinentes, celui-ci contient de multiples incises qui sont autant d’affirmations idéologiques non étayées ou non réfutables qui contreviennent à des principes fondamentaux et que nous nous refusons de cautionner.

Par exemple, sur la mise en cause idéologique de la liberté individuelle, ou sur l’affirmation que la conflictualité – et non la controverse – serait « inhérente au débat démocratique ».

Nous regrettons que de telles assertions idéologiques ou « éléments de langage » puissent venir dénaturer l’apport de ce travail. Les cautionner reviendrait à faire croire à un consensus sur des principes particuliers sans possibilité de réfutation, car les amendements nécessaires seraient trop nombreux et s’écarteraient du sujet des cahiers de doléances.

Nous regrettons par là même que l’impossibilité d’annexer au rapport un encart permettant d’exprimer des opinions divergentes ou des réserves sur des points aussi fondamentaux ne nous permettent donc pas aujourd’hui de voter en l’état ce rapport, qui contient par ailleurs des éléments factuels dignes d’intérêt et d’approfondissement de nature à éclairer les politiques publiques et l’évolution – et sans doute aussi la réforme – des processus de décision.

Merci de votre attention.


Intervention de Sébastien KUGLER

Chambre régionale de métiers et de l’artisanat

Le rapport souligne, Monsieur le Président, mesdames et messieurs les conseillers, la précarité des indépendants.

Je prends la parole pour mettre en lumière malheureusement la précarité de la micro-entreprise aujourd’hui et certainement une précarité dans 30 ans qui sera énorme. Les chiffres d’affaires dans le service, c’est 6 000 euros déclarés annuels ; dans le bâtiment, c’est 7 500 euros.

Aujourd’hui, comment ne pas souligner ce statut qui, malheureusement, précarise énormément ? On n’arrête pas de le dire, le redire, que ce soit au préfet : on doit aujourd’hui protéger nos citoyens. La micro-entreprise devrait être de deux à trois ans pour voir si l’entreprise peut grandir ou pour exercer dans une activité complémentaire.

Je pense qu’aujourd’hui, vouloir être indépendant, c’est aussi une formation. Et aujourd’hui, on est en train d’abattre les formations. Dans mon métier de la coiffure, on n’a plus besoin de diplôme pour s’installer. On peut aujourd’hui ouvrir un restaurant comme on le peut, sans se soucier d’ailleurs de la protection des citoyens.

Je pense qu’il faut vraiment, dans cet État, voir qu’on ne peut pas tout faire tout le temps, et on doit être accompagnés.

Les chambres des métiers sont là pour ça ; les chambres consulaires sont là pour ça.

Mais nous n’avons plus d’obligation de voir les futurs chefs d’entreprise qui viennent nous voir avec la plateforme INPI, où tout le monde peut créer son entreprise.

Vraiment, vraiment, la précarité est là pour les indépendants, surtout la micro-entreprise.

Et surtout, elle fragilise les autres, puisque, évidemment, cela fait une concurrence déloyale avec ou sans TVA.

Merci.


Intervention de Pauline LACASSY

Au nom de la délégation de l’Union nationale des syndicats autonomes (UNSA)

Le rapport « Vivre dignement » est une réponse à ce que les Néo-Aquitaines et Néo-Aquitains nous ont dit dans les cahiers de doléances.

Ce travail de restitution de la parole citoyenne, issue des cahiers de doléances rédigés entre 2018 et 2019, constitue un matériau précieux pour éclairer l’action publique régionale car il met en lumière des attentes fondamentales articulées autour du « pouvoir de vivre » et du « pouvoir d’agir ».

Ces constats résonnent particulièrement avec nos combats syndicaux, tournés vers la protection sociale, le travail et la justice. L’indice du moral des salariés publié par l’UNSA en ce début d’année 2026 (à 5,3/10), marqué par une morosité persistante face aux coûts du logement et de la santé, confirme que l’urgence sociale décrite dans ce rapport n’a pas faibli. Les citoyennes et les citoyens affrontent toujours les difficultés liées aux budgets contraints et expriment une forte demande de justice sociale et fiscale. Ils ne demandent pas l’assistanat mais la possibilité de vivre dignement de leur travail.

Le rapport souligne à juste titre l’expression de populations trop souvent invisibilisées, notamment les retraités et les femmes. Ces dernières, piliers des métiers du soin et du lien social, exigent une revalorisation réelle de leurs revenus. L’UNSA soutient la mise en œuvre d’une feuille de route dédiée à ces secteurs essentiels.

