1.2 Réindustrialiser la Nouvelle-Aquitaine : potentiel et limites
L’industrie manufacturière en Nouvelle-Aquitaine
Les données relatives à l’emploi industriel et au nombre d’établissements en Nouvelle-Aquitaine sont issues de la base de données FLORES qui permet d’avoir une tendance avec une maille assez fine tant au niveau géographique que sectoriel, à défaut d’avoir des données très récentes.
Les données sont celles obtenues au 31 décembre 2023 et selon une géographie communale au 1er janvier 2025.
L’emploi industriel en Nouvelle‑Aquitaine
Fin 2023, l’emploi salarié de l’industrie manufacturière représentait environ 11 % de l’emploi en France. La proportion est équivalente en Nouvelle-Aquitaine avec 239 490 emplois comptabilisés pour le secteur sur la même période (Figure 8).
Figure 8 — Part de l’emploi par secteur industriel sur l’emploi total (FLORES, 2023).
En termes d’emplois en Nouvelle-Aquitaine, les trois secteurs d’activité les plus représentés sont :
- le secteur de l’agro-alimentaire, avec au premier plan les industries alimentaires qui représentent 89 % de l’emploi de ce secteur, soit 23 % de l’emploi industriel en Nouvelle‑Aquitaine ;
- le secteur de la fabrication de matériel de transport, représenté à 59 % par le secteur de la construction aéronautique et spatiale 33 ;
- le secteur bois, papier dont la fabrication d’articles en bois (placage et panneaux bois, charpentes, emballages bois…), représente près de 50 % de l’emploi du secteur 34.
Figure 9 — Répartition de l’effectif salarié par zone d’emploi selon ses trois secteurs industriels majoritaires en 202435. La zone d’emploi est colorée en fonction du 1er secteur dominant.

Source : données FLORES, traitement CESER Nouvelle-Aquitaine.
En termes de nombre d’établissements, les secteurs de l’agro-alimentaire et du bois, papier figurent une fois encore dans les secteurs majoritaires (Figure 10).
Figure 10 — Répartition du nombre d’établissement de plus de 10 salariés par secteur industriel en Nouvelle-Aquitaine (2023).

Source : données FLORES, traitement CESER Nouvelle-Aquitaine.
1er secteur majoritaire en termes d’emploi et d’établissements, l’agro-alimentaire est représenté sur l’ensemble du territoire et est majoritaire dans 67 % des zones d’emploi. Cela s’explique en partie par le fait que la Nouvelle-Aquitaine est la 1ère région agricole de France. Les entreprises agro-alimentaires régionales transforment 70 % de la matière première agricole régionale. 33 % de l’agro-alimentaire régional dépend de coopératives agricoles 36.Le bois-papier est le deuxième secteur régional en cumulant les données d’effectif salarié et du nombre d’établissements. C’est un secteur majoritaire uniquement dans trois zones d’emplois, mais il est néanmoins très présent sur l’ensemble du territoire. 1er territoire forestier de France, la région possède des massifs forestiers importants qui expliquent la forte représentation du secteur notamment dans les Landes et dans le Limousin. Il faut ajouter à cela, l’importance de la filière viticole qui justifie notamment les chiffres importants dans le Cognaçais. 20 % de l’emploi du secteur bois sur cette zone relève de la tonnellerie nécessaire à la production du cognac.En revanche, si le secteur des matériels de transport est majoritaire en nombre d’emplois, il ne l’est pas en nombre d’établissements (Figure 11). C’est le secteur de la métallurgie qui est le deuxième secteur le plus représenté en termes de nombre d’établissements. L’écart entre le nombre de salariés et le nombre d’établissements en ce qui concerne les matériels de transport, principalement le secteur de la construction aéronautique et spatiale, peut s’expliquer par le fait que, contrairement aux autres secteurs, 22 % des établissements recensés comptent plus de 200 salariés. À l’inverse, l’agro-alimentaire, la métallurgie et le bois-papier sont principalement représentés par des PME (environ 90 % des établissements de ces secteurs comptent moins de 100 salariés et plus de 40 % comptent moins de 20 salariés).
Figure 11 — Répartition des établissements industriels par tranches d’effectifs et par secteur industriel (2023)

Source : données FLORES, traitement CESER Nouvelle-Aquitaine.
Cela reflète globalement la configuration régionale : 95 % des établissements industriels régionaux comptent moins de 100 salariés.
La dynamique de réindustrialisation en Nouvelle-Aquitaine
Un des indicateurs permettant d’évaluer la dynamique industrielle est celui du nombre d’ouvertures nettes. La Nouvelle-Aquitaine maintient un solde positif sur trois années consécutives et arrive en deuxième position nationale. Selon le baromètre industriel publié par l’État37, en 2024, 36 sites industriels ont ouvert ou connu une extension significative, tandis que 12 sites industriels ont fermé ou réduit significativement leur appareil de production (Figure 12). Les secteurs de l’industrie verte, de la chimie, de la santé et de la mécanique sont particulièrement représentés parmi les ouvertures et extensions.
Figure 12 — Cartographie régionale des ouvertures nettes en 2024.

