🗣️ Interventions des conseiller·es
Catherine PAMART, Mathieu BOISSELEAU, Philippe GÉRY, Jérôme CASSAING , Isabelle LOULMET , Flavien THOMAS , Xavier ESTURGIE , Sophy FAYAUD , Flavien THOMAS
Intervention de Catherine PAMART
(au nom des Chambres de Commerce et d’Industrie [CCI], des Chambre des métiers et de l’artisanatet et des Chambres d’Agriculture de Nouvelle-Aquitaine)
Je remercie la commission pour l’éclairage qu’elle a choisi pour présenter ses travaux : Transition écologique et mutation industrielle.
Les 3 Chambres consulaires de Nouvelle-Aquitaine, confirment que Transition écologique et mutation industrielle en Nouvelle Aquitaine sont indispensables.
Le coeur de métier des chambres consulaires est l’accompagnement des entreprises : qu’il s’agisse d’établissements agricoles, industriels ou artisanaux, nos collaborateurs sont de véritables « conseillers en transitions » qui agissent auprès des chefs d’entreprises.
Il faut noter qu’en Nouvelle Aquitaine l’agroalimentaire est le 1er secteur en termes d’emplois et d’établissements, et que ce secteur est présent sur l’ensemble du territoire.
Et comme le souligne justement le rapport, cela découle tout naturellement du fait que la Nouvelle-Aquitaine est la 1ère région agricole de France.
En matière d’industrie, 35 conseillers en transitions des CCI accompagnent près de 1 200 entreprises sur le territoire. Nous constituons, en la matière, l’opérateur principal du Conseil régional. Les CCI accompagnent trois types de transition : technologique, numérique et écologique.Ce sont autant de moyens mis en oeuvre pour accompagner la transition écologique.
S’il faut toujours continuer à sensibiliser, avec le Conseil Régional nous avons enclenché la phase d’accompagnement.
Mais comme le précise le rapport, dans sa condition 1 « mieux accompagner les acteurs locaux », la transition écologique n’est envisageable que si l’entreprise en a les moyens (trésorerie) et dispose des repères économiques afférents. Ces 2 éléments manquent bien souvent dans les entreprises aujourd’hui !La sobriété est nécessaire aujourd’hui, mais nous voulons insister sur les effets induits de cette sobriété.
Le consommateur est-il prêt à prendre en charge le surcoût de la sobriété dans le prix de vente de ses produits ? Est-il prêt plus largement à payer le coût supplémentaire de la transition pour les produits locaux, en comparaison des produits disponibles sur le marché, importés bien souvent.
S’il faut limiter les apports en eau, par exemple, la production agricole va sans doute baisser et l’offre faisant pression, les prix augmenteront.
On trouve ainsi beaucoup de produits importés, alimentaires ou manufacturés, ne respectant pas nos conditions de production.
Si le consommateur n’est pas prêt à prendre les coûts de la transition en charge, nous continuerons à perdre en souveraineté, qu’elle soit agricole, industrielle, énergétique.
Nous avons perdu nos fleurons sidérurgique, textile, électronique et nous décrochons actuellement en production agricole.Oui la transition est possible, elle est nécessaire, mais elle est l’affaire de tous !Nous voterons POUR ce rapport.
Intervention de Mathieu BOISSELEAU
(au nom de la délégation CFDT)
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les conseillers,
La délégation CFDT tient en premier lieu à saluer l’engagement des membres la Commission 3, qui ont su travailler dans un état d’esprit constructif d’écoute et de respect mutuels, malgré des points de vue forcément divers. Le bureau de cette Commission a su créer au fil des mois écoulés les conditions d’un travail de qualité, accompagné par le précieux esprit de synthèse de la chargée de mission en charge de cette Commission. Si le sujet de ce rapport a été proposé il y a 18 mois environ par un membre de notre délégation, c’est que, pour la CFDT Nouvelle-Aquitaine, la réindustrialisation, synonyme de souveraineté, de création d’emplois qualifiés, de redynamisation de nos territoires, ne peut s’envisager qu’au prisme de la transition écologique juste.