Pour que le travail redevienne un vecteur d’émancipation, nous approuvons la préconisation d’une Conférence régionale sur le Travail. Il devient indispensable d’utiliser les éco-socio-conditionnalités des aides régionales pour soutenir la démocratie au travail et enrayer la dégradation des conditions de vie professionnelle.

Sur le plan territorial, le rapport pointe le sentiment d’abandon des zones rurales face à la raréfaction des services de proximité et aux déserts médicaux. Dès lors, l’accès à des services publics de qualité pour tous est le socle de la citoyenneté sociale.

Enfin, sur le plan démocratique, l’UNSA s’associe à la demande de « pouvoir d’agir ». Ce rapport confirme le besoin vital de refonder notre contrat social afin de mieux concilier solidarité collective et émancipation individuelle. Il est impératif de restaurer le dialogue entre représentants et représentés en valorisant les savoirs citoyens et en renforçant la transparence de l’action publique. Les citoyens ne rejettent pas les institutions ; ils demandent qu’on les associe, qu’on explique, qu’on justifie, qu’on rende des comptes. Ils demandent une démocratie plus ouverte, plus transparente, plus partagée.

En conclusion, l’UNSA souligne que les constats dressés dans ces cahiers de doléances restent d’une brûlante actualité. Dans une conjoncture économique marquée par l’instabilité et l’inflation, les politiques publiques sont plus que jamais au cœur de la réponse attendue par nos concitoyens. Ce sont elles qui détiennent les leviers pour restaurer la confiance envers l’action publique. Le « vivre dignement » ne doit plus être une variable d’ajustement budgétaire, mais la priorité absolue des politiques publiques régionales pour garantir la cohésion de notre territoire.

Pour l’UNSA, la dignité n’est pas négociable, la justice sociale n’est pas facultative, la démocratie ne peut être verticale et distante.

Pour toutes ces raisons, l’UNSA votera pour ce rapport.


Intervention de Nathalie LAPORTE

Chambre régionale de métiers et de l’artisanat

Monsieur le Président, Madame la Vice-présidente,

Mesdames et messieurs,

Je vais parler au nom des trois chambres consulaires de Nouvelle-Aquitaine.

Nous voulons souligner le travail accompli par la Section dans des conditions de réalisation rendues difficiles par la succession d’interlocuteurs différents. La Section a produit un rapport de 180 pages, dont 30 d’annexes. À cet égard, prenons garde à lutter contre la tendance à « l’obésité » de nos productions. Cependant, l’ampleur et l’ambition du sujet peuvent expliquer cette longueur.

Nous voulons aussi dire combien ce sujet entraîne des dérives vers des partis pris. Avec le Collège 1, sans cesse, nous avons tenté de ramener les échanges à des éléments factuels, objectivés, chiffrés. Mais nous n’y sommes pas toujours parvenus. Nous aurions aimé un rapport avec des approches plus équilibrées, davantage ancrées dans des réalités économiques objectivables.

Oui, nous partageons le diagnostic. Les doléances traduisent un malaise profond, social, territorial et démocratique. Nous partageons aussi l’idée que les fractures territoriales, l’accès aux services, la mobilité, le logement ou encore le non-recours au droit sont au cœur de ce sentiment d’abandon. N’oublions pas qu’au milieu des ronds-points, il y avait aussi des professionnels, comme des artisans taxis ou des petits commerçants excédés par le coût des carburants et autres.

Pour autant, nous avons plusieurs points de vigilance sur ce rapport. Multiplier les dispositifs de concertation ne suffit pas. Ce sont des résultats visibles, lisibles et concrets qui sont attendus par les Gilets jaunes. Les vulnérabilités sociales sont bien analysées, mais quid des réponses en termes d’économie locale, d’entreprises qui investissent et recrutent et qui contribuent tant à donner le pouvoir de vivre ? Les chambres consulaires, par leur présence territoriale et leur connaissance fine du terrain, ont vocation à être pleinement intégrées aux réponses aux attentes des Gilets jaunes, aux côtés des collectivités et des autres acteurs. La question des corps intermédiaires se pose directement.

Enfin, nous partageons l’objectif d’une transition plus juste, mais nous serons attentifs à ce qu’aucune politique, notamment écologique, ne vienne aggraver les charges contraintes de ceux qui sont déjà les plus exposés. En résumé, nous partageons largement le diagnostic du rapport, mais nous appelons à une traduction plus opérationnelle, plus économique et plus territorialisée de ses préconisations.

Les conseillers CESER issus de la Chambre d’agriculture, de la Chambre de métiers et de l’artisanat et de la Chambre de commerce et d’industrie voteront pour.