Source : chiffres Préfecture de Nouvelle-AquitaineBaromètre industriel de l’État — Nouvelle-Aquitaine — 2025
Avec 24 ouvertures nettes d’usines, la Nouvelle‑Aquitaine est la deuxième région qui ouvre le plus de sites industriels en 2024, dans la continuité de 2022 (+ 41) et 2023 (+ 30).
Après deux fortes années témoignant d’une réindustrialisation en hausse, le premier semestre 2024 montre une décélération qui se prolonge néanmoins en 2025 pour le troisième trimestre consécutif, en cohérence avec les prévisions nationales. La dynamique est positive en 2024 grâce aux extensions d’usines existantes et se prolonge au deuxième trimestre 2025 avec une augmentation de 7 % du nombre de créations d’entreprises industrielles, une hausse plus marquée qu’au niveau national (+ 3 %).Il est toutefois important de noter que les ouvertures nettes n’expliquent pas à elles seules la dynamique industrielle à l’œuvre sur le territoire. Les chiffres sont à mettre en relation avec les récentes évolutions de l’emploi pour lequel on note un repli au deuxième trimestre 2025, de façon inégale selon les secteurs : le repli de l’activité persiste dans la fabrication de biens d’équipement et dans « les autres branches industrielles ». À l’inverse, l’activité reste dynamique dans la fabrication de matériels de transport (+ 2,7 % sur un an), même si les effectifs sont, de manière inhabituelle, en légère baisse en milieu d’année 202538. Ces dynamiques économiques, ajoutées au contexte international récent, imposent aux décideurs d’orienter localement des politiques qu’ils estiment les plus adaptées pour maintenir l’activité et l’emploi sur le territoire.
La stratégie régionale de réindustrialisation
La Région Nouvelle-Aquitaine décline, à travers son Schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII) 2022‑2028, une série d’ambitions pour faire de la Nouvelle‑Aquitaine la 1ère région écoresponsable de France en 2030, décarbonée, compétitive, sociale et souveraine. Un des objectifs est de relocaliser les productions à valeur ajoutée en région et de retrouver une souveraineté industrielle.
Les trois priorités de la stratégie sont les suivantes :
- Accélérer les transitions au service de la compétitivité économique et de l’emploi notamment en accélérant les transitions par le soutien à la transition énergétique et la sortie des énergies fossiles de l’économie et en mettant l’économie circulaire au service des transitions et de la souveraineté des entreprises.
- Renforcer la souveraineté régionale par l’innovation responsable en consolidant et en développant le tissu existant au service de la pérennisation et de la création d’emplois, en accompagnant les acteurs industriels du territoire dans leurs transitions et pour rompre leur isolement.Placer l’humain et l’équilibre des territoires au cœur du développement en encourageant les territoires et les entreprises à proposer un cadre de vie répondant aux attentes et besoins de la population.
La mise en œuvre de cette stratégie repose sur des grands principes directeurs au premier plan desquels figure l’innovation présentée comme un levier clé de réponse aux transitions.
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L’industrie manufacturière en Nouvelle-Aquitaine
Fin 2023, l’industrie manufacturière représente 11 % de l’emploi régional avec une prédominance des secteurs de l’agro-alimentaire, du bois-papier et de la fabrication de matériels de transport. Les PME constituent environ 95 % du tissu industriel régional même si la région est dotée de grands donneurs d’ordre comme dans l’aéronautique ou la chimie. Malgré une stratégie régionale ambitieuse, l’évolution récente de l’environnement économique devenu morose et difficile, augmente le risque que la transition écologique ne se fasse pas à la vitesse requise. Les données sur les émissions de GES en France pour 2025 (CITEPA) confirment le ralentissement déjà observé en 2024, soit une réduction de seulement 1 % très insuffisante au regard des 5 % à réaliser pour atteindre l’objectif cible de — 55 % d’ici à 2030 par rapport à 1990. Outre les grands défis économiques identifiés, la réindustrialisation pose également un certain nombre de limites sur le territoire.
Le potentiel socio-économique de développement industriel de la Nouvelle-Aquitaine
Les principaux besoins et contraintes des industriels
En mai 2024, Bpifrance a mené une étude sur la réindustrialisation de la France croisant les attentes des citoyens, des chefs d’entreprises (PME et ETI) et apportant un regard sur le potentiel de développement industriel des territoires. Cette étude a ensuite été déclinée pour chaque région de France métropolitaine 39.Pour estimer ce potentiel, elle se base sur une série de 33 critères établis selon les besoins identifiés des industriels et regroupés en cinq grandes familles : le capital physique (disponibilité en foncier et présence d’infrastructures logistiques), le capital écosystémique (présence d’un écosystème industriel, de dispositifs « Territoires d’industrie »), le capital humain (présence de main d’œuvre qualifiée sur le territoire), le capital qualité de vie (facilités de mobilité, solde migratoire, facilité d’accès aux soins, services et équipements) ainsi que le capital environnemental (exposition aux risques de sécheresses, inondations, retraits/gonflements des argiles, incendies et vagues de chaleur).
En Nouvelle-Aquitaine comme en France, les dirigeants sondés prévoient majoritairement de faire croître leur chiffre d’affaires dans les trois prochaines années. Dans 57 % des cas, leur stratégie s’articule autour d’un projet de nouvelle implantation. Sur les 192 industriels néo-aquitains sondés, 93 ont exprimé avoir un projet d’implantation qui peut prendre plusieurs formes : projet d’extension de site, création de nouvelles installations, déménagement ou encore relocalisation de sites en France.L’exposition aux risques naturels arrive en 4ème position dans la liste des freins au développement de projets industriels, ce qui montre que la préoccupation est importante. L’étude montre que la région est particulièrement exposée à certains risques, principalement liés aux aléas climatiques (sécheresses, inondations, retrait/gonflement des argiles, incendies, vagues de chaleur sont pris en compte). Au-delà de l’indice de résilience du territoire, il est important d’observer que ces risques varient en intensité d’une part selon les périodes de l’année et, d’autre part, selon les territoires néo-aquitains qui possèdent leurs caractéristiques environnementales propres 40. Selon un rapport de France assureurs de 202141, cinq départements concentrent à eux seuls deux tiers de la hausse de la sinistralité : la Haute‑Garonne (23 %), la Gironde (19 %), les Bouches-du-Rhône, le Tarn-et-Garonne et le Tarn (8 %).Néanmoins, afin de mener à bien ces projets, les industriels interrogés identifient un certain nombre de freins qui pourraient entraver leur développement (Figure 13). La pénurie de compétences, la raréfaction du foncier ainsi que le manque d’infrastructures adaptées, sont les trois principaux freins identifiés.
Figure 13 — Résultats de l’enquête BPI France sur les freins locaux aux projets industriels

