Condition 4 — Innover par et pour la sobriété
L’innovation constitue un levier central pour concilier transition écologique et mutation industrielle dans la mesure où elle ne se limite pas à la technologie ou aux équipements : elle inclut aussi l’innovation organisationnelle, sociale et économique, visant à repenser les modes de production, les usages et les interactions entre tous les acteurs. Cette condition suppose que l’innovation n’a de sens que si elle sert la sobriété dans tout le cycle de vie du produit et qu’elle s’inscrit dans une logique durable et cohérente avec les enjeux environnementaux et territoriaux. Si la sobriété doit être un des axes forts pour réussir la transition écologique, il s’agit d’un objectif global pour la société. Sa mise en place doit tenir compte des inégalités de niveau de vie toujours plus importants au niveau de la planète, des pays où localement. En Nouvelle Aquitaine, plus d’un tiers de la population (36 à 37 % soit 2,2 à 2,3 millions de personnes) est en situation de pauvreté ou vulnérable car exposé au risque de pauvreté et vivant de fait une sobriété subie, ne permettant pas de satisfaire certains besoins essentiels 94.
Maîtriser les dérives d’une innovation pourtant essentielle
Un levier essentiel pour la réindustrialisation
Améliorer la performance énergétique et la traçabilité des flux
Portée par les entreprises, les laboratoires de recherche et les start-up, l’innovation constitue un levier central pour accompagner la réindustrialisation. Les nouvelles technologies (numérique, robotique, intelligence artificielle, informatique quantique…) ouvrent des perspectives majeures pour améliorer la performance énergétique, la traçabilité des flux ou encore l’optimisation des procédés industriels qui visent aussi l’économie de ressources naturelles comme l’eau. Ces innovations peuvent faciliter la mesure et le pilotage des consommations et permettent aussi aux entreprises de répondre à leurs obligations réglementaires notamment relatives à l’établissement de leur bilan carbone ou celles issues de la directive européenne CSRD95sur la publication d’informations en matière de durabilité. C’est cette même directive qui introduit le concept de double matérialité évoqué précédemment, comme un outil indispensable aux démarches de transition écologique.
L’utilisation numérique incontournable face aux exigences réglementaires
Il est important de noter que pour certaines entreprises, au-delà de l’aspect facilitateur, l’utilisation de l’intelligence artificielle est devenue indispensable pour répondre à ces exigences réglementaires et représente un investissement important pour elles. Mais la généralisation de ces technologies entraîne aussi de nouvelles vulnérabilités. Leur utilisation croissante requiert une consommation importante d’énergie, d’eau et de matières premières (notamment en métaux rares), dont les impacts environnementaux et sociaux restent souvent sous-estimés. Ainsi certains écueils sont à éviter.
Les écueils à éviter : le technosolutionnisme et l’effet rebond
Les risques liés au technosolutionnisme
Le technosolutionnisme consiste à croire que chaque problème environnemental trouvera sa solution dans la technologie, sans remettre en question les volumes produits, les usages ou la disponibilité des ressources nécessaires à ces innovations. Or certaines technologies dites « vertes » (batteries, hydrogène, numérique…) reposent elles-mêmes sur des chaînes d’approvisionnement intensives en énergie et en matière. De plus, un des risques est de faire croire que le progrès matériel suffit à créer du progrès humain.Cette hypothèse a également la capacité de favoriser les investissements vers ces technologies, ces innovations qui pourraient bénéficier à des actions qui permettent de traiter les causes et non simplement les symptômes.Enfin, un autre risque est celui de la passivité des citoyens face à leurs responsabilités. La réponse technologique systématique fait peser le risque d’une absence de questionnement sur les choix individuels, les choix de société ou les modèles de consommation et de production. Ce réflexe peut conduire à un cercle vicieux où la technologie est sans cesse appelée à « corriger » les conséquences de modes de développement peu soutenables plutôt que de les prévenir.