Intervention d’Isabelle LOULMET

Au nom de la délégation de France Nature Environnement – Nouvelle-Aquitaine

Merci pour ce beau rapport qui déploie une analyse fine et détaillée des cahiers de doléances rédigés en Nouvelle-Aquitaine.

On y voit, entre autres, un fort désir de justice sociale, d’égalité fiscale et de démocratie locale, des ambitions que défendent les associations de protection de la nature et d’éducation à l’environnement en Nouvelle Aquitaine, et aussi un fort désir d’écologie solidaire.

L’action associative est une forme de participation citoyenne qui constitue un facteur de bon fonctionnement de la démocratie. Parce que les citoyennes et citoyens sont de plus en plus conscients des enjeux vitaux de protection de l’environnement, « pour renforcer le pouvoir d’agir et défendre une écologie solidaire », une démocratie plus participative, notamment sur les enjeux écologiques et climatiques, permettrait une contribution citoyenne active aux décisions qui affectent notre environnement, et par là même notre santé.

Pour que la démocratie participative soit efficace et permette réellement de résoudre de potentiels conflits, il y faut sincérité, transparence, acceptation du fait que les questions environnementales sont souvent complexes par nature et que le débat prend du temps.

Pour améliorer la démocratie environnementale - ce que certains groupes et pression et acteurs publics ne semblent pas vouloir - France Nature Environnement demande :

- un meilleur accès à l’information publique et davantage de transparence et de redevabilité de l’action publique avec notamment la création d’un portail d’information unique efficace pour regrouper les informations publiques relatives à l’environnement, accessible gratuitement à tous et avec les moyens humains nécessaires à son bon fonctionnement (amélioration performante des sites institutionnels : ministères, services déconcentrés de l’État, préfectures,…) et plus d’éducation à l’environnement et à la citoyenneté environnementale ;

- des instances de dialogue plus équilibrées et plus écoutées, et la possibilité offerte aux citoyennes et citoyens de donner leur avis sur tous les projets et réglementations impactant leur environnement, à un stade où cet avis peut encore faire évoluer la décision finale et avec une réelle prise en compte de cet avis lors de la décision. À rebours d’une soi-disant « simplification » qui empêche toute expression citoyenne.

- un droit d’accès à la justice non entravé et une justice environnementale et climatique forte. Cela passe notamment par la création d’une procédure d’urgence (référé suspension) spécifique pour les autorisations environnementales pour faire en sorte que la justice soit plus rapide que les bulldozers.

- une meilleure formation aux questions environnementales et à la démocratie environnementale de l’ensemble des acteurs concernés. En premier lieu les décideurs publics (élus locaux et nationaux), mais également les fonctionnaires, magistrats, porteurs de projets privés…

- des moyens à la hauteur des enjeux démocratiques, dans les administrations chargées de la mise en œuvre des instruments de la démocratie participative, et notamment la Commission Nationale du Débat Public (dont le périmètre a été restreint…).

Nous voulons souligner que les associations environnementales constituent un cadre privilégié de cet engagement citoyen continu.

La démocratie environnementale constitue un des volets de l’exigence démocratique réclamée dans les cahiers de doléances, pour proposer d’autres solutions valorisant les « savoirs citoyens » qui répondent à la soif de justice sociale qui traverse toute la société.

Merci.


Intervention de Patrick MÉRIAN

Au nom de la délégation de SUD-Solidaires

Les revendications des cahiers de doléances expriment véritablement un profond symptôme social qui s’est répété régulièrement dans l’Histoire populaire de la France. Non seulement il n’est jamais vraiment entendu, mais il ne reçoit pas non plus de réponse satisfaisante.

En conséquence, il se réactive inlassablement en exigeant toujours et encore des réponses.

La notion de privilège apparaît très régulièrement dans les cahiers de doléances et notamment celui lié à la fiscalité. Il existe bel et bien un privilège fiscal quand les 0,01 % les plus riches paient deux fois moins d’impôt que le reste de la population et que les écarts de richesse entre classes sociales sont énormes.

La thèse néo-libérale selon laquelle il n’y aurait pas d’alternative place les citoyens dans une interpellation forte quant à un autre choix de société. Ils revendiquent de la dignité, notamment celle liée au fait de pouvoir vivre dignement de ses revenus. Ils réclament aussi la fin des privilèges indus, parfois même indécents.

Les privilèges censés avoir été abolis lors d’une fameuse Nuit se manifestent toujours bruyamment ! Les hiérarchies sociales actuelles sont profondément dénoncées par la très grande majorité de la population, rendant la citoyenneté inégalitaire et mal vécue.

