📄 Fiche initiative 5 : La transition hydrique de l’entreprise Finimétaux
Présentation de l’entreprise
Nom de l’entreprise : Finimétaux Ville : Limoges Département : Haute-Vienne Nombre de salariés : 90 à 95 Surface foncière occupée : 5 000 m² depuis 2014 (500 m² en 1980 lors de la création de l’entreprise) Description de l’activité : traitement de surface des métaux essentiellement pour le secteur de l’aéronautique et de la défense
Présentation du projet de transition
Historique de la démarche
Le processus de traitement des métaux, avec les procédés utilisés par Finimétaux (traitement en milieu humide) est fortement consommateur d’eau. L’eau est achetée au réseau d’eau public. Depuis 1980, les eaux en sortie d’usine étaient envoyées vers une station d’épuration sur le site, gérée par l’entreprise. Après traitement, elles étaient rejetées dans la rivière de la Valoine, un affluent de la Vienne, dont le cours passe à proximité immédiate de l’usine. Mais une problématique est survenue récemment, compromettant la poursuite de ces rejets dans la rivière : depuis déjà plusieurs années, le débit de la Valoine a tendance à nettement baisser. En 2018, les services de la DREAL ont lancé une alerte : le niveau de la Valoine était si faible que l’entreprise est « passée à deux doigts » de ne plus avoir l’autorisation de rejeter ses eaux traitées dans la rivière. Ce scénario serait très grave pour l’entreprise puisque cela nécessiterait de stopper la production. Cette alerte de 2018 a incité M. GRELLETY à mettre en place une solution technique pour que la production puisse se poursuivre sans être tributaire de cette incertitude du débit de la Valoine : le choix se porte sur le passage de l’entreprise en Zéro Rejet Liquide ce qui signifie concrètement que plus rien ne serait rejeté dans la rivière.
Étapes de mise en œuvre du projet
La décision est prise en 2021, suite à une conjonction de facteurs favorables : le contact décisif est celui avec l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne, qui accepte de financer le projet à hauteur de 80 %. Cette aide était indispensable : le montant du projet pour passer en Zéro Rejet Liquide est estimé à 2,7 millions d’euros, alors que le chiffre d’affaires annuel de l’entreprise était alors d’à peine 5 millions d’euros. Les 20 % restant ont été financés par Finimétaux, ce qui reste un effort financier conséquent pour l’entreprise.
Le projet vient tout juste de se concrétiser : l’installation technique du dispositif pour passer en Zéro Rejet Liquide s’est achevée fin avril/début mai 2025, après 6 mois de travaux. Lors de l’entretien, le 2 juin 2025, cela faisait tout juste un mois que le nouveau dispositif fonctionnait et il était encore en stade de « rodage ».
Facteurs de réussite identifiés
Outre l’aide financière décisive apportée par l’Agence de l’Eau Loire Bretagne, les autres facteurs de réussite identifiés ont été :
- Un soutien dans le cadre de France Relance. La Banque Publique d’Investissement est également intervenue pour que l’entreprise puisse supporter l’avance de trésorerie liée au projet dans le cadre d’un crédit-relais.
- La possibilité de pouvoir travailler avec la société Callisto, basée à Limoges. Cette société, spécialisée dans le traitement de l’eau, intervient pour prendre en charge les projets de traitement de l’eau d’entreprises de toutes tailles et des collectivités locales. Après 35 années d’existence, l’expertise de cette société est aujourd’hui reconnue. M. GRELLETY a également été convaincu par la prestation de Callisto auprès d’ATS pour la faire passer en Zéro Rejet. Comme Finimétaux, l’entreprise ATS est membre du GIE TEGMA. ATS ayant une activité complémentaire à celle de Finimétaux mais à plus petite échelle, cela a constitué une preuve par l’exemple très rassurante pour un aussi gros défi technique.
- L’indépendance de Finimétaux, qui a facilité la prise de décision pour ce projet d’ampleur.
Freins identifiés
- Financier, avec un montant d’investissement très lourd par rapport à la taille de l’entreprise. Le frein a été levé grâce à l’intervention de l’Agence de l’eau.
- Difficulté à concilier la continuité de la production avec les travaux d’installation du dispositif Zéro Rejet. Finalement, et avec du recul, l’installation étant achevée, cette phase critique qui a duré environ 6 mois, s’est bien passée grâce à la vigilance et la compétence du personnel.
Enfin, sans que cela constitue réellement un frein, ce passage au Zéro Rejet Liquide s’accompagne d’une interrogation : pour éliminer les substances polluantes, Finimétaux va désormais, par un processus d’évaporation, sur-concentrer les déchets ultimes pour en confier ensuite le traitement à Véolia et Suez. Deux camions citernes remplis de ces déchets ultimes, partiront ainsi chaque mois de Finimétaux, pour être traités par incinération à Bordeaux dans le cas de Véolia. Ainsi, d’un point de vue environnemental, si la protection du milieu aquatique est désormais pleinement prise en compte, d’autres problèmes émergent : augmentation du bilan carbone dû au transport des déchets par camion, question de la qualité des rejets atmosphériques lors de l’incinération…
Liens avec la filière et le tissu entrepreneurial local
L’entreprise Finimétaux est intégrée dans la filière métallurgique nationale, avec des clients tous situés en métropole. Certains des clients sont même locaux, comme SAFRAN à Nexon (87). Les liens avec d’autres entreprises locales ont eu une importance majeure dans l’émergence du projet de transition de Finimétaux :
- Liens très étroits avec les autres entreprises du GIE TEGMA et notamment avec ATS, passée en zéro rejet liquide juste avant Finimétaux.
- Le lien avec la société Callisto : intervenue pour le passage en Zéro Rejet Liquide pour ATS, cette entreprise, limougeaude elle-aussi, à l’expertise reconnue dans le milieu du traitement de l’eau. Ce lien a constitué un élément important dans le choix de Finimétaux.
Conclusion/observations
Dans quelle mesure cette démarche est-elle réplicable et à quelle échelle ?
La généralisation de ce type de démarche repose, notamment, sur les deux questions suivantes :
- La question du financement de l’investissement : si le passage au Zéro Rejet Liquide peut être plus facilement accessible financièrement pour des grandes entreprises, pour des entreprises de taille moyenne comme Finimétaux, cela reste prohibitif. La généralisation de ce type de démarche dépendra donc de l’accompagnement financier que les pouvoirs publics pourront apporter.
- La question environnementale : comme vu précédemment, si la démarche constitue une solution radicale et très efficace pour la protection de la ressource en eau et du milieu aquatique, elle soulève des interrogations par rapport à la gestion des déchets ultimes.
Ce projet peut être fortement inspirant pour d’autres entreprises concernées par la même problématique de rejet d’eaux usées dans le milieu aquatique. Un autre point fort de ce passage au Zéro Rejet Liquide réside dans l’économie d’eau escomptée. Avec une consommation d’eau d’environ 20 000 m3 d’eau par an pour Finimétaux, ces dernières années (achetées au réseau public), c’est un point important. Le nouveau dispositif doit permettre d’économiser beaucoup d’eau, puisque le taux de recyclage de l’eau visé est de 90 %. Enfin il est intéressant de noter que dans les salons d’affaires, l’environnement n’est pas un sujet et certains groupes n’ont pas vu d’un bon œil l’augmentation des prix qu’a dû appliquer Finimétaux. Un contre-exemple : le groupe SAFRAN continue à faire appel aux services de Finimétaux, en partie grâce à son ambition environnementale.