📄 Fiche initiative 1 : La transformation de l’entreprise Lamécol pour l’utilisation d’une ressource locale : le pin maritime
Présentation de l’entreprise :
Nom de l’entreprise : Lamécol Ville : Canéjan Département : Gironde Secteur d’activité principal : construction bois Nombre de salariés : 76 salariés hors intérimaires< Surface foncière occupée : 5 600 m² Description de l’activité : fabrication d’éléments de structures en lamellé collé
Présentation du projet de transition
Historique de la démarche
L’entreprise, à l’origine familiale, existe depuis 51 ans. En 2010 elle a été rachetée par le groupe français DL, spécialisé dans la charpente métallique et la menuiserie en aluminium. Traditionnellement, Lamécol utilisait du bois du nord (principalement de l’épicéa) et travaillait très peu le pin maritime, pourtant ressource locale, car il avait très mauvaise réputation dans le secteur de la construction. En 2015, un tournant stratégique s’amorce avec l’arrivée de Laurent DAUDIGNY à la direction de Lamécol qui a eu une volonté très forte d’utiliser cette ressource locale. Il a alors lancé une réflexion sur l’utilisation du pin maritime dans l’entreprise, en misant sur ses propres qualités et en améliorant les process de transformation de l’entreprise pour l’adapter au produit lamellé collé.
Étapes de mise en œuvre du projet
L’entreprise s’engage alors dans une démarche d’innovation et de valorisation de la ressource locale. La crise sanitaire liée au COVID, suivie par la guerre en Ukraine, entraine de profondes perturbations économiques avec notamment une flambée des prix des bois du nord. Ces événements accélèrent la décision stratégique de reconcentrer la production de l’entreprise en pin maritime. Cette orientation répond également à une demande croissante du marché pour une construction en bois local. Le marché du Collège et du Lycée du BARP, remporté par l’entreprise, constitue un déclencheur majeur. Il a nécessité une coordination étroite avec les scieurs du massif pour adapter rapidement la chaine de production. D’autres chantiers ont suivi, confirmant le bien-fondé de cette nouvelle stratégie. L’entreprise a dû adapter sa ligne d’aboutage afin de mieux traiter le pin maritime et répondre aux exigences de qualité. Face à l’augmentation de la production, un projet d’agrandissement de l’usine est aujourd’hui en cours avec la construction d’un nouveau bâtiment permettant ainsi d’avoir un bâtiment dédié au lamellé collé et un bâtiment dédié à l’activité ossature bois. La stratégie de l’entreprise a alors totalement basculé et aujourd’hui, cette ressource locale représente 95 % de la production de Lamécol.
Facteurs de réussite identifiés
Le succès de la transition vers l’utilisation du pin maritime repose sur plusieurs leviers clés :
- Adaptation des outils industriels : la ligne d’aboutage a été spécialement modifiée pour l’adapter au pin maritime. L’ensemble des process de fabrication a été recalibré afin d’assurer une production de qualité.
- Compétence en interne : l’entreprise dispose de toutes les compétences en interne, de l’ingénierie aux équipes de production et de pose. Elle accompagne les maitrises d’œuvre et d’ouvrage de la conception à la réalisation de leurs projets.
- Découverte des performances mécaniques du pin maritime : grâce à de nombreux essais et à une approche d’innovation continue, l’entreprise a démontré que le pin maritime avait d’aussi bonnes qualités mécaniques que les bois du nord.
- Travail de prescription et reconnaissance du matériau : Lamécol s’implique fortement avec ses partenaires pour faire évoluer les perceptions et les pratiques autour du pin maritime en tant que matériau de construction fiable et durable dans le lamellé collé.
- Demande favorable : il existe aujourd’hui une forte demande pour cette ressource locale de la part des maîtres d’ouvrage, publics comme privés attentifs à l’aspect circuit court et aux enjeux de décarbonation de la construction.
- Implication dans l’éducation et la formation : l’entreprise considère l’implication dans les écoles et centres de formations comme un levier essentiel pour sensibiliser et former les futures générations aux enjeux du bois local.
- Valorisation des déchets : les chutes de bois sont revendues en tant que bois énergie à d’autres entreprises ou collectivités. Par ailleurs Lamécol développe un projet de chaudière biomasse alimentée par ses propres déchets, renforçant ainsi sa démarche de durabilité.
Freins identifiés
- Complexité des normes et des appels d’offres : les règlementations en vigueur sont souvent lourdes et complexes. Certains cahiers des charges sont techniquement irréalistes, obligeant les entreprises à revoir intégralement les projets après attribution, ce qui implique beaucoup de ressources (en personnel et en temps).
- Réticence interne de la profession : historiquement les maîtres d’œuvres et architectes n’étaient pas mobilisés pour valoriser le pin maritime dans la construction, même si aujourd’hui une véritable dynamique s’est enclenchée.
- Difficultés liées au réemploi du bois : Lamécol s’est engagé dans cette démarche mais se heurte à de nombreux freins : rareté de la ressource réutilisable, nécessité de nettoyage, reclassement et absence d’une filière réemploi. C’est une démarche qui repose uniquement sur la volonté de l’entreprise, sans retour sur investissement. Pour le réemploi, Monsieur DAUDIGNY souligne que nous sommes encore aux prémices, à l’année zéro.
Conclusion/observations
Points forts du projet : en quoi ce projet peut-il être inspirant pour d’autres entreprises ?
Le projet de transition menée par l’entreprise Lamécol constitue un exemple inspirant à plusieurs égards. Par son engagement fort en faveur de l’innovation, l’entreprise a su revaloriser une ressource locale, le pin maritime, pour en faire un matériau compétitif dans le domaine du bois construction en lamellé collé.
En plus de répondre aux enjeux actuels (notamment le stockage du carbone et le développement de matériaux biosourcés dans la construction), cette démarche illustre comment une matière première locale et renouvelable peut être intégrée efficacement à une stratégie industrielle.
Dans quelle mesure cette démarche est-elle réplicable et à quelle échelle ?
La réussite de Lamécol montre que cette stratégie est réplicable, à conditions de réunir plusieurs facteurs clés :
- Une ressource disponible : le massif des Landes de Gascogne est un massif de production aménagé et accessible de près de 1 million d’hectares et constitue un réservoir important de pin maritime adapté à un usage industriel.
- Structuration des filières : le développement d’une filière bois locale, durable et dynamique nécessite de renforcer les partenariats entre acteurs et de protéger la ressource, en respectant une hiérarchie stricte des usages cohérente (bois énergie, bois d’industrie et développement du bois d’œuvre).
Le parcours de Laurent DAUDIGNY, Directeur de Lamécol, illustre que la volonté, la vision à long terme et l’engagement personnel sont essentiels pour faire évoluer les mentalités et les pratiques industrielles. En s’appuyant sur des équipes soudées et compétentes, il a su impulser une dynamique de transformation ambitieuse, intégrant des projets d’innovation concrets pour développer une ressource locale dans les process industriels de l’entreprise.