Le « roman national » de notre République se fonde sur une lutte acharnée contre ces privilèges. Or, la non-représentativité permet à une oligarchie politique de maintenir son pouvoir et ses privilèges.

Nombre d’avantages injustes s’alimentent les uns les autres. Ils sont liés à la classe sociale, au genre, à la santé physique et mentale, à l’âge, à l’orientation sexuelle, etc.

Le « roman national » fait écho à la notion évoquée dans le rapport concernant une société qui se devrait d’être « mythopoïétique », à savoir un récit défini, écrit, sur la base de valeurs communes qui permettent de donner du sens à un « vivre-ensemble ».

Une autre dimension fondamentale est relevée dans le rapport : la perversion du langage et sa manipulation. Elle s’est exprimée, par exemple, dans les données issues du Grand débat national qui a principalement donné la parole… au Président de la République ! Ces données ont été confiées à des cabinets privés qui ont pratiqué des méthodes d’analyse et de classification très éloignées des exigences universitaires.

Enfin, il est indispensable de répondre à la notion de ressentiment si bien décrite par la psychanalyste et philosophe, Cynthia FLEURY. La structure du ressentiment est égalitaire : il surgit au moment où l’individu se sent lésé parce que frustré de cette égalité.

Il y aurait peu de ressentiment dans une démocratie qui tendrait à l’égalité des richesses et réduirait l’écart entre des droits politiques affichés et la réalité d’inégalités concrètes.

Pour conclure, comment rétablir les conditions préalables au retour d’un dialogue et un fonctionnement véritablement démocratique ?

Cela nécessite une société « mythopoïetique », une rupture de la perversion et de la manipulation du langage. Il faut recréer les conditions d’une confiance par l’engagement des élus à répondre et à rendre des comptes en toute transparence, créer des espaces pacifiés et non verticaux de dialogue citoyen.

Continuer à laisser une majorité sur le bord du chemin en privilégiant une poignée de nantis conduit inévitablement à revivre les mêmes heures sombres, pour ne pas dire brunes, qu’a connues régulièrement notre Histoire.


Intervention de Marie-Laure MEYER

Union régionale des associations familiales (URAF)

Madame la Vice-présidente, Monsieur le Président et vous tous, mes chers collègues,

C’est vrai que pour les associations familiales, un tel rapport est absolument passionnant. Passionnant parce qu’il fait remonter la vie des gens. Ce ne sont pas juste des chiffres, ce ne sont pas juste des mots. C’est bien la vie quotidienne des gens et ça, c’est quelque chose que l’on ne voit pas assez quand on travaille sur les politiques publiques.

J’aurai plusieurs réflexions sur ce rapport. Il se trouve que je suis arrivée en cours de finalisation du rapport, ce qui était un exercice un petit peu rodéo. Donc je suis à la fois dedans et dehors dans ma lecture.

Ma première remarque, c’est que, comme toujours, quand il y a une participation, il y a ceux qui ont parlé, mais il y a aussi ceux qui n’ont pas parlé, et que toute analyse de ce type oblige à se poser la question de pourquoi certains n’ont pas parlé.

Est-ce qu’ils n’ont pas parlé parce qu’ils allaient très bien et donc ils n’avaient pas besoin de se plaindre ? Ou est-ce qu’ils n’ont pas parlé parce qu’ils croyaient que cela ne servait à rien de s’exprimer et donc ils ne se sont même pas déplacés sur les ronds-points ?

Ma deuxième réflexion est transversale : c’est la problématique de l’invisibilité de l’intérêt général dans les politiques publiques actuelles. Les politiques publiques sont une succession de réponses à des problèmes posés, mais ne disent pas en quoi cela fait intérêt général, en quoi cela fait société.

Et donc du coup, les gens se sentent exclus puisque l’intérêt général n’a pas été défini. Qui dit intérêt général dit aussi qu’il peut y avoir des gagnants ou des perdants, mais, encore une fois, il faut pouvoir l’expliquer et il faut pouvoir expliquer aux perdants pourquoi ils sont partenaires d’un intérêt général, pourquoi ils font société.

Et ma troisième réflexion est sur le rapport au temps. Une grande partie de l’angoisse aujourd’hui des gens, c’est que le temps technologique n’est absolument pas le temps de la vie, le temps de la société et que, du coup, il y a une succession de bouleversements dans les modes de vie, dans les pratiques où on ne peut plus organiser sa propre vie.

La précarité est une précarité professionnelle, mais pas seulement. C’est une précarité des aides. C’est une précarité de la vie quotidienne. C’est une précarité des organisations.

Et la deuxième chose, c’est qu’on ne peut surtout plus prévoir la vie de ses enfants.