Source : Entreprises : enquête Bpifrance Le Lab auprès de 2 828 dirigeants d’entreprises industrielles. Les industriels de Nouvelle-Aquitaine représentent 192 personnes.
Pour répondre à ces préoccupations, la Nouvelle-Aquitaine dispose pourtant d’un certain nombre d’atouts qui doivent toutefois être nuancés.
Des atouts productifs régionaux contraints
De façon globale, l’écosystème industriel néo-aquitain est en bonne santé et s’appuie sur plusieurs donneurs d’ordres, c’est-à-dire des entreprises structurantes, situées en amont des filières, qui peuvent jouer un rôle moteur et exercer un effet d’entraînement économique sur l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur.En ce qui concerne la question des compétences, la région disposerait d’un « vivier de talents » mais qui seraient concentrés autour des grandes agglomérations. Bordeaux, Limoges, Poitiers, Bayonne et Angoulême qui hébergent des IUT, forment la moitié des diplômés en région. Cette hétérogénéité se retrouve sur l’attractivité résidentielle régionale. Certaines zones d’emploi sont très bien reliées aux commerces et services quand certaines en sont quasiment dépourvues. Néanmoins, si l’effectif de personnes en formation semble en adéquation avec le volume estimé en besoins de recrutement, les industriels déplorent une pénurie de compétences.Ce paradoxe peut s’expliquer par le fait que 50 % des débutants formés aux métiers industriels ne se dirigeront pas vers un emploi dans ce secteur 42. Un autre atout régional est la ressource foncière. La région Nouvelle-Aquitaine est en effet pourvue en foncier mais sans qu’il soit toutefois immédiatement disponible. Pour 61 % des dirigeants, leurs besoins en foncier sont évalués à moins de 2 hectares (ha). Seuls 4 % déclarent avoir besoin de plus de 10 ha. En Nouvelle-Aquitaine, les sites clés en main identifiés représentent 496 ha mais certains ne seront pas disponibles avant 2027 et ils sont tous concentrés sur quatre zones d’emploi. Le foncier économique représente quant à lui 133 ha mais certains sites nécessitent préalablement des travaux de réhabilitation et de dépollution.La Nouvelle-Aquitaine dispose d’une grande variété de socio-écosystèmes (Figure 14 au dos) qui lui confèrent de nombreux atouts productifs en termes d’accès aux ressources naturelles. Les socio-écosystèmes « prennent en compte les activités socio-économiques faisant usage, directement ou non, des ressources naturelles disponibles » 43.On peut les répartir en 6 catégories :
- Plaines agricoles : la région est le 1er espace européen en valeur de production agricole (part de l’agriculture deux fois plus élevée que la moyenne nationale), la 1ère région d’élevage (bovins-viande, caprins, ovins) et la 1ère région de France pour de nombreux fruits et légumes et pour de grandes cultures (maïs, tournesol).
- Vignes et vin : si la région est considérée comme le 3ème vignoble d’Europe, il faut néanmoins noter un recul de la superficie de la vigne en Gironde suite à la mise en place de plans d’arrachage qui ont pour objectif de restructurer le vignoble. Entre les récoltes 2023 et 2024, la Gironde a perdu plus de 8 500 ha de vignes en production et pourrait en perdre près de 18 000 ha, représentant environ 18 % de la surface en production pour la récolte 202544.
- Forêts et bois : la Nouvelle-Aquitaine est la 1ère région boisée de France avec près de 3 millions d’hectares de forêts (soit 34 % du territoire régional), dont la moitié est localisée sur les départements des Landes, de la Gironde et de la Dordogne. Elle concentre une grande diversité d’essences et de peuplements (pin maritime des Landes de Gascogne, hêtraies des Pyrénées, douglas et sapins épicéas du Limousin, chênaies de Dordogne et du Poitou). 90 % de la surface forestière est détenue par des propriétaires privés.
- Milieux aquatiques : la région est caractérisée par son littoral, ses îles et ses nombreux cours d’eau et rivières qui mêlent activités conchylicoles, de pêche et activités récréatives. La région possède une forte attractivité touristique avec une offre complète (littoral, surf, montagne et sports d’hiver, pêche, préhistoire, golf, thermalisme, randonnée…).
- Milieux urbains et artificiels : les espaces artificialisés représentent environ 8 % de la superficie totale régionale dont la moitié est représentée par les espaces urbains, suivis par les infrastructures de transport (14 %)45.
- Prairies et pastoralisme : les prairies permanentes qui abritent les pratiques pastorales, sont principalement localisées en zone de montagne, dans les Pyrénées atlantiques et dans le Limousin. Ce socio‑écosystème compte aussi les milieux bocagers (Creuse et Deux-Sèvres) qui se caractérisent par la culture d’arbres fruitiers et l’élevage laitier.
Cela se traduit en termes d’emplois, où le secteur agro-alimentaire et le bois-papier arrivent en tête des secteurs d’activités industrielles les plus représentés en Nouvelle-Aquitaine.
Figure 14 — Répartition géographique des socio-écosystèmes de Nouvelle-Aquitaine (ARB 2019)