Le rapport soumis au vote de notre assemblée rappelle tout d’abord un constat scientifique sans appel : 7 des 9 limites planétaires sont aujourd’hui dépassées : les activités humaines dégradent l’air, les sols, les eaux ou encore le climat plus vite que la planète ne peut les réparer.
Dans ce contexte, relocaliser en France des activités industrielles lointaines s’avère vertueux, puisque nous produisons en France dans des conditions environnementales beaucoup plus favorables que dans les pays usines du monde que sont la Chine, l’Inde etc… et cela dans des conditions sociales indiscutablement bien meilleures.
Afin de ne pas répéter une à une les préconisations du rapport que nous partageons, nous nous limiterons à rappeler 5 idées fortes chères à notre organisation syndicale :
- La production industrielle comme les usages qui en découlent doivent s’inscrire dans une impérative recherche de sobriété. C’est le premier levier sur lequel jouer pour tendre à la soutenabilité de nos industries à moyen terme.
- C’est bien le tissu industriel existant qui doit être soutenu en priorité, dans la mesure où il représente potentiellement plus de 2/3 de l’objectif de réindustrialisation française.
- Notre activité industrielle doit être cohérente avec les ressources et matières premières de notre région. La politique industrielle régionale doit avoir comme fil directeur la volonté de constituer des chaines de valeur complètes sur ses territoires, de l’exploitation de la matière première jusqu’à la fabrication du produit fini.
- Les éco-socio-conditionnalités doivent devenir l’outil incontournable pour l’attribution des aides régionales aux industriels néo-aquitains. Elles doivent se montrer plus environnementaux que sociaux, via la recherche de l’avis conforme du CSE.
- Le dialogue social territorial doit largement contribuer à construire la transition : comme en entreprise, les corps intermédiaires que sont les représentants des salariés doivent avoir toute leur place dans les territoires. Par exemple en donnant du crédit à tel ou tel projet sur lesquels acteurs sociaux et territoriaux se prononceraient collectivement, ou encore en développant les dispositifs territoriaux de reconversion professionnelle, permettant de concilier transition écologique et emploi, ce que la CFDT croit possible si une véritable Stratégie des Compétences est mise en place.
En synthèse, la délégation CFDT partage les constats et préconisations du rapport Transition Écologique et Mutation industrielle : un défi gagnant pour la Nouvelle-Aquitaine et votera donc en faveur de ce dernier.
Intervention de Philippe GÉRY
(au nom de la délégation CFE-CGC)
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les conseillers,
La CFE-CGC souhaite saluer la qualité du travail mené pour élaborer ce rapport consacré à un enjeu essentiel : réussir la transition écologique tout en reconstruisant une base industrielle solide. Il faut le dire clairement : sans industrie, il n’y a ni souveraineté, ni innovation, ni capacité durable à financer notre modèle social. Cette dimension est présente dans le rapport, mais elle mériterait d’être davantage affirmée.
En l’espace de trente ans, la part de l’industrie dans le PIB français est passée d’environ 20 % au début des années 1990 à près de 10 % aujourd’hui. Nous avons ainsi perdu la moitié de notre base productive. Ce recul a affaibli nos territoires, détruit des emplois qualifiés et accru notre dépendance aux importations.
Dans ce contexte, notre dépendance croissante à la Chine constitue un risque majeur, économique, social et environnemental. Nous importons massivement des produits stratégiques : véhicules électriques, batteries, panneaux photovoltaïques, pompes à chaleur, électroménager, équipements numériques. Une part significative des outils mêmes de la transition écologique est désormais conçue et fabriquée hors d’Europe, principalement en Chine.