On ne sait plus quoi leur dire. On ne sait plus vers quoi les orienter.

Et cette montée d’angoisse accroît encore la problématique de « vivre indignement » parce que vivre indignement, c’est dans son portefeuille, mais c’est parfois aussi dans sa tête, c’est-à-dire l’impression qu’on n’habite nulle part.


Intervention de Michèle PRÉVOT

Au nom de la délégation de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC)

Monsieur le Président,

Madame la Vice-Présidente,

Mes chers collègues,

Le rapport « Vivre dignement » que nous examinons aujourd’hui n’est pas un rapport comme les autres. Ce n’est pas seulement une analyse. C’est un miroir. Un miroir de notre société.

Les cahiers de doléances, issus du mouvement des Gilets jaunes, expriment une chose simple : une difficulté croissante à vivre dignement de son travail, de sa retraite ou de ses revenus.

Ce rapport le démontre clairement : le poids des dépenses contraintes explose. Le logement, les transports, l’énergie deviennent des charges insoutenables et représentent jusqu’à 40 % du budget pour les plus modestes.

Cela signifie une chose très concrète : on ne choisit plus sa vie, on la subit. Et derrière cela, il y a une réalité encore plus forte : une perte de dignité ressentie.

Ce rapport met en lumière trois fractures majeures :

- Une fracture sociale : le travail ne protège plus suffisamment. Le déclassement progresse.

- Une fracture territoriale : certains territoires – notamment ruraux – cumulent l’éloignement des services, la dépendance aux transports, le sentiment d’abandon, etc.

Une fracture démocratique : les citoyens ne se sentent plus entendus. Ils se considèrent même abandonnés ! Ils demandent à être écoutés, mais surtout à être associés aux décisions.

Et c’est là un point fondamental : nous ne sommes pas face à une crise passagère, mais face à une fragilisation du contrat social.

Nous voterons un avis favorable à ce rapport. Pourquoi ? Parce qu’il repose sur trois piliers essentiels que nous défendons :

1. La dignité au cœur des politiques publiques. La CFTC défend une société où chacun peut :

- Vivre de son travail ;

- Accéder aux droits fondamentaux ;

- Pouvoir se projeter dans l’avenir.

Le passage du « pouvoir d’achat » au « pouvoir de vivre » est une avancée majeure.

2. Une approche équilibrée entre social et écologie. Le rapport affirme une idée essentielle : il n’y aura pas de transition écologique sans justice sociale. La CFTC partage pleinement cette vision.

3. La nécessité de redonner du pouvoir d’agir. Le rapport pose les bases :

- D’une démocratie plus participative ;

- D’une meilleure écoute des citoyens ;

C’est indispensable pour restaurer la confiance.

Mais donner un avis favorable à ce rapport appelle à aller plus loin. La CFTC a toujours été dans le « pouvoir d’agir » !

Pour la CFTC, ce rapport doit maintenant devenir un outil d’action, et non un simple diagnostic. Nous formulons trois attentes fortes :

1. Le logement, les transports, l’énergie sont des urgences sociales absolues. Des mesures concrètes sont nécessaires pour les personnes les plus en précarité.

2. Entre l’État, la Région et les collectivités : il faut clarifier « qui fait quoi », sinon les réponses resteront inefficaces.

3. Faire du rapport un outil pour les élus de la Région. Ce rapport ne doit pas rester dans les tiroirs. Il doit devenir :

- un outil d’aide à la décision ;

- un support partagé avec les acteurs territoriaux ;

- un levier concret pour les politiques publiques.

Ce rapport nous rappelle une chose essentielle : derrière les chiffres, il y a des vies. Derrière les doléances, il y a des attentes. Et derrière ces attentes, il y a une exigence de dignité.

La CFTC fait le choix de la responsabilité. Soutenir ce rapport, c’est reconnaître la réalité vécue par nos concitoyens, et refuser de détourner le regard. Le soutenir, c’est aussi prendre un engagement : celui de transformer ces constats en actions concrètes.

La CFTC n’a pas souhaité déposer d’amendement. Mais nous souhaitons formuler une orientation claire, qui, pour nous, constitue un prolongement naturel du rapport : le développement des initiatives d’éducation populaire.

Parce que si ce rapport met en évidence une crise sociale, il révèle aussi une attente forte :

- Comprendre ;

- Participer ;

- S’engager.

Et cela ne se décrète pas. Cela se construit.

C’est pourquoi nous appelons le Conseil régional :

- À soutenir les initiatives existantes,

- À développer celles qui font aujourd’hui défaut,

- À encourager l’innovation en matière d’éducation citoyenne.

