📄 Fiche initiative 4 : La décarbonation des zones industrialo-portuaires de Bordeaux
Présentation de l’association
Nom de l’entreprise : BEES-ZIP (Bordeaux Énergies Eau Environnement Synergies en Zone Industrielle et Portuaire) Ville : Bassens Département : Gironde Nombre de structures fondatrices et adhérentes : 6 — Grand Port Maritime de Bordeaux, Bordeaux Métropole, Michelin, Sarp Industries Aquitaine et Pyrénées (SIAP), EDF et TEREGA. Objet de l’association : aider et mettre en œuvre toute action qui participera à créer une dynamique collective favorisant le développement économique, social et environnemental dans les zones industrialo-portuaires de Bordeaux et des zones géographiques à proximité.
Présentation du projet de transition
En 2024 l’association a été lauréate de l’appel à projet lancé par l’ADEME (France 2030) afin de travailler sur des Zones Industrielles Bas Carbone (ZIBAC) et de financer des études collectives dans l’objectif de décarboner l’industrie.Le port et toute la zone économique voient leurs activités aujourd’hui basées sur les hydrocarbures, décliner. Cette reconversion représente donc un véritable relais de développement essentiel pour la survie de l’activité industrielle dans cette zone et pour le maintien des emplois.Les 6 structures regroupées autour de ce projet ont plusieurs objectifs : à court terme, travailler sur les sujets de sobriété et de capture de CO2 et à plus long terme, il s’agira d’aborder les sujets des infrastructures de production d’hydrogène et de réutilisation dans les processus industriels du CO2 capté.
Historique de la démarche
Le 1er projet à la genèse de cette association est la réponse à l’appel à projets de l’ADEME qui consiste en un financement à 50 % (soit 1,5 M€) d’études de décarbonation. 11 projets ont été sélectionnées par l’ADEME en France à ce stade. Le projet de l’association se situe en 5ème position en termes d’émissions de CO2 (2,6 Mt CO2/an = 0,9 Mt CO2 fossile, 1,7Mt CO2 biomasse — Smurfit, Méthaniseurs). À titre de comparaison, les premières zones émettrices sont Dunkerque et Fos-sur-Mer, à plus de 10 Mt de CO2/an.La particularité de la ZIBAC « Bordeaux Presqu’ile » est que ses émissions sont diffuses et réparties entre les différentes industries présentes (au contraire de Fos-sur-Mer et Dunkerque où les établissements d’Arcelor Mittal concentrent la grande majorité des émissions).Le projet vise une réduction de 93 % des émissions CO2 d’ici 2050 (par rapport à 2019) ce qui nécessite de :
- Réduire les émissions fossiles ou de process.
- Utiliser le CO2 biogénique ou des procédés « CCUS » (acronyme anglais pour Carbon Capture, Utilisation and Storage), qui visent à capter les émissions de CO2.
Étapes de mise en œuvre
Le projet en est à ses débuts car l’association a été créée en décembre 2023. Les premières phase de développement du projet se concentreront sur les axes visant la sobriété et la capture de CO2. À moyen terme, l’association abordera les sujets liés aux infrastructures Hydrogène et à la réutilisation du CO2 capté pour les process industriels.Au total, 21 actions et études ont été identifiées et financées et sont réparties selon 5 axes : gouvernance et coordination, économie circulaire, CCUS, infrastructures et logistiques et développement territorial.
Facteurs de réussite identifiés
- La réglementation européenne imposant une augmentation régulière du taux de E-SAF dans l’aviation civile. Le carburant peut être issu du CO2 capté dans la zone portuaire, notamment celui issu de la biomasse (Papeterie Biganos) combiné avec le H2 fatal aujourd’hui « perdu » dans l’une des entreprises de la zone.
- L’ADEME a imposé dans son appel à projets la recherche de synergies qui ont conduit à la création de cette association, c’est un facteur de réussite identifié par l’association./li>
- Foncier : il n’y a pas de problématique ZAN car la zone est incluse au niveau national dans les quotas d’artificialisation autorisés par l’État.
Freins identifiés
- Thématique CCUS — Captage, Stockage et Réutilisation du CO2 émis. Le captage ne pose pas de problème, il relève de technologies accessibles et viables techniquement et financièrement, en revanche : - Le stockage (enfouissement) de CO2 coûte très cher : 300 €/t pour l’acheminer et le stocker en Norvège, alors que la taxe carbone est aujourd’hui à 70 €/t. Ce modèle est rédhibitoire. - La réutilisation du CO2 capté en sortie de process industriel est aujourd’hui non viable économiquement par rapport aux autres sources actuelles de carbone. L’essor de ce domaine ne sera possible qu’avec une politique stratégique nationale et européenne sur le sujet (fiscalité principalement).
- Transports/Acheminement du CO2 capté. Les pipelines, ou le ferroviaire auront forcément un rôle important à jouer. Le transport routier ne pourra pas absorber tout le flux.
- Concernant le prix des E-SAF : un carburant de synthèse basé sur du CO2 capté est aujourd’hui bien plus cher qu’un bio-carburant produit en Amérique du Sud à partir de cultures générant une déforestation.
- La réutilisation de l’eau : c’est un process qui est facile au sein de chaque entreprise mais difficilement réalisable entre plusieurs entreprises.
- Acceptabilité des riverains : l’une des études cofinancées par ADEME portera sur des travaux universitaires sur l’acceptabilité : comment expliciter auprès des riverains une nouvelle problématique dès son apparition plutôt qu’ils l’apprennent par voie de presse par exemple ? Comment mieux identifier ce qui les préoccupe et leur répondre au mieux (risques inondation/pollution ? artificialisation ? …).
- Le coût d’adhésion à l’association semble difficilement accessible pour une PME. Elle ne pourra se tourner que vers des aides individuelles pour entamer une démarche de transition.
- Le manque de stratégie nationale claire sur le développement de l’hydrogène.
Conclusion/observations
Afin d’assurer la bonne mise en œuvre des actions, l’association, au moment de l’audition, était en train de recruter un responsable de projet. Des contacts ont également été pris pour rassembler d’autres industriels tels que l’aéroport ou des entreprises du secteur de l’aéronautique.
Audition réalisée par : Jérémy COULOUMY et Pascal LEFÈVRE