L’effet rebond et ses impacts sur la consommation
Un second écueil bien connu est l’effet rebond, qui efface tout ou partie des gains d’efficacité obtenus si un usage est démultiplié. Un progrès technique entraînant une baisse des coûts ou une amélioration, peut inciter à une hausse de la consommation : l’usage plus fréquent d’outils numériques ou la multiplication des données traitées, annule souvent les bénéfices environnementaux initiaux.Dans le secteur numérique, par exemple, les progrès réalisés dans la performance énergétique des serveurs et dans leurs émissions de carbone ont été largement compensés par la croissance exponentielle du stockage et du traitement des données, portée par l’essor du cloud, de l’intelligence artificielle ou encore du streaming vidéo 96.Ainsi, l’innovation doit s’inscrire dans une logique d’efficience et de rationalisation des usages et non de croissance illimitée des capacités techniques et de consommation des ressources naturelles. Il est important que les politiques publiques veillent à orienter leur soutien vers des projets qui démontrent un réel bénéfice environnemental mesurable, en allant dans le sens d’une diminution de la pression exercée sur les neuf limites planétaires et notamment les sept déjà dépassées. Il est nécessaire de mieux encadrer les investissements dans les technologies innovantes consommatrices de ressources ou qui encouragent le développement de nouveaux usages qui vont au-delà des besoins avérés. A-t-on ainsi réellement besoin d’un distributeur automatique de croquettes pour chats ? Est-il pertinent de consommer des métaux rares et importés pour cela ? En résumé, il est urgent de produire en consommant globalement moins de ressources et pour répondre à des besoins humains avérés. L’intérêt des innovations doit être mesuré à l’aune de ces considérations.
» PRÉCONISATIONS
Maîtriser les dérives d’une innovation pourtant essentielle
31. Favoriser l’innovation en faveur de l’efficience et de la rationalisation des usages.
32. Renforcer les aides aux projets industriels qui s’inscrivent pleinement dans la transition écologique, en oeuvrant favorablement au respect des limites planétaires.
33.Poursuivre le soutien au lancement des start-up qui s’inscrivent dans cette même dynamique. Le cap du développement industriel est important et difficile, ces initiatives doivent être encouragées si elles ne créent pas de nouveaux usages non essentiels.

Faire de la sobriété un moteur d’innovation
L’innovation pour réguler les usages des ressources naturelles
Anticiper les conflits et planifier les usages
L’innovation peut être source de nouveaux conflits d’usage sur le foncier ou les ressources naturelles à notre disposition (eau, bois, minerais…) qui vont être incontournables pour le développement des filières stratégiques comme les énergies renouvelables, le numérique ou encore l’essor des biomatériaux, comme abordé dans la première partie de ce rapport. Ces tensions appellent une planification anticipée et concertée (voir Condition 2) afin de respecter une hiérarchie des usages équilibrée entre besoins fondamentaux du vivant et les diverses activités économiques.Dans le milieu du transport aérien, la production de carburants d’aviation durables (CAD ou SAF — « sustainable aviation fuel » en anglais) est une alternative écologique au kérosène, qui est l’un des principaux responsables des fortes émissions de gaz à effet de serre du secteur. L’Union européenne a conclu un accord qui prévoit une évolution de la part de SAF obligatoire pour le transport aérien : de 2 % attendu en 2025, il vise 20 % en 2035 pour atteindre l’objectif final de 70 % d’incorporation en 205 097. Or, la production de SAF a certaines limites : si sa production est d’origine biologique, elle va se heurter aux conflits d’usage de cette biomasse (terres agricoles, usages dans d’autres transports), déjà extrêmement fragilisée par le manque de ressource en eau. Si sa production est de synthèse (combinaison d’hydrogène vert et de CO2), la demande énergétique va être conséquente et va nécessiter d’importants investissements dans ces technologies pour avoir une production suffisante. De plus, les projets actuellement en développement en région posent la question des quantités de matière nécessaire (biomasse, hydrogène…). Sans étude d’impact régional, il est difficile d’évaluer la capacité à satisfaire l’ensemble des projets. Au regard de ces impératifs, l’augmentation de la proportion d’utilisation de SAF dans l’aviation, devrait s’accompagner d’objectifs et de mesures visant la réduction du trafic aérien.À l’inverse, l’innovation peut aussi jouer un rôle déterminant dans la régulation de ces conflits, en développant des procédés moins consommateurs, des matériaux recyclés ou biosourcés, ou même des outils d’aide à la décision pour planifier les usages.À titre d’exemple, la sobriété hydrique représente un enjeu majeur de l’innovation industrielle. La réindustrialisation doit être à la recherche de modèles plus vertueux vis-à-vis de la ressource en eau et des milieux aquatiques, en s’appuyant sur les acteurs de la gestion de l’eau (Agences de l’eau, SAGE, CLE, PTGE…) pour réduire les consommations, prévenir les pollutions et préserver la qualité des milieux en réduisant les pollutions. Au-delà de la seule optimisation des procédés, la réutilisation et le recyclage des eaux constituent d’autres leviers d’innovation.
Le développement de technologies permettant la récupération, le traitement et la réinjection des eaux usées industrielles dans les circuits de production permettent une gestion plus circulaire de la ressource. La réutilisation des eaux dites « grises », issues par exemple du lavage ou du refroidissement, peut permettre de limiter le recours à l’eau potable pour certains usages techniques, tout en réduisant les volumes d’effluents rejetés.