Autrement dit, faire de l’éducation populaire un levier concret pour répondre aux fractures mises en évidence par ce rapport.

La CFTC votera ce rapport.

Je vous remercie.


Intervention de Laurent REBIÈRE

Au nom de la délégation de la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire (CRESS)

Mesdames, Messieurs,

Chères et chers collègues,

Ce rapport « Vivre dignement », sur les cahiers de doléances, entre en résonance avec une réalité que nous constatons tous : une fragilisation profonde du lien entre les citoyennes et les citoyens, leurs conditions d’existence et l’action publique.

Les cahiers de doléances disent quelque chose de simple, mais d’essentiel : nos concitoyennes et concitoyens veulent être considérés, entendus et associés.

Ce contexte alimente une forme de défiance et un désengagement vis-à-vis de la vie démocratique. L’évolution du taux d’abstention, élection après élection, en est un signal clair. Ce rapport pose la question de la façon dont nous pouvons réhabiliter la confiance dans les institutions et l’action publique.

Il semble qu’en redonnant de la place et de la légitimité aux espaces d’écoute et de dialogue citoyens, aux espaces de construction collective, en privilégiant des réponses concrètes, mesurables, durables et locales, nous pouvons changer le cours des choses.

En ceci, le modèle de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) est particulièrement pertinent. Car l’ESS porte, en elle, une des réponses les plus concrètes à cette crise démocratique. Elle repose sur des principes simples mais puissants :

- la participation,

- la gouvernance partagée,

- la recherche de l’intérêt collectif,

- la prise en considération de la dimension écologique juste dans l’action,

- la prise en compte des vulnérabilités et la lutte contre toute forme de discrimination,

- et un ancrage fort sur les territoires.

Au sein des entreprises de l’ESS (coopératives, associations, mutuelles), la démocratie n’est pas un concept abstrait. Elle se vit, elle s’exerce, elle se construit au quotidien. Et c’est peut-être là une clé essentielle : redonner aux citoyennes et citoyens des espaces concrets d’engagement, de décision, de responsabilité.

Réhabiliter la confiance, ce n’est pas seulement mieux expliquer. C’est associer davantage. C’est partager le pouvoir d’agir.

Dans cette perspective, le CESER a un rôle essentiel à jouer. En tant qu’instance de représentation de la société civile organisée, il est un lieu précieux de médiation, d’expression des attentes et de co-construction des réponses publiques.

Au-delà de la nécessaire satisfaction des besoins essentiels, vivre dignement, c’est aussi permettre à chacune et à chacun de se sentir écouté, acteur et légitime au sein de la société.

Nous voyons bien au travers de ce rapport que c’est un enjeu démocratique majeur.

Et c’est collectivement, en nous appuyant notamment sur les valeurs et les pratiques de l’ESS, et sur des instances comme le CESER, que nous pourrons relever ce défi.

Je vous remercie.


Intervention de Thierry RENARD

Association régionale des industries alimentaires (ARIA) Nouvelle-Aquitaine

Chers collègues, je représente l’agroalimentaire, mais j’interviens plus à titre individuel ici, en tant que citoyen et père de famille, finalement.

Je voulais saluer le rapport, saluer aussi la présentation, très synthétique, que j’ai appréciée.

Alors, je pense que les souffrances relevées dans ces cahiers sont réelles. Je pense pour autant que les solutions avancées sont des leurres. Je pense qu’on n’est pas au temps des ajustements.

On nous dit « justice sociale, plus de justice sociale ». On est aujourd’hui champion du monde en matière de justice sociale. On a 57 % de dépenses publiques. On parle d’égalité fiscale. On est aujourd’hui champion du monde en matière d’égalité fiscale.

Je rappelle que les inégalités de revenus, au départ de 1 pour 26, sont ramenés à 1 pour 5 avec la politique fiscale. On nous parle de démocratie territoriale. On est aujourd’hui numéro un mondial, si on regarde le nombre d’élu.es par habitant.

Et pourtant, la France s’appauvrit continuellement. On est passé en 30 ans de la 15e place mondiale à la 35e place mondiale. Et dans le même temps, on a créé 3 300 milliards de dettes, c’est-à-dire qu’en réalité, on serait plutôt aujourd’hui, si on était en budget équilibré, sur la 50e ou 60e place mondiale en termes de richesse par habitant. Dans le même temps, les Français sont aujourd’hui parmi les peuples qui se revendiquent comme les plus malheureux, quand on regarde les indices de bonheur.

Les politiques conduites en France et en Europe depuis 50 ans, en réalité, à peu près les mêmes, conduisent aujourd’hui à quoi ?