La diversité du mix énergétique néo‑aquitain : opportunités et limites
La Nouvelle-Aquitaine dispose d’un mix électrique particulièrement diversifié, associant énergies renouvelables, hydraulique et nucléaire. Cette combinaison constitue un levier stratégique pour les entreprises régionales, qui recherchent un approvisionnement à la fois décarboné, stable et compétitif.
Le mix électrique néo-aquitain, à 98 % sans émissions de CO2 et exportateur net 46, doit permettre au secteur industriel d’accélérer sa décarbonation, en premier lieu en électrifiant ses procédés, grâce aux solutions et aux outils industriels performants existants (les pompes à chaleur, la compression mécanique de vapeur, les fours et les chaudières électriques). L’électrification des procédés permet à la fois de répondre à l’enjeu climatique ainsi qu’à celui de la souveraineté énergétique et technologique.La Nouvelle-Aquitaine dispose d’un gisement important en matière d’électrification des usages de l’industrie 47, particulièrement concentrés dans les industries agro-alimentaires, du verre, du papier et de la chimie.Des atouts énergétiques majeursGrâce à un ensoleillement favorable, la région occupe la première place nationale en matière de production photovoltaïque. Selon les scénarios du Réseau de Transport d’Électricité (RTE), elle figure parmi les trois territoires au plus fort potentiel d’installation à l’horizon 2050. Elle bénéficie également d’un gisement de vent significatif, la plaçant parmi les cinq principales régions françaises pour la production éolienne. Ses ressources agricoles et forestières soutiennent, de surcroît, le développement du bois énergie et des bioénergies locales.L’hydroélectricité demeure une composante essentielle du mix régional. Deuxième source de production électrique après le nucléaire, elle est cependant limitée dans son expansion en raison de la variabilité climatique, notamment de la baisse de la pluviométrie. Les efforts se concentrent donc sur l’optimisation du parc existant.Le nucléaire occupe quant à lui une place structurante, avec les centrales du Blayais et de Civaux, qui assurent une production décarbonée, pilotable et continue. Cette production contribue directement à la stabilité du réseau national et à la sécurité d’approvisionnement.Une contribution nationale et européenne
L’électricité produite en Nouvelle-Aquitaine est majoritairement injectée dans le réseau national et participe aux échanges européens. Elle contribue ainsi à l’électrification des usages et à la réduction de la dépendance aux énergies fossiles. Cependant, la région reste encore dépendante à près de 60 % aux énergies fossiles (Figure 15). Les scénarios prospectifs, qu’ils soient établis par RTE ou NégaWatt, soulignent qu’aucune combinaison d’énergies décarbonées, renouvelables ou nucléaire, ne pourra compenser intégralement cette dépendance sans une réduction notable des consommations. La sobriété énergétique apparaît dès lors comme un levier prioritaire pour atteindre la neutralité carbone.
Figure 15 — Répartition des consommations régionales d’énergie finale à climat réel par énergie (2023)

Source : AREC Nouvelle-Aquitaine / Traitement : CESER Nouvelle-Aquitaine
Des leviers et contraintes à l’échelle régionaleLes marges de manœuvre locales pour ajuster la production à la consommation demeurent limitées. Le développement de l’autoconsommation et de la production partagée constitue néanmoins une voie complémentaire pour les entreprises, leur permettant de mieux maîtriser leurs coûts énergétiques et de renforcer leur autonomie, sans pour autant se substituer au réseau national.Dans ce contexte, le coût de l’électricité demeure un facteur déterminant pour la compétitivité industrielle. Bien que les tarifs français soient aujourd’hui revenus à des niveaux proches de ceux d’avant crise et figurent parmi les plus bas d’Europe, le prix de l’énergie reste un élément sensible pour de nombreuses entreprises, en particulier dans les secteurs à forte consommation. La maîtrise des coûts, qu’elle passe par l’efficacité énergétique, l’optimisation des contrats ou l’investissement dans la production locale, représente donc un enjeu économique majeur pour la région.Par ailleurs, la question du raccordement électrique constitue un obstacle significatif au développement industriel. Près des deux tiers des sites recensés par France Foncier+ comme potentiellement réutilisables pour des activités industrielles ne disposent pas encore de connexion au réseau 48. Les travaux nécessaires sont souvent coûteux, longs et susceptibles d’avoir des impacts environnementaux notables.
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Le potentiel socio-économique de développement industriel de la Nouvelle-Aquitaine
Le potentiel industriel de la Nouvelle-Aquitaine repose sur de réels atouts pour répondre aux principaux besoins exprimés par les industriels : un vivier de compétences en formation, une ressource foncière suffisante, des infrastructures structurantes et un écosystème productif diversifié. Pourtant, ces atouts peinent à se traduire en leviers pleinement opérationnels : les jeunes formés se détournent massivement des métiers industriels, le foncier reste difficilement mobilisable à court terme et les infrastructures sont concentrées dans les grandes agglomérations, laissant les autres territoires en marge. Quant aux ressources naturelles, bien que variées et utiles à de nombreux secteurs, notamment la ressource en eau, elles présentent elles aussi un certain nombre de limites qui pourraient à terme menacer les activités qui en dépendent.
Les limites régionales de l’accès aux ressources naturelles essentielles à la production
Bon nombre des activités productives néo-aquitaines, en particulier celles qui dépendent de ressources d’approvisionnement naturelles et locales, sont dépendantes de l’ensemble des services écosystémiques associés (1er point). Ces services sont assurés par une diversité écosystémique qui est aujourd’hui mise en péril par un certain nombre de pressions d’origine humaine (2ème point). Alors que la demande en ressources augmente et que leur disponibilité tend à diminuer, le risque de conflits d’usage se pose désormais sur l’ensemble des ressources naturelles productives (3ème point).
La dépendance des industries régionales aux services écosystémiques
Les services écosystémiques sont définis comme étant des « biens et services que les hommes peuvent tirer des écosystèmes, directement ou indirectement, pour assurer leur bien-être ». Le comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) reconnaît 4 types de services écosystémiques (Figure 16).
Figure 16 — Les quatre services écosystémiques

