Introduction
En début d’année 2024, le CESER Nouvelle‑Aquitaine a choisi de mener ses travaux d’analyse et de réflexion sur le thème de l’industrie en partant du postulat qu’écologie et industrie ne devaient plus être considérées comme forcément antagonistes, en particulier dans un contexte national qui évolue et qui fixe des objectifs précis dans chacun de ces domaines. Le Gouvernement a en effet pour ambition de remonter la part de l’industrie à 15 % du PIB dès 2035, actuellement autour de 10 % 1. Dans le même temps, la loi fixe comme objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. L’industrie, qui représente 17 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) en France2 a donc un rôle essentiel à jouer. La réindustrialisation peut être un levier important pour favoriser la décarbonation du secteur et sa transition énergétique, mais aussi pour réduire les autres pressions environnementales et les atteintes à la biodiversité telles que la production de déchets, la pollution des milieux, la consommation d’espace, ou encore l’utilisation de ressources naturelles. Ces changements ne peuvent s’opérer que dans le cadre d’une transition écologique, qui correspond à un processus de transformation sur le long terme de nos modèles de société pour permettre un développement durable et soutenable. Cette transition peut avoir des effets bénéfiques sur l’économie en réduisant un certain nombre de coûts ou encore en favorisant l’acceptabilité nécessaire à l’implantation de nouvelles unités de production ou à l’extension de sites. Une étude de mai 2024 de BPI France3 montre que 82 % des Français interrogés sont aujourd’hui favorables à la réindustrialisation mais la pollution, la dégradation de l’environnement et de la biodiversité arrivent en tête de leurs préoccupations. Ils imaginent prioritairement une industrie propre, verte et durable.
Une telle industrie est-elle réellement possible ? La situation économique, sociale et environnementale régionale le permet-elle ? Engager une transition pérenne suppose de repenser en profondeur les différents modèles existants, qu’il s’agisse de modèles d’affaires, d’approvisionnement en ressources, de consommation ou de logiques d’implantation. Pour le CESER, ce sont autant de défis pour les industriels que pour les acteurs de l’aménagement du territoire, appelés à concilier développement industriel et qualité de vie, dans un contexte de fortes attentes citoyennes. Un environnement préservé participe à la santé et au confort de vie des citoyens et ces enjeux prennent une place croissante dans les débats publics. On parle alors d’acceptabilité, mais la question se situe davantage dans une perspective de désirabilité dans la mesure où celle-ci suppose une adhésion collective, une ambition partagée qui donne du sens, qui renforce la cohésion et participe à la vitalité des territoires.
Même si la Nouvelle-Aquitaine n’est pas une grande région industrielle, l’industrie est déjà bien présente dans les territoires et de nombreuses mutations sont déjà enclenchées. Plusieurs initiatives, parfois encore peu visibles, méritent d’être mises en lumière : elles témoignent de dynamiques inspirantes, porteuses de transformations concrètes, reproductibles et adaptables. C’est dans cette perspective que s’inscrit ce rapport : il s’agit de valoriser les réussites qui peuvent devenir des leviers de transformation pour les industries comme pour les territoires, dans le respect du vivant.Ainsi, le CESER s’est interrogé sur les conditions qui permettraient de concilier les enjeux de transition écologique et la mutation de l’industrie en Nouvelle-Aquitaine, en plaçant son analyse à la croisée des enjeux environnementaux, sociaux et économiques.
Pour ce travail, le CESER s’est principalement appuyé sur des auditions d’experts et d’acteurs de terrains, qu’ils soient publics ou privés (liste en annexe). Les conseillers et conseillères ont parallèlement conduit des « micro-auditions » auprès de dirigeants d’entreprises qui ont mené des actions de transition écologique au sein de leurs établissements.L’objectif étant de comprendre les freins rencontrés et à l’inverse les facteurs de réussite qui pourraient encourager d’autres entreprises à se lancer dans des démarches similaires.
Ce rapport n’a pas l’ambition de faire une analyse économique étayée de l’industrie régionale ni de prodiguer des conseils de gestion aux entreprises. Il ne s’agit pas non plus d’un catalogue des initiatives existantes en région. Ce rapport met en relief la complexité des enjeux qui se posent en termes environnementaux, sociaux et économiques et comment ces différentes interactions peuvent se compléter, à la lumière des réussites d’acteurs locaux, publics et privés.
Périmètre d’étude et approches choisies
Le rapport ainsi que les données statistiques utilisées se concentreront principalement sur l’industrie manufacturière au sens de la nomenclature d’activités françaises (NAF de l’INSEE) qui regroupe ainsi les activités de la division C-Industries manufacturières. Les différentes activités industrielles seront évoquées selon les besoins du rapport en lien avec les spécificités régionales et concerneront prioritairement les TPE/PME et les ETI. Les grandes entreprises ne sont pas les cibles principales de ce travail.Le périmètre choisi exclut les industries extractives, les secteurs de production et de distribution d’énergie, les secteurs de production et de distribution d’eau, l’assainissement, le secteur lié au traitement des déchets, ainsi que le secteur de la construction. Néanmoins, compte-tenu de l’importance de certains de ces secteurs en termes d’impact environnemental ou économique, certains passages du rapport peuvent s’y rapporter.
Ces différentes activités seront amenées à être regroupées par secteur ou par filière selon les besoins du rapport :
- L’approche par secteur d’activité sera utilisée pour des analyses d’ordre macroéconomique et des comparaisons entre les secteurs selon de grands indicateurs clés (emplois, nombre d’établissements…). Nous utiliserons ainsi le niveau d’agrégation « A38 » associé à la NAF rév. 2 de l’INSEE, dont les niveaux sont communs à la nomenclature internationale d’activités CITI rév. 4, à la nomenclature européenne d’activités NACE rév. 2.
- L’approche par filière permettra une analyse plus détaillée des chaînes de valeur et des interactions entre différentes activités industrielles (impact environnemental, politiques industrielles…). Les filières utilisées seront celles définies dans le Schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII) 2022-20284