Une France éclatée, un appauvrissement continu, une désindustrialisation du pays, une polarisation à laquelle on assiste ces derniers temps, avec une violence qui apparaît – on le vit en direct –, une perte de souveraineté sur des domaines stratégiques, un abandon du projet collectif de la France au profit d’intérêts individuels, du « moi, moi et moi ».

De mon point de vue, aujourd’hui, pour sortir la France de l’ornière, il faut une remise en question beaucoup plus profonde.

En Europe, je pense que l’Europe doit rééquilibrer ses politiques en direction de la production, en direction d’une souveraineté accrue dans de nombreux domaines que je ne vais pas détailler ; et sur le plan national, je pense qu’il faut remettre la France au centre de nos politiques, notre projet collectif au centre, et passer du « moi, moi et moi » au projet collectif, au service de nos intérêts nationaux.

Et d’ailleurs, la décentralisation qu’évoquait Monsieur le président Alain ROUSSET tout à l’heure, une décentralisation plus aboutie, peut également faire partie de ce projet. Je pense que quand la France tousse, les Français s’enrhument, et je pense enfin qu’on n’est pas ce que l’on dit, mais on est ce que l’on fait.

Merci.


Intervention de Monique REUZÉ

Au nom de la délégation de la Confédération française démocratique du travail (CFDT)

Messieurs les Présidents,

Madame la Vice-Présidente,

Mesdames et Messieurs les conseillers,

Mesdames et Messieurs les membres de la Section,

De grands bouleversements sont à l’œuvre : démocratiques, sociaux, économiques, écologiques, démographiques, technologiques, diplomatiques, sociologiques. Certes, ils ne sont pas nouveaux, mais ils se multiplient en même temps qu’ils s’intensifient.

Des crises sans fin depuis plusieurs années secouent le quotidien des citoyennes et des citoyens sans véritablement que les politiques publiques apportent des réponses appropriées et pérennes.

Face à cette situation, que faire ? Quel cap définir pour être collectivement dans l’action ?

La CFDT avait mis en garde à l’époque le président de la République. Il n’était pas question « de choisir entre fin du Monde et fin du mois ». Il fallait absolument apporter des réponses claires, précises et durables.

Le choix des cahiers de doléances pouvait être une amorce de réponses intéressantes, s’il avait été exploité aussitôt. Nous connaissons toutes et tous ce qui s’est passé. Il a fallu attendre 5 ans, après la crise des Gilets jaunes, après une dissolution parlementaire, etc., pour que le Premier ministre Michel BARNIER en 2024 propose de les ouvrir, en vain !

Que de temps perdu, que de risques pris, car pendant ce temps, notre pays prend des trajectoires inquiétantes pour l’avenir.

Ce rapport démontre bien combien il aurait été utile et indispensable de se saisir de ces cahiers de doléances et des expressions des « requérantes et requérants », puis d’ouvrir le dialogue avec toutes les autres représentations, dont la société civile organisée que nous sommes.

La CFDT a toujours défendu le chemin d’une « gouvernance de codétermination démocratique », du « pouvoir d’agir et de bâtir ensemble » dans tous les espaces de notre société, que ce soit au travail, dans nos communes, intercommunalités, départements, régions, pays, car il est indispensable de mettre en cohérence le fonctionnement de la vie politique avec les nouvelles exigences démocratiques des citoyennes et de citoyens, afin de maintenir les liens et le dialogue entre deux élections et mandatures. La transformation nécessaire de notre pays, voire plus largement (UE), qu’elle soit sociale, sociétale, économique, écologique, demande une réflexion et une concertation permanente, une application partagée par le plus grand nombre. Les liens sont maintenant clairement établis entre le sens du travail, la pénibilité, la reconnaissance au travail, les difficultés du quotidien économiques et sociales et les comportements électoraux (abstention croissante ou vote pour les partis d’extrême droite).

La CFDT pense qu’il est encore temps d’agir, de réparer la démocratie, par une responsabilité partagée avec celles des politiques, pour construire un nouveau pacte démocratique.

La CFDT attend de notre prochain rapport sur la démocratie territoriale qu’elle offre des perspectives de création d’un réseau de véritables espaces de débat, de dialogue, d’échange, d’écoute entre les citoyennes et citoyens et les acteurs publics, que ces dispositifs prennent en compte la parole des personnes en situation de grande précarité et les plus éloignées des lieux de décision comme les femmes en situation de monoparentalité (18 % de la population), ainsi que de la société civile organisée (mouvements sociaux contre la réforme des retraites, mouvements citoyens contre l’artificialisation de zones protégées,…).