Cette situation est intenable. Elle alimente les déficits commerciaux, fragilise nos filières industrielles et augmente notre empreinte carbone importée, souvent bien plus élevée que celle d’une production réalisée sous nos normes environnementales et sociales. Mais surtout, elle met en danger notre modèle social : moins de valeur ajoutée produite sur notre territoire, ce sont moins de ressources pour financer la santé, l’éducation, les retraites, la solidarité et la transition écologique.
Relocaliser intelligemment n’est donc ni un slogan ni une posture idéologique. C’est une nécessité économique, sociale et environnementale. Le rapport rappelle à juste titre que la relocalisation peut contribuer à la réduction de l’empreinte carbone dès lors qu’elle remplace réellement des productions étrangères fortement émettrices. Nous partageons pleinement cette analyse, même si nous aurions souhaité que le lien entre industrie et pérennité du modèle social soit davantage mis en avant.
Nous soutenons les orientations proposées : un accompagnement renforcé des entreprises et des salariés, le développement de l’ingénierie de projets, la formation aux nouvelles compétences, la structuration des filières, l’innovation orientée vers la sobriété et la coopération territoriale. Ces axes vont dans le bon sens. Ils appellent désormais une traduction concrète, notamment en matière d’énergie, de ressources, de compétences et de planification industrielle.
Dans cet esprit, la CFE-CGC s’inscrit dans la dynamique portée par ce rapport, tout en ayant exprimé des réserves sur certains points structurants. Elle souhaite en accompagner la mise en œuvre et restera mobilisée pour défendre une industrie compétitive, innovante et durable, seule capable de réduire notre dépendance et de renforcer la souveraineté économique, climatique et sociale de notre pays, condition indispensable à la pérennité de notre modèle social.
Intervention de Jérôme CASSAING
(au nom de la délégation CGT)Nouvelle-Aquitaine : choisir une industrie durable
Peut-on encore opposer écologie et industrie ? En réalité, cela n’a plus de sens. La Nouvelle-Aquitaine se trouve aujourd’hui à un moment décisif : elle doit contribuer à la ré-industrialisation du pays tout en répondant à une urgence écologique sans précédent. La question n’est donc plus « faut-il réindustrialiser ? », mais comment le faire autrement ?
La région dispose d’atouts majeurs. Elle possède un tissu industriel diversifié, des entreprises ancrées dans les territoires, des compétences reconnues dans l’aéronautique, l’agroalimentaire ou le bois. Elle bénéficie aussi d’un avantage stratégique considérable : un potentiel élevé de production d’électricité décarbonée, entre nucléaire, hydraulique, et ENR en forte croissance. Cette énergie propre, disponible à un coût relativement stable, constitue une opportunité unique pour développer des industries sobres et innovantes — un avantage décisif dans un monde où la compétitivité dépendra de plus en plus du coût carbone de la production.
Mais ces atouts s’accompagnent de fragilités. La biodiversité régionale, dont dépend 45 % du PIB, s’effondre. Les ressources en eau sont sous pression. Le foncier industriel est rare et la concurrence sur les ressources — bois, eau, minerais — ne cesse d’augmenter. Dans ce contexte, réindustrialiser à l’identique est impossible, il faut le faire de manière compatible avec les limites du vivant.
Nous ne pouvons occulter que l’industrie est organisée en filière avec des chaînes de sous-traitance parfois longues et complexes qui, lorsque le donneur d’ordres est défaillant, mettent en péril de nombreuses entreprises, fragilisent des territoires et menacent des centaines de salariés.
Notre région a connu de nombreuses catastrophes industrielles qui ont laissé des territoires exsangues, pendant que les actionnaires continuent à percevoir des dividendes.
Pour la CGT il est impératif que les aides aux entreprises soient conditionnées à des critères sociaux et environnementaux.
- Environnementaux parce qu’on sait que ce sont les plus fragiles qui subissent de plein fouet les atteintes à l’environnement. Partout le niveau de revenu est un marqueur fort des victimes des atteintes environnementales et climatiques.