Au-delà de certaines limites, lorsque les écosystèmes sont détériorés, ils ne peuvent plus assurer ces fonctions, mettant parallèlement en péril les activités qui en dépendent.C’est le cas des activités industrielles qui sont largement dépendantes des ressources naturelles, d’une part, pour assurer leurs approvisionnements en matières premières (produits issus de l’agriculture, bois, minerais et minéraux, eau…) et, d’autre part, pour assurer le fonctionnement de leurs processus de production.
Exemple de la filière de transformation des prunes d’Ente49 :
En amont — services de support : la formation du sol
Sous l’action du climat (température, précipitations…) et de la biodiversité (micro-organismes, végétaux, champignons…), la roche mère est altérée ce qui permet la formation du sol sur plusieurs siècles.
En amont — services de régulation : la pollinisation et les apports en eau pour la croissance
Les pruniers dépendent d’insectes pour être pollinisés (abeilles, bourdons).Pour optimiser la croissance des fruits il faut éviter les sécheresses. Maintenir un couvert végétal, des boisements aux alentours et des haies améliorent l’infiltration des eaux, limitant le recours à l’irrigation.
Production — services d’approvisionnement : apports en eau
L’eau intervient à deux étapes de la production : pour le lavage puis pour la réhydratation des pruneaux.40 tonnes de pruneaux IGP sont produites par an en France, soit + 200 M€ de chiffre d’affaires en moyenne par an pour la filière.
Identité de la marque — services culturels : un héritage à préserver
La culture du prunier d’Ente remonterait au XIIème siècle. L’IGP des pruneaux d’Agen a été créée en 2002. Les entreprises transformatrices doivent impérativement se situer dans la zone restreinte délimitée dans le cahier des charges de l’IGP.
Aujourd’hui, 45 % du PIB régional dépend de la biodiversité alors qu’elle est en train de s’effondrer. L’IPBES50 estime que la planète risque de perdre 75 % de ses espèces en 500 ans si le rythme de disparition des espèces animales et végétales reste le même. Ce que les scientifiques qualifient de « 6ème extinction de masse », serait causée essentiellement par l’espèce humaine.
Des ressources naturelles sous pression
La biodiversité de Nouvelle-Aquitaine : un équilibre fragile qui se dégrade
La diversité écosystémique que nous venons d’aborder, regroupe les trois échelles d’étude de la biodiversité :
- La diversité génétique qui se situe à l’échelle du gène et qui désigne l’ensemble des gènes s’exprimant différemment entre individus d’une même espèce.La diversité spécifique, à l’échelle de l’espèce, qui désigne l’ensemble des différentes espèces vivantes d’un milieu (animaux, végétaux, champignons, bactéries, virus…).La diversité fonctionnelle, à l’échelle d’un groupe d’organismes, qui désigne la communauté du vivant qui a la même fonction écologique (exemple : les pollinisateurs).
Cet ensemble à la fois biologique et fonctionnel, assure l’intégrité de la biosphère, qui constitue une des limites planétaires actuellement largement dépassée à l’échelle mondiale et qui tend à s’accroître fortement en France métropolitaine. Cette limite planétaire est mesurée à travers deux variables de contrôle : l’indice de risque d’extinction d’espèces (qui varie de 0 à 1, 1 représentant le niveau de risque le plus élevé) et l’indice d’intégrité de la biodiversité qui permet entre autres d’estimer la capacité des espèces à rendre des services écosystémiques aux populations.
Figure 17 — Évolution de l’indice de risque d’extinction des espèces en France entre 2000 et 2022 en %

En France métropolitaine, même si l’indice reste relativement faible (0,17), sa croissance est bien plus préoccupante (Figure 17). Entre 2000 et 2022, l’indice frôle les 100 % d’augmentation (+ 99 % contre + 64 % en Europe et + 35 % dans le reste du monde). La deuxième variable de contrôle traduit quant à elle l’abondance moyenne des espèces terrestres originelles d’un territoire (mammifères, oiseaux, amphibiens, reptiles, invertébrés et plantes vasculaires), rapporté à leur abondance dans les écosystèmes originels non perturbés (Figure 18). La méthode utilisée permet ainsi d’évaluer l’impact des différentes pressions sur l’abondance de ces espèces. L’indice de mesure utilisé est la Mean Species Abundance (MSA). Pour un territoire donné, il varie de 0 pour un écosystème détruit, à 1 pour un écosystème intact. En 2020, la MSA mondiale était de 0,56 et celle de la France métropolitaine de 0,36 avec de fortes disparités selon les régions.
Figure 18 — Abondance moyenne des espèces (MSA), par région, en 2020

En Nouvelle-Aquitaine, 1 063 espèces de faune et de flore sont menacées d’extinction (Figure 19).
Figure 19 — Les espèces menacées en Nouvelle-Aquitaine en 2021

Il faut ajouter aux espèces fauniques représentées, des espèces moins emblématiques mais qui sont aussi menacées : les coléoptères, les mollusques, les criquets et sauterelles, les écrevisses ou encore les araignées.Parce qu’ils sont plus vulnérables, plus rares, plus emblématiques ou encore en raison des services écosystémiques rendus, certains habitats et certaines espèces vont présenter des enjeux de conservation plus importants que d’autres (Figure 20). C’est particulièrement le cas des trois zones d’endémisme de Nouvelle-Aquitaine qui accueillent des espèces animales et végétales présentes exclusivement dans un périmètre très localisé : les Pyrénées, le littoral et dans une moindre mesure le Limousin, à l’ouest du Massif central 51.Les conclusions du travail de cartographie des hotspots de biodiversité en Nouvelle‑Aquitaine52 dont est issue cette carte, mettent en évidence que seulement 15 % des zones à forts enjeux identifiés sont actuellement protégées. Selon les objectifs fixés pour 2022 par la Stratégie nationale des Aires Protégées 2030, ce sont donc 85 % des hotspots de la région qui resteraient encore à intégrer au réseau d’aires sous protection forte.
Figure 20 — Hotspots de biodiversité en Nouvelle-Aquitaine — Carte des enjeux cumulés de biodiversité