Le président de la Région a bien fait de demander cette analyse. Comment l’exécutif régional va-t-il s’en saisir ? La CFDT partage aussi l’analyse, les leviers d’action et les préconisations de ce rapport.

La CFDT votera le rapport.


Intervention de Cécile SAEZ-PAYENCET

Au nom de la délégation de la Confédération générale du travail (CGT)

La CGT se félicite de la qualité et de la richesse de ce rapport, dont le contenu porte à lui seul tout ce que le Politique, avec un grand P, se doit de traduire en acte.

Et tout d’abord, merci à celles et ceux qui l’ont écrit de nous éclairer, sources à l’appui, sur la réalité de ce qu’était le mouvement des Gilets jaunes, à l’origine de l’ouverture des cahiers de doléances. Alors que le Gouvernement, relayé par les médias majoritaires, a martelé qu’il s’agissait d’un mouvement populiste, l’analyse démontre que des thèmes chers à certains partis, comme l’immigration et la sécurité sont peu présents et que ce qui unifie ce mouvement, c’est une demande de changement systémique permettant aux citoyens de vivre dignement et d’être reconnus dans leur dignité citoyenne.

Le sentiment d’appartenance nationale se traduit donc davantage par un attachement aux valeurs républicaines que par une conception identitaire, et la souveraineté nationale se conçoit surtout par le fait de contribuer à la collectivité par l’impôt, remettant par là même en question l’évasion fiscale pratiquée par les plus fortunés.

Dans le contexte actuel, où le paroxysme de la prédation du capitalisme conduit à une escalade dans la guerre et le chaos, les principaux détonateurs du mouvement des Gilets jaunes sont de nouveau bien présents, dans une société où les inégalités et les fractures sociales continuent de mettre à mal les principes fondamentaux de notre République.

Ces cahiers de doléances s’articulent autour d’une demande forte de justice sociale et fiscale, d’une exigence démocratique, de la prise en compte de l’écologie et l’importance et l’attachement viscéral aux services publics, comme le ciment d’une société fraternelle et respectueuse du principe de réciprocité.

Car, si les citoyens ont manifesté une défiance envers les élites politiques, notamment nationales, une majorité des doléances se présente comme une demande de collaboration entre les rédacteurs et les autorités à qui ces écrits s’adressent. Ce sont de véritables propositions, souvent fondées sur le bon sens et le souci des citoyens, dans une démarche d’intérêt général qui nous sont données à entendre.

Le rapport de la Section « Veille et prospective » a bien saisi l’essence même des principales doléances : le pouvoir de vivre dignement et le pouvoir d’agir. Elles nous rappellent les fondements du pacte social : écoute et attention portée aux citoyens dans des espaces décisionnels de proximité.

Les fractures territoriales sont largement dénoncées, ainsi que les difficultés d’accès aux services publics, dont l’obsession du tout numérique et son corollaire, la suppression des services publics de proximité, a fragilisé tout un pan de notre société, dans un prétendu objectif d’optimisation, qui ne cite pas son nom : la rationalisation des moyens.

Bien que les doléances soient principalement adressées à l’État ou aux maires, la Région, de par ses attributions, a un rôle essentiel à jouer.

Le point fort de ce rapport, ce sont les propositions concrètes d’actions, de mises en application des déclarations d’intention présentes dans Néo-Terra et Néo-Sociétas, et de traduction en plans d’actions des préconisations émises dans les rapports ou avis du CESER (sur la pauvreté, pour une agriculture durable, les « éco-socio-conditionnalités », la mobilité, etc.).

Des propositions innovantes sont faites également à l’attention du Conseil régional, mais aussi du CESER lui-même, comme la possibilité d’une participation citoyenne ou encore la proposition d’une Conférence territoriale sur le travail, ou la mise en place d’une veille permanente.

Toutes ces actions doivent toujours être corrélées avec l’exigence du suivi et du « rendre compte ». Car comme le rappelle la philosophe Cynthia Fleury, la multiplication des dispositifs « sans suite » aggrave le ressentiment et l’illusion d’une démocratie qui écoute mais sans véritablement transformer.

Pour conclure, il faut ajouter que le contraste entre les attentes traduites dans ces cahiers et le silence institutionnel qui a suivi, nourrit un sentiment de mépris, d’autant plus fort qu’il était déjà largement exprimé dans les textes eux-mêmes. C’est pourquoi dans cette conjoncture de fortes tensions et d’augmentation des dépenses contraintes, l’exigence d’une réponse est désormais vitale pour notre société.

La CGT votera favorablement le rapport.