- Sociaux parce que les salariés ont le droit d’avoir un droit de regard sur le fonctionnement de leur entreprise. Même si les ordonnances travail, chères à Emmanuel macron, ont entamé ce droit en supprimant notamment les CHSCT, la CGT demande une réelle consultation sur la politique environnementale des entreprises.
L’industrie a besoin d’un cadre fort qui protège les petites entreprises de notre territoire.
- Encore une fois, la mise en place d’éco-socio-conditionnalités et de contrôle des aides est une nécessité.
- La prise en compte de la parole des salariés et de leurs représentants est une nécessité.
- Le choix de productions strictement utiles au développement humain durable est une nécessité.
- Le respect de l’environnement, condition sine qua non d’une industrie performante au service de la société est une nécessité.
La CGT votera l’adoption du rapport.
Intervention d'Isabelle LOULMET
(France Nature Environnement, FNE)Merci à la commission environnement pour la qualité de son travail.
Ce rapport intitulé « Transition écologique et mutation industrielle » trace une voie à la recherche d’un équilibre entre ces deux exigences. Une voie d’équilibre sous conditions : peut-être aurait-il fallu ajouter un point d’interrogation au sous-titre : un défi gagnant ? car, malgré les exemples positifs que souligne le rapport, on peut dire que ce n’est pas gagné… ou pas encore…
Merci d’avoir terminé ce rapport sur le mot « sobriété ». Certains imaginent qu’il s’oppose à l’innovation, au progrès, au développement. Il faut l’entendre dans le sens d’économie, faire des économies, réussir à faire mieux avec le moins possible, moins de matières, moins d’énergie, moins de gaspillage, un vrai défi qui exige des compétences multiples et assure de la robustesse aux entreprises et à la société tout entière.
Je souhaite dire quelques mots sur le terme « santé » que j’ai ajouté par amendements à différents endroits du rapport. Quand on parle de pollutions, cela peut paraitre extérieur à nous-mêmes, comme si les pollutions, en se dissolvant dans l’air, l’eau, les sols, disparaissaient. Mais parce qu’on respire, qu’on boit, qu’on mange, toutes ces pollutions se retrouvent dans nos corps et affectent notre santé. Le lien doit être fait entre ces pollutions émises et l’impact sur la santé : il s’agit d’un problème de santé publique majeur dont la prise en compte dans toute décision doit primer. C’est bien là le sens de l’axe Une Seule Santé porté par le Conseil régional que nous soutenons pleinement, et dont nous attendons la traduction pleine et entière dans toutes les politiques publiques régionales.
Merci.
Intervention de Flavien THOMAS
(au nom de la délégation FSU)Monsieur le Président,
cher·es collègues,
Nous souhaitons tout d’abord remercier les membres de la commission pour ce rapport, qui a posé clairement les jalons d’une réindustrialisation pensée non pas contre les ambitions environnementales, mais en démontrant qu’elles en sont l’une des conditions essentielles.
Ce rapport rappelle que la réindustrialisation ne peut être réduite à un objectif quantitatif ou à un simple rattrapage productif. Elle ne peut être pertinente et socialement acceptable que si elle s’inscrit dans le respect des limites environnementales, de la sobriété foncière, énergétique et matérielle, et dans une réduction réelle de notre empreinte globale. En ce sens, la sobriété n’est pas présentée comme une contrainte extérieure à l’industrie, mais bien comme un cadre structurant, indispensable à une réindustrialisation durable, territorialisée et désirable.
Le rapport montre également que l’innovation n’a de sens que si elle est orientée vers ces objectifs, en évitant les écueils du technosolutionnisme et de l’effet rebond, et en s’inscrivant dans des logiques de coopération territoriale et d’économie circulaire.