FOCUS INITIATIVE 5 :
La transition hydrique de l’entreprise Finimétaux
Présentation de l’entreprise :
Nom de l’entreprise : Finimétaux
Ville : Limoges
Département : Haute-Vienne
Nombre de salariés : 90 à 95<
Description de l’activité : Traitement de surface des métaux (aéronautique et défense principalement)
Démarche de transition : transition hydrique — passage de l’entreprise en Zéro Rejet Liquide
Finimétaux est une société par actions simplifiée. Elle fait partie du Groupement d’Intérêt Économique (GIE) TEGMA, qui permet aux entreprises membres de mutualiser leurs actions de communication, de promotion et de prospection commerciale, tout en gardant leur indépendance.
Le processus de traitement des métaux, avec les procédés utilisés (traitement en milieu humide) est fortement consommateur d’eau. L’eau est achetée au réseau d’eau public. Depuis 1980, les eaux en sortie d’usine étaient envoyées vers une station d’épuration sur le site, gérée par l’entreprise. Après traitement, elles étaient rejetées dans la rivière de la Valoine, un affluent de la Vienne, dont le cours passe à proximité immédiate de l’usine. En 2018, suite à une alerte des services de la DREAL sur le niveau de la Valoine trop faible qui pourrait compromettre la poursuite de l’activité, le dirigeant a été convaincu de mettre en place une solution technique pour que la production puisse se poursuivre sans être tributaire de cette incertitude du débit de la Valoine : le choix se porte sur le passage de l’entreprise en Zéro Rejet Liquide ce qui signifie concrètement que plus rien ne serait rejeté dans la rivière. La décision est prise en 2021 et l’installation du dispositif s’est achevée au printemps 2025 après 6 mois de travaux.
Cette réussite s’accompagne néanmoins d’une interrogation : pour éliminer les substances polluantes, l’entreprise va désormais, par un processus d’évaporation, sur-concentrer les déchets ultimes pour en confier ensuite le traitement à Véolia et Suez. Deux camions citernes remplis de ces déchets ultimes, partiront ainsi chaque mois de Finimétaux, pour être traités par incinération à Bordeaux dans le cas de Véolia. Ainsi, d’un point de vue environnemental, si la protection du milieu aquatique est désormais pleinement prise en compte, d’autres problèmes émergent : augmentation du bilan carbone dû au transport des déchets par camion, question de la qualité des rejets atmosphériques lors de l’incinération…
Points forts du projet :
- L’aide financière apportée par différents partenaires : l’Agende de l’eau Loire-Bretagne, un soutien dans le cadre de France Relance, une intervention de la BPI (crédit-relais pour supporter l’avance de trésorerie).
- travailler avec la société Callisto, basée à Limoges, spécialisée dans le traitement de l’eau. Elle intervient pour prendre en charge les projets de traitement de l’eau d’entreprises de toutes tailles et des collectivités locales.
- L’indépendance de Finimétaux qui a facilité la prise de décision pour ce projet d’ampleur.
Autres facteurs de réussite identifiés:
- Les liens étroits avec les autres entreprises du GIE TEGMA et notamment avec ATS, passée en Zéro Rejet Liquide juste avant Finimétaux.
La sobriété foncière
Sur le plan foncier, la sobriété suppose de limiter l’artificialisation des sols qui touche particulièrement la biodiversité, la santé des écosystèmes et donc la santé humaine qui y est liée. Une gestion économe et raisonnée du foncier supposera de revoir de façon globale les différents outils d’aménagement du territoire et d’inscrire chaque projet de développement industriel dans une stratégie de réutilisation prioritaire du foncier existant (friches, zones d’activités…).Dans cette perspective, l’application de la séquence Éviter, Réduire, Compenser (ERC) constitue un cadre essentiel pour prévenir l’artificialisation des sols et les atteintes aux écosystèmes. Le respect de la chronologie de cette séquence permet de minimiser les impacts sur les sols, la biodiversité, la disponibilité et la qualité de l’eau :
- Éviter les atteintes aux milieux et aux services qu’ils fournissent en modifiant par exemple l’emprise du projet, sa localisation ou les techniques employées.
- Réduire les atteintes n’ayant pas pu être évitées. La réduction peut agir sur un impact identifié en diminuant sa durée ou son intensité ou son étendue.
- Compenser pour apporter une contrepartie aux effets négatifs d’un projet qui n’aurait pas pu être évité ou suffisamment réduit.