Une contribution contrastée de l’industrie à l’érosion de la biodiversité et des services écosystémiques
À l’échelle nationale, cinq facteurs majeurs d’érosion de la biodiversité et des services écosystémiques sont identifiés53 :
- La destruction et l’artificialisation des milieux naturels, ou changement d’usage des sols (30 % des impacts).
- La surexploitation des ressources naturelles (23 % des impacts).Le changement climatique global (14 % des impacts).
- La pollution des océans, des eaux douces, du sol et de l’air (14 % des impacts).
- L’introduction d’espèces exotiques envahissantes — EEE (11 % des impacts).
Comme toutes les activités humaines, l’industrie contribue à différentes pressions exercées sur la biodiversité régionale mais dans des proportions variables, selon les facteurs d’érosion et les secteurs industriels (Figure 21).
Figure 21 — Les principales pressions de l’industrie sur la biodiversité

L’industrie contribue à l’artificialisation des sols, mais plus faiblement que d’autres secteurs
Appliqué strictement à l’industrie, un changement d’usage des sols peut se traduire par l’artificialisation d’espaces au profit d’un agrandissement ou bien d’une nouvelle implantation de zone de production, de stockage ou de distribution. Environ 8 % du territoire régional est artificialisé et l’industrie arrive en 6ème position en termes de surface occupée en 2020 (Figure 22), représentant ainsi 5 % des espaces artificialisés soit 0,4 % du territoire régional. Entre 2012 et 2021, l’industrie a consommé en moyenne 196 ha d’espaces naturels par an 54.
Le principal flux de consommation d’espaces est dédié au logement, ce qui corrobore la dynamique démographique observée (+ 41 300 habitants par an entre 2016 et 2022)55.
Figure 22 — Surface occupée par les espaces artificialisés en Nouvelle-Aquitaine en 2020

Source : Référentiel régional d’OCS Nouvelle-Aquitaine, millésime 2020, Observatoire NAFU, d’après les données PIGMATraitement : CESER Nouvelle-Aquitaine
Des impacts variables de l’industrie sur les différentes ressources naturelles
L’exploitation des ressources naturelles à vocation productive s’opère à plusieurs niveaux de la chaîne de valeur du secteur industriel. Il s’agit principalement de l’utilisation d’eau, de minerais et de biomasse animale et végétale. La plupart de ces ressources sont renouvelables mais dans un cas de surexploitation, les milieux perdent leur capacité de régénération avec comme impact direct la diminution des stocks et de façon indirecte, une perte de diversité génétique des espèces associées, ainsi qu’une augmentation des maladies.
> L’eau : l’industrie faible consommatrice d’eau
En Nouvelle-Aquitaine, la principale ressource qui est en tension, et ce de façon saisonnière, est l’eau. L’eau est un élément central de la production industrielle, utilisée de façon variable selon les secteurs. Elle est utilisée en tant que matière première (agroalimentaire, fabrication de boissons…) et est aussi dans le processus de production en tant que solvant, agent de fabrication, mais également pour le refroidissement ou le chauffage des installations ou encore le nettoyage 56.
Eau prélevée : quantité d’eau retirée du milieu naturel.
Eau consommée : quantité d’eau qui n’a pas été restituée directement au milieu après usage.
La répartition des volumes prélevés et consommés selon les différents usages est variable selon les bassins (Figure 23) : en Nouvelle-Aquitaine, l’eau consommée est attribuée majoritairement à l’agriculture à hauteur de 80 % en Adour-Garonne et 60 % en Loire-Bretagne.
Figure 23 — Répartition par type d’activité des prélèvements et des consommations d’eau par bassin hydrographique en 2020