Il met aussi en évidence l’importance du choix des productions. Il montre que la réindustrialisation ne peut être indifférenciée. Ce choix est déterminant pour éviter une réindustrialisation de façade et pour faire de l’industrie un véritable levier de transition.Nous souhaitons enfin souligner l’importance majeure des enjeux éducatifs et de formation. Adapter les formations initiales et continues à cette mutation est une condition décisive de sa réussite. Il ne s’agit pas seulement d’accompagner les besoins immédiats des entreprises, mais de permettre aux salarié·es qualifié·es d’appréhender, de comprendre et de maîtriser les transformations de leur métier pour répondre aux impératifs écologiques, technologiques, mais aussi sociaux de l’appareil productif. Au-delà, il s’agit de mieux éduquer l’ensemble de la population, les citoyens et les citoyennes, pour lui permettre de comprendre et de maîtriser les réalités scientifiques, sanitaires et écologiques de cette réindustrialisation, ainsi que les arbitrages nécessaires pour l’accepter en conscience. L’Éducation nationale a ici un rôle central à jouer.
Pour l’ensemble de ces raisons, et parce que ce rapport ouvre des perspectives utiles pour penser une réindustrialisation compatible avec la transition écologique et la justice sociale, la FSU votera ce texte.
Intervention de Xavier ESTURGIE
(au nom de la délégation du MEDEF)Monsieur le Président, chères et chers Collègues,
Le rapport ouvre des pistes intéressantes de réflexion, qui méritent d’être suivies et approfondies.
- Une analyse objective permet de discerner les émissions industrielles des autres sources d’émissions et de pollutions, lesquelles sont liées avant tout à nos pratiques, nos usages…et nos importations qui représentent de l’ordre de 56 % des émissions de GES.
- L’Industrie est certes localisée, mais elle agit dans un contexte hyperconcurrentiel international.
- Nous sommes revenus depuis mi-2024 en phase de désindustrialisation. Si les emplois industriels ont pu progresser dans certaines zones géographiques, c’est essentiellement la dynamique des industries de Défense et de l’Aéronautique qui s’avère prépondérante dans cette résilience. Or, l’objectif mentionné dans le rapport d’atteindre 12 % du PIB d’ici 2035 signifierait une hausse annuelle de production de 5,3 %, nécessitant que de nouveaux projets industriels représentant au moins 30 % de cet objectif puissent être mis en œuvre : soit un véritable sursaut.
En-dehors de l’Aéronautique et de la Défense, les principaux marchés de destination de l’Industrie — Bâtiment, Travaux publics, Alimentation — sont aujourd’hui particulièrement exposés, outre à l’inflation règlementaire et des coûts de production, aux enjeux énergétiques, écologiques, numériques et d’automatisation. Ce qui pose évidemment la question de l’adaptation industrielle à ces marchés en transition. Dans ce contexte :
- Il est essentiel de démystifier la croyance selon laquelle l’Industrie serait responsable de toutes les pollutions — ce qui est factuellement faux — et qu’on pourrait s’accommoder de freiner son développement. Grave erreur.
- Concernant plus spécifiquement la mutation industrielle : nous aurions souhaité que ce rapport puisse aborder la transformation des process de production, soutenue par la Région notamment à travers le programme Industrie du Futur, et les vecteurs structurants de la mutation industrielle, parmi lesquels l’écoconception, mais aussi la transformation des métaux critiques, les nouveaux procédés de fabrication et d’optimisation des process, les technologies d’électrification, la robotique, la fabrication additive, l’internet des objets (Iot), les data, ou encore l’intelligence artificielle dans les process de contrôle.
- Le rapport permet de souligner l’importance du soutien à la mutation industrielle y compris dans les industries existantes dont les projets portent les deux tiers de l’effort de réindustrialisation nécessaire. Car il n’y a pas d’industrie sans investissement, sans innovation, et sans recherche-développement, donc sans vision moyen et long terme.