Trop souvent abordée sous l’angle de la compensation, elle doit retrouver sa logique initiale : éviter d’abord, en agissant dès la phase de planification territoriale. Éviter est la seule phase qui garantit aucune perte pour l’environnement. Concrètement, cela suppose d’intégrer l’évitement dans les documents d’urbanisme, les stratégies régionales d’aménagement ou les projets industriels d’envergure.Les mesures compensatoires, lorsqu’elles demeurent nécessaires, doivent s’accompagner d’un suivi écologique renforcé et reconnaître que la perte d’un écosystème ne peut être intégralement compensée. Il reste en effet essentiel de considérer que les espaces impactés sont des milieux naturels, vivants et que la compensation quelle qu’elle soit ne peut remplacer un écosystème touché voire détruit. Des suivis doivent accompagner les mesures compensatoires pour des retours d’expériences.La réindustrialisation doit ainsi s’accompagner d’une gouvernance territoriale forte, s’appuyant sur une innovation placée au service de la sobriété foncière et matérielle dans les stratégies d’aménagement et d’investissement.
Mobiliser l’innovation sociale et territoriale
L’économie circulaire : un moteur d’innovation et de sobriété
Enfin, l’innovation au service de la sobriété dépasse le cadre strictement technologique. Elle inclut les démarches d’éco-conception, de réemploi, de recyclage et plus largement toutes les approches de circularité des ressources. Elle se manifeste aussi dans l’innovation sociale et organisationnelle, par la mutualisation, la coopération locale mais elle peut aussi aller plus loin en proposant de nouvelles organisations du travail par exemple.
L’économie circulaire qu’est-ce que c’est ?98
L’économie circulaire consiste à produire des biens et des services de manière durable en limitant la consommation et le gaspillage des ressources et la production des déchets. Ce modèle repose sur la création de boucles de valeur positives à chaque utilisation ou réutilisation de la matière ou du produit avant destruction finale. Il met notamment l’accent sur de nouveaux modes de conception, production et consommation, le prolongement de la durée d’usage des produits, l’usage plutôt que la possession de bien, la réutilisation et le recyclage des composants.

Actuellement ces démarches ont encore du mal à émerger et révèlent quelques limites.Pendant du technosolutionnisme adapté à l’économie circulaire, le recyclage des déchets doit être envisagé lorsque son efficacité est démontrée et au regard des capacités de recyclage de la matière. Le recyclage des métaux illustre bien les limites actuelles des technologies au service de la circularité. Si les métaux présentent théoriquement l’avantage d’être recyclables à l’infini sans perte majeure de propriétés, le recyclage effectif montre une autre réalité. Le tableau ci-dessous (Figure 40) montre la proportion du métal contenu dans les produits en fin de vie qui est récupéré et réintroduit dans un cycle d’utilisation équivalente (avec la même fonctionnalité). Les taux effectifs de recyclage varient énormément selon les métaux et seuls quelques-uns atteignent des taux élevés (fer, aluminium, cuivre, plomb).
Figure 40 — Taux de recyclage effectif des métaux selon le tableau périodique des éléments

Source: UNEP / Recycling rates of metals 2011; correction sur Ti
En cause principalement la diversité des alliages, la miniaturisation des composants (notamment dans les équipements électroniques) et la dispersion des usages (produits cosmétiques, peintures, encres, usages agricoles, papier…), qui limitent aujourd’hui l’efficacité du recyclage. Les taux de récupération demeurent ainsi faibles pour certains métaux stratégiques ou rares — comme le lithium, le cobalt, le nickel ou les terres rares — essentiels à la transition énergétique et numérique.
Bien qu’il existe de nouvelles pistes d’innovation, comme la biolixiviation (ou lixiviation biologique)99, l’empreinte écologique du recyclage est également à prendre en considération car certains processus sont proches du raffinage et sont générateurs d’externalités négatives.Une autre difficulté dans le développement de l’économie circulaire tient à l’augmentation de l’usage des matériaux biosourcés pour lesquels les outils financiers ne sont pas adaptés.À titre d’exemple, le coût important de traitement des déchets du bois issus des produits et matériaux de construction du secteur du bâtiment a été répercuté dans le nouveau barème de l’écocontribution. Le coût de traitement des déchets du bâtiment est ainsi beaucoup plus élevé pour le bois que pour le béton (23 euros pour une tonne de bois contre 3,50 euros seulement pour une tonne de béton). Ce coût se répercute nécessairement sur les prix du bois de construction. La conséquence directe sera une baisse des ventes du bois d’œuvre et une augmentation de l’utilisation du béton, alors même que le bois d’œuvre présente des avantages écologiques évidents.Ainsi, la transition vers une économie réellement circulaire suppose en partie de perfectionner les technologies existantes, de développer les usages circulaires, comme la réparation, le réemploi, le rétrofit 100, le surcyclage 101 ou encore la mutualisation en développant une économie de la fonctionnalité, et de prévoir des mesures législatives, règlementaires et fiscales adaptées aux ambitions.