Source : calculs France Stratégie, à partir de la BNPE.
La part de l’industrie est relativement faible comparativement aux autres usages : à l’échelle des bassins Adour-Garonne et Loire‑Bretagne, elle représente en 2021, 6 % du volume prélevé et 1 % du volume consommé 57. Les quatre filières les plus consommatrices sont : les mines et la métallurgie, la chimie, l’électronique et les industries agro-alimentaires58.
> Ressources minérales et biomasse : la responsabilité de l’industrie dans le choix de ses matières premières
L’impact de l’industrie manufacturière est aussi à aborder sous l’angle de l’utilisation de matières premières. Si l’industrie manufacturière n’est pas directement impliquée dans l’extraction de minerais ou dans les prélèvements de biomasse, elle reste utilisatrice et commanditaire.Ainsi, sa contribution se retrouve par exemple dans la conception de biens qui nécessitent certains minéraux considérés en tension à l’échelle mondiale. Autre exemple, en ce qui concerne la biomasse, l’Agence régionale de la biodiversité (ARB) Nouvelle-Aquitaine appelle à surveiller les prélèvements des ressources halieutiques qui débarquent dans le Golfe de Gascogne car l’état de nombreuses espèces reste encore méconnu car non évalué (31 % non évalués ou non classifiés en 2021)59.
La pollution de l’air, de l’eau et des sols : les impacts mesurables de l’industrie manufacturière
Les pollutions environnementales font référence à une concentration anormale de substances toxiques dans les sols, l’eau et l’air qui nuisent aux écosystèmes et à la santé de la population néo-aquitaine. Elles peuvent être liées aux usages domestiques, aux transports, à l’épandage d’engrais et de pesticides par le secteur agricole, aux rejets des industries ou encore à la décharge de plastiques. D’autres pollutions existent : d’origine sonore, lumineuse ou électromagnétique.Contrairement aux pollutions d’origine agricole, qui sont qualifiées de diffuses, les pollutions d’origine industrielle sont règlementées et soumises à déclaration. La Direction Générale de la Prévention des Risques du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires recense, à travers le registre français des rejets et des transferts de polluants (IREP)60, les principaux rejets et transferts de polluants dans l’eau, l’air, les sols et les déchets tels que déclarés par certains établissements à savoir :
- les principales installations industrielles, notamment certaines installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) qui sont soumises soit à autorisation avec des mesures de contrôle strict, soit à enregistrement assorti de prescriptions générales ;
- les stations d’épuration urbaines de plus de 100 000 équivalents habitants ;
- certains élevages.
Il est important de noter que ce registre déclaratif a l’avantage de fournir des données sur les émissions de polluants dépassant un certain seuil, mais il ne fournit pas les données sur la totalité des polluants et des sources de pollution pouvant exister ni sur l’ensemble des émetteurs. Rappelons également que beaucoup d’industries estiment que la réglementation française est plus exigeante que les autres règles de nos voisins européens.Les pollutions massives sont accidentelles ou ponctuelles, très localisées et résultent soit de rejets non maîtrisés soit d’accidents ou de mauvais confinements. Les rejets de polluants ne sont pas interdits mais limités et encadrés par une législation qui autorise un taux de rejet non nul pour de nombreux composés. Néanmoins, même en petite quantité, certains restent particulièrement nocifs pour le vivant. Plusieurs substances chimiques présentes simultanément dans l’environnement ont une toxicité plus élevée que la toxicité individuelle la plus forte61. On parle alors d’« effet cocktail » qui est l’un des mécanismes contribuant au dépassement de la limite planétaire portant sur l’introduction de nouvelles entités dans la biosphère.En Nouvelle-Aquitaine, selon les données 2023 de ce registre qui rassemble certaines émissions dépassant un seuil, déclarées par un nombre très réduit des ICPE de Nouvelle-Aquitaine (3 % des ICPE ont déclaré au moins un flux), on peut voir en Figure 24 que parmi les déclarants, le secteur manufacturier est majoritaire sur les émissions déclarées dans l’air, l’eau 62 et le sol.Ces chiffres sont à prendre avec précaution car ils ne reflètent que partiellement la situation réelle régionale. Si les polluants émis sont connus, les données actuelles ne permettent pas d’évaluer de façon précise les impacts des pollutions d’origine industrielle et de comparer les origines des émissions, en particulier pour les sols et l’eau.
Figure 24 — Principales émissions polluantes des installations industrielles de Nouvelle-Aquitaine ayant déclaré en 2023 (IREP)

La pollution de l’air, au-delà de ses impacts sur l’environnement, est un problème de santé publique. À l’échelle de Bordeaux Métropole, Santé Publique France (SPF) précise que ce sont plus de 600 décès consécutifs aux pollutions aux particules fines 63. Même si globalement la qualité de l’air en Nouvelle-Aquitaine s’améliore régulièrement, cette pollution reste un sujet important localement. Le CITEPA rappelle aussi que l’origine des particules émises régionalement provient pour 62 % du chauffage au bois et pour 18 % de l’agriculture, tandis que les émissions de NO2, l’autre polluant montré du doigt, proviennent pour 63 % du transport routier.L’industrie régionale reste minoritaire dans les émissions des principaux polluants atmosphériques (Figure 25) hormis pour le dioxyde de souffre (SO₂). Il ne s’agit pas d’un gaz à effet de serre mais d’un polluant atmosphérique responsable de pluies acides, d’irritations respiratoires et de pollution locale.
Figure 25 — Contribution des activités humaines et naturelles aux émissions de polluants atmosphériques (%) pour l’année 2022 (ATMO Nouvelle-Aquitaine)

La pollution de l’eau engendrée par l’activité industrielle est principalement causée par la présence de matières organiques biodégradables et de matières oxydables qui diminuent l’oxygène dissous dans l’eau altérant de fait les organismes aquatiques. 10,6 % de ces rejets correspondent à des matières en suspension, des macropolluants qui obstruent les milieux et peuvent occasionner le transport d’autres polluants comme les métaux et les pesticides. Au niveau national, la pollution des milieux aquatiques est attribuable pour 50 % à l’agriculture, 35 % aux rejets urbains et 15 % à l’industrie.
La pollution des sols a pour causes principales, par ordre décroissant, les pratiques agricoles, les déchets mal gérés puis les activités industrielles. S’agissant de l’industrie, elle est principalement causée par la présence de sels dissous issus des effluents chimiques. Accumulés dans les sols, les chlorures peuvent rendre les sols improductifs, affecter la végétation, les organismes du sol et, dans certains cas, contaminer les eaux 64.
Parmi les industries qui déclarent dans l’IREP, les trois secteurs industriels qui rassemblent la quasi-totalité des polluants déclarés (Figure 26) sont : l’industrie du papier et du carton (50,4 %), la fabrication de produits minéraux non métalliques (26,6 %) et l’industrie chimique (12 %).
Figure 26 — Répartition sectorielle des émissions polluantes des industries manufacturières néo-aquitaines déclarantes en 2023 (IREP).

L’introduction d’espèces exotiques envahissantes : une expansion à surveiller
Même s’il n’est pas directement lié à la présence industrielle, notons qu’un des impacts sur la biodiversité est l’introduction d’espèces exotiques envahissantes. Il s’agit d’espèces animales ou végétales dont la présence et la prolifération provoquent des dégâts dans les milieux dans lesquels elles s’installent. La situation géographique de la Nouvelle‑Aquitaine la rend propice à l’installation de ces espèces en tant que carrefour routier, ferroviaire et maritime majeur (Figure 27). L’introduction accidentelle de ces espèces se fait notamment via les importations et peuvent être propagées par les travaux industriels. D’après l’Agence régionale de la biodiversité Nouvelle-Aquitaine, 46,8 % des plantes exotiques envahissantes qui ont un impact majeur sont présentes dans les habitats des milieux aquatiques et particulièrement dans les zones humides.
Figure 27 — Nombre d’espèces exotiques par maille 10x10 en Nouvelle-Aquitaine (FAUNA, 2023)