- L’industrie conçoit des biens qui consomment de moins en moins d’énergie. Elle porte concrètement des solutions utiles pour relever les défis environnementaux : sur la base des auditions conduites, le rapport montre l’importance des retours d’expérience, et d’autres initiatives régionales particulièrement exemplaires auraient pu également être mises en exergue…
- Le rapport aurait pu aussi s’appuyer sur les études de certaines filières régionales en matière de transition, de décarbonation et de biodiversité.
- Nous regrettons enfin que la mutation industrielle ne soit pas abordée à l’aune de la portée et du rôle social et territorial de l’industrie. Gardons à l’esprit que les pays sans industrie n’ont pas de classe moyenne. Que l’activité industrielle joue un rôle structurant pour :
– maintenir et consolider les activités tertiaires
– assurer une cohésion territoriale
– favoriser le progrès des activités humaines
– exporter, soutenir le niveau de nos finances publiques, et préserver notre modèle social grâce aux ressources créées et exportées.
Bref, nous aurions aimé que soit adoptée une focale plus large, pour mesurer :
– tous les enjeux de l’adaptation industrielle aux bouleversements des marchés, de l’innovation et de l’évolution des usages,
– le rôle que la structure industrielle de Nouvelle‑Aquitaine pourrait jouer dans ce domaine,
– et les moyens qui pourraient être optimisés pour accompagner les projets innovants de transition des procédés industriels tout en préservant la capacité de progression de la valeur ajoutée industrielle.
… Parmi lesquels, les moyens de promouvoir une meilleure connaissance générale du rôle et des apports de l’Industrie, notamment pour mieux attirer les talents — masculins et féminins — dont elle a tant besoin aujourd’hui. … Ce qui contribuerait sans doute à éviter d’en faire le bouc-émissaire de toutes les nuisances. Sous ces réserves, le MEDEF votera le Rapport compte-tenu des amendements retenus.Intervention de Sophy FAYAUD
(Ports et aéroports)Je souhaiterai intervenir sur les parties concernant l’aviation et les gestionnaires d’aéroports, abordés dans les p. 78 et 83 du rapport.En p. 78, il est mentionné à juste titre, le remplacement du kérosène par des carburants d’aviation durable, appelé SAF (Substainable Aviation Fuel). Le SAF représente, pour l’aviation, la voie majeure à court et moyen terme, pour réduire les émissions de CO2 du transport aérien.
Les quotas d’incorporation de SAF dans le kérozène, sont effectivement de 2 % en 2025, 20 % en 2035. Toutefois, nous attirons votre attention, sur le fait que ces quotas ne sont pas régionalisés, mais font l’objet d’un système d’échange de quota, compensation/réduction au niveau européen, (SEQE en FR / ETS en EN). À titre d’exemple, en Nouvelle Aquitaine, en 2024, seuls les aéroports de Biarritz et Bordeaux mettaient à disposition du SAF (1). Nous sommes en phase avec ce qui est mentionné quant au fait que la production de SAF nécessitera des arbitrages, de par son besoin de matière première (d’origine biologique ou de synthèse). Cependant, le rapport, page 78, mentionne « Sans étude d’impact régional, il est difficile d’évaluer la capacité à satisfaire l’ensemble des projets. Au regard de ces impératifs, l’augmentation de la proportion d’utilisation de SAF dans l’aviation, devrait s’accompagner d’objectifs et de mesures visant la réduction du trafic aérien ». La réduction du transport aérien, est, à notre sens, pénalisante localement, lorsque l’on parle d’un écosystème international, sauf à décider qu’une région, ou un pays, souhaitent sortir d’un système et d’une dynamique de flux européens voire mondiaux. Nous soutenons la nécessité d’accroitre la production de SAF en France, de manière à limiter les importations d’Europe, et Asie et Amériques où il y a de nombreux projets (1). Des projets ont été d’ailleurs annoncés en Charente, Dordogne, Landes et Pyrénées-Atlantiques (1).