L’industrie redevient une start-up
Extrait de Pivoter vers une économie circulaire 102
« L’industrie a besoin de réinventer ses modèles économiques. À l’image des startups, l’industrie doit entrer dans une nouvelle phase d’exploration et d’innovation pour créer des formes de valeur qui tiennent compte des limites planétaires. L’économie circulaire représente une opportunité de créer des propositions de valeur innovantes, permettant de se différencier sur son marché, d’anticiper les contraintes réglementaires et de réduire son impact environnemental ».
Les démarches d’écologie industrielle et territoriale
Enfin, en termes d’innovation territoriale, les démarches d’écologie industrielle et territoriale (EIT) sont à valoriser et à développer. Il s’agit d’un des sept piliers de l’économie circulaire. Selon l’ADEME, « l’Écologie Industrielle et Territoriale est un modèle économique qui permet d’optimiser les ressources à l’échelle d’un territoire pour porter les principes de l’économie circulaire tout en contribuant au développement économique ». Les démarches d’EIT constituent un véritable levier d’action territoriale : elles reposent sur la mise en réseau d’entreprises autour d’objectifs communs de réduction des déchets, d’économie de ressources et de mutualisation d’équipements.
FOCUS INITIATIVE 6 :
La démarche d’Eit dans le Sud Vienne
Présentation de l’entreprise :
Nom de l’entreprise : Lamécol Ville : Lhommaizé Département : Vienne Nombre d’adhérents : 186 entreprises
Initié en 1986, le Club des entrepreneurs du Sud Vienne a pour ligne directrice la représentation et l’information des chefs d’entreprises du territoire et l’ambition de participer activement à la dynamisation économique du Sud Vienne. En 2023, il a participé à la création d’une démarche d’EIT qui permet entre autres de récupérer à l’échelle du territoire, les déchets plastiques provenant du changement des compteurs électriques (lors du changement pour passage au compteur intelligent). Un plasturgiste du Sud Vienne broie ces déchets plastiques et en fait des billes qui sont ensuite utilisées par une autre entreprise du territoire qui fabrique des dalles plastiques et des clés de compteurs.
Au-delà de ce projet emblématique, les adhérents s’inscrivent dans une démarche de sobriété et organisent à l’échelle du territoire des actions en lien avec l’économie circulaire (matériauthèque, ressourcerie par exemple).
Points forts du projet :
- Une entreprise moteur : la centrale nucléaire de Civaux qui est investie dans le Club et fait travailler des acteurs du territoire. Elle joue un rôle d’incitateur auprès des TPE et PME du territoire.
Les autres facteurs de réussite identifiés:
- Une fédération de 186 entreprises qui facilite l’insertion dans le tissu local.
- Un travail de mise en réseau et d’accompagnement.
En définitive, la sobriété, souvent perçue comme une contrainte, peut au contraire devenir une véritable opportunité pour repenser nos façons de produire, de consommer et d’aménager les territoires. Elle invite à revoir nos usages des ressources, à mieux planifier leur partage, et à encourager des formes d’innovation plus sobres, qu’elles soient technologiques, sociales ou territoriales. Ces démarches reposent sur des coopérations nouvelles entre acteurs économiques, collectivités et citoyens, dans une logique d’efficacité et de respect du vivant. Plutôt qu’un frein, la sobriété peut ainsi devenir un moteur de transformation positive, capable de stimuler la créativité et d’inciter les acteurs économiques à inventer de nouveaux modèles de production, de consommation et de gouvernance.
» PRÉCONISATIONS
Faire de la sobriété un moteur d’innovation
34. Ancrer davantage les mesures compensatoires dans les projets de territoire en associant les habitants. Éviter ou réduire l’artificialisation reste une priorité. Ces mesures lorsqu’elles existent, concernent en premier lieu le territoire et ses habitants, elles ne doivent donc pas être vécues dans une temporalité détachée des réalités locales.
35. Orienter les investissements en faveur de l’innovation vers l’évolution de procédés qui accompagnent la sobriété.
36. Impulser des mesures visant un objectif de sobriété en matière de transport aérien en conditionnant le soutien régional aux aéroports.