Les aéroports français, en lien avec les compagnies aériennes, font des efforts en matière de développement raisonné des aéroports, choix d’avions de nouvelles générations moins bruyants et plus économes en matière de consommation de carburant, maximisation des taux de remplissage pour accompagner la croissance avec un nombre de mouvements d’avion maitrisé. L’introduction des taxes et contraintes, récemment l’augmentation de la TSBA, a généré une stagnation du transport aérien français, au profit d’autres pays européens, tels que l’Espagne, le Portugal, l’Italie… ne limitant pas pour autant l’impact environnemental, puisque les flux se développent, et dans la majeure partie des cas, en survolant la France. La décroissance se fera donc au niveau de la région, au bénéfice d’autres régions françaises, voire d’autres pays européens, sans pour autant limiter l’impact environnemental.
>Il en est de même page 83 : « Impulser des mesures visant un objectif de sobriété en matière de transport aérien en conditionnant le soutien régional aux aéroports ». Ce type de mesure pénalisera les aéroports de la région Nouvelle Aquitaine, au profit d’aéroports en dehors de la région voire de la France ou de l’Europe. Le France, et la région Nouvelle Aquitaine sont des destinations touristiques, ce qui nécessitent de mesurer les impacts à plus grandes échelle. Il en est de même pour les développements économiques et d’entreprises.
Je souhaitais attirer votre attention sur le fait que l’aviation est un secteur qui se regarde certes à l’échelon régional, mais aussi à l’échelon national, européen et international.
Je peux aussi vous assurer, que l’ensemble des acteurs du secteur, aéroports, compagnies aériennes, avionneurs, énergéticiens, industriels… sont mobilisés, ensemble, sur ces sujets. C’est même LE sujet qui a renforcé depuis quelques années les coopérations entre tous les acteurs de l’écosystème.
(1) Source Rapport Environnement 2024, de la Direction Générale de l’Aviation Civile accessible via https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/rapport-environnement-laviation-civile
Intervention de Flavien THOMAS
(au nom du groupe de travail « Égalité et Lutte contre les discriminations »)Monsieur le Président,
cher·es collègues,
Le groupe de travail Égaetdis souhaite saluer la qualité du rapport qui nous est soumis aujourd’hui, et son ambition clairement affirmée de concilier transition écologique, mutation industrielle et équilibre des territoires en Nouvelle-Aquitaine.
Nous souhaitons toutefois, au moment de ce vote, apporter un éclairage complémentaire, en cohérence avec les analyses du rapport : l’égalité et l’inclusion dans la réindustrialisation. Car la situation de départ est connue et documentée.Les métiers industriels restent massivement masculins, ou dans certains secteurs et des entreprises avec des écarts de genres importants et cette réalité ne tient pas uniquement à des choix individuels. Les travaux menés au sein de notre groupe de travail, notamment à partir du témoignage d’une conseillère dans l’aéronautique, mettent en évidence les freins persistants et qui ont fait l’objet depuis d’un travail pour les lever.
Dès l’orientation scolaire, les stéréotypes de genre pèsent lourdement sur les trajectoires. L’image d’une industrie technique, exigeante physiquement, historiquement masculine, continue d’écarter de nombreuses jeunes filles ou et de les orienté dans des métiers particuliers. L’écart qui s’est creusé récemment dans les orientations scientifiques en terminale n’en est que le haut de l’iceberg.Ainsi, dans la formation puis dans l’emploi, ces freins se prolongent : manque de modèles féminins, biais dans les processus de sélection, et parfois encore des organisations du travail peu compatible avec les réalités sociales familiales, des modes de travails parfois excluants et des difficultés à faire reconnaître ses compétences, allant dans certains cas jusqu’à isolement professionnel.
Mais aujourd’hui les entreprises considèrent la diversité comme une richesse.Ces constats valent également pour les personnes en situation de handicap qui doivent parfois faire preuve d’une ténacité hors du commun pour faire valoir leurs compétences et les mettre au service de leur entreprise et comme pour les personnes issues de parcours sociaux ou culturels divers sont trop souvent cantonnées aux postes les plus pénibles ou les moins reconnus.
Ces inégalités ne sont pas anecdotiques. Elles se traduisent dans les chiffres avec des réalités industrielles diverses mais une organisation et une représentation encore trop largement inscrites dans un modèle unique, qui ne correspond plus ni aux réalités sociales, ni aux défis environnementaux auxquels nous faisons face. Il a été souligné le caractère systémique de la production des inégalités au sein d’une société encore largement marquée par le patriarcat. Ces effets systémiques sont renforcés par un modèle économique dominant pour lequel la recherche permanente du profit justifie tout, y compris le partage inégal de richesses, l’exclusion d’une large partie de la population et la reproduction continue des inégalités et des discriminations.
Or, le rapport que nous votons aujourd’hui le montre clairement : la transition écologique impose une transformation profonde de nos modèles industriels.Sobriété, écoconception, attention portée aux usages, réduction des impacts sur les ressources, acceptabilité territoriale : ces enjeux appellent des regards pluriels et une remise en question des organisations existantes.À cet égard, la littérature en sciences sociales apporte un éclairage intéressant, à manier avec précaution mais sans l’ignorer. De nombreuses enquêtes internationales et européennes montrent que, en moyenne, les femmes déclarent une sensibilité plus élevée aux enjeux environnementaux, aux impacts sanitaires et aux effets à long terme des choix productifs. Il ne s’agit en aucun cas d’une disposition « naturelle », ni d’un argument essentialiste.
Ces différences s’expliquent largement par des positions sociales différentes, des expériences plus fréquentes de la contrainte, du soin, de la gestion des ressources, et par une exposition différenciée aux risques environnementaux. Autrement dit, ce sont les expériences sociales qui façonnent les regards, et non le genre en lui-même.Mais ces regards comptent. Ils enrichissent la capacité collective à penser une industrie plus sobre, plus attentive aux usages réels, à la santé, à la sécurité, à la qualité de vie au travail et dans les territoires. C’est pourquoi le GT Égaetdis considère que l’inclusion n’est pas un enjeu périphérique de la réindustrialisation, mais l’un de ses leviers de réussite.En Nouvelle-Aquitaine, le rapport met en lumière des dynamiques encourageantes : des filières engagées dans l’innovation responsable, des entreprises qui repensent leurs procédés, des actions de sensibilisation, de formation, de coopération territoriale.
Des initiatives existent aussi pour favoriser la mixité, l’accès de toutes et tous dans leur diversité aux métiers industriels, l’accompagnement des parcours, y compris dans des secteurs historiquement très masculins et normatif. Mais ces démarches restent trop dispersées et insuffisamment structurantes au regard des enjeux.C’est pourquoi nous appelons à aller plus loin dans le volontarisme, en cohérence avec les orientations du rapport, faire de l’égalité femmes-hommes et de l’accessibilité des critères pleinement intégrés aux politiques de soutien à l’industrie, agir en amont sur l’orientation et la formation, transformer durablement les conditions de travail, et garantir une meilleure représentativité de la diversité de notre société dans tous les nouveaux métiers industriels, sur l’ensemble des filières et à tous les niveaux de responsabilité.Par ailleurs, au regard des dynamiques démographiques et de leurs effets attendus sur l’économie régionale, il apparaît essentiel que le CESER se saisisse de la question des migrations vers la Nouvelle-Aquitaine en lien avec la réindustralisation, dans une approche fondée sur l’observation, l’analyse factuelle et la mesure des réalités territoriales.
La réindustrialisation que nous appelons de nos vœux, et que ce rapport contribue à dessiner, ne peut être ni durable, ni désirable, si elle laisse de côté une partie de la population. Une industrie pour et avec toutes et tous, inclusive et égalitaire, est non seulement plus juste, mais aussi plus robuste face aux défis environnementaux et sociétaux. C’est dans cet esprit que GT Egaetdis invite à en prolonger l’ambition par des actions encore plus résolues.