Le changement climatique global : une région dépourvue d’industries très fortement émettrices de gaz à effet de serre
Même si la Nouvelle-Aquitaine est la 3ème région française en nombre d’entreprises industrielles, son industrie ne comporte pas d’activités fortement émettrices comparativement aux autres régions françaises (Figure 28). L’industrie régionale représente 10 % des émissions de gaz à effet de serre (294 kTCO2 éq en 2024). L’objectif pour 2030 est de réduire ces émissions de — 182 TCO2 éq par an. Les émissions néo-aquitaines de gaz à effet de serre toutes activités confondues représentent environ 11,5 % des émissions nationales 65.
Figure 28 — Émissions 2024 de CO2 SEQE-UE en France hexagonale + Corse

Source : European Union Transaction Log, EuroGeographics, OpenStreetMap, Geoapify - Traitement : Cedric Rossi (i9n.fr); Carte réalisée avec Bertin.js
Le changement climatique accentue et aggrave l’ensemble des pressions subies par la biodiversité et fait peser de nombreux autres risques de plus en plus fréquents et intenses.
» CE QU’IL FAUT RETENIR
Une contribution contrastée de l’industrie à l’érosion de la biodiversité et des services écosystémiques
L’industrie manufacturière néo-aquitaine consomme assez peu d’espaces naturels, elle est relativement faible émettrice de gaz à effet de serre, elle contribue modérément à l’exploitation directe des ressources naturelles et a un impact limité sur l’introduction ou la prolifération d’espèces exotiques envahissantes. En revanche, après nos modes de transport, de chauffage et notre agriculture, l’industrie manufacturière a un impact significatif mais encore mal identifié sur les émissions et rejets de certains polluants identifiés dans l’air, dans l’eau et dans les sols, notamment sur l’effet cocktail qui impacte la santé globale. Aujourd’hui, 45 % du PIB régional dépend de la biodiversité alors que celle-ci s’effondre. En comparaison avec les autres régions, l’industrie manufacturière néo-aquitaine contribue de façon inégale aux différents facteurs d’érosion de la biodiversité. C’est pourquoi il est important de continuer à œuvrer pour limiter les rejets de polluants, non seulement de l’industrie mais aussi des autres secteurs encore plus impactants.

Les particularités régionales face aux risques climatiques
Les risques environnementaux varient en fréquence et en intensité selon d’une part, les périodes de l’année et, d’autre part, selon les territoires néo-aquitains qui possèdent leurs caractéristiques environnementales propres dont il faut tenir compte 66 (Figure 29). Les aléas climatiques accentuent la vulnérabilité régionale face à ces risques en particulier sur les zones de relief, la moitié sud du Bassin aquitain et la façade atlantique.
Figure 29 - Cartes des principaux risques environnementaux (Géorisques)

Les zones de relief seraient particulièrement vulnérables à une hausse des températures avec un risque accru de sécheresse en amont des bassins Loire-Bretagne et Adour-Garonne, des conséquences sur la hauteur de neige et la durée d’enneigement dans les Pyrénées, ce qui engendre une modification de l’hydrologie et des régimes des cours d’eau, ainsi que des effets sur les écosystèmes et les activités socio‑économiques.
Le risque sismique est également plus élevé et tendrait à s’accroitre sous l’effet du changement climatique : la fonte des glaciers pourrait contribuer au déclenchement de tremblements de terre plus importants dans des zones déjà à risque 67.
La moitié sud du Bassin aquitain serait quant à elle marquée par une baisse des débits des cours d’eau estivaux associée à une baisse de la recharge annuelle des nappes sur l’ensemble de la zone pyrénéenne. Parallèlement, combinée à une hausse des températures, en particulier en période estivale, la sécheresse augmente significativement le risque d’incendies de forêts. En ce qui concerne le bassin Adour‑Garonne, « la zone à risque, qui s’étend en période historique sur 24 % de la zone Sud‑Ouest, atteindrait 35 % en 2050, puis 49 % en fin de siècle […]. Les territoires basculant dans la zone à risque principale se situeraient en particulier dans les 2/3 nord des Landes, en Dordogne, et dans une moindre mesure dans l’ouest du Lot‑et-Garonne, sans expansion notable en Gironde, dont les massifs boisés sont déjà très largement à risque68 ».
Enfin, la façade atlantique présente des risques importants d’augmentation de l’élévation du niveau de la mer (de + 28 cm à + 1,01 m selon les scénarios) et d’érosion côtière, une sensibilité accrue des aquifères à l’intrusion côtière (particulièrement marquée dans le Marais poitevin) ainsi qu’une augmentation de la surface des bouchons vaseux dans les estuaires qui fait peser des risques sur la faune et la flore aquatique (anoxie). L’élévation du niveau de la mer, les risques d’inondation et l’augmentation démographique entraînent un risque accru de pollutions telluriques des masses d’eau côtière (eaux usées, ruissellements agricoles, huiles et métaux lourds, sédiments et déchets plastiques).
Les aléas climatiques représentent un risque important pour les entreprises qui menace les infrastructures, les équipements ou même encore la cadence de production quand elle n’est pas complètement mise à l’arrêt engendrant des pertes de marché conséquentes. En 2021, la Gironde concentrait à elle seule 19 % de la hausse nationale de la sinistralité 69.
L’augmentation des risques de conflits d’usage des ressources naturelles
Comme le montre le rapport, l’industrie néo-aquitaine contribue de façon inégale et globalement modérée à l’exploitation des ressources naturelles. Mais pour combien de temps ? La demande en ressources augmente et, au-delà de leur seule disponibilité, l’enjeu majeur se situe désormais davantage dans la concurrence entre les différents utilisateurs. Chaque usage entre en interaction avec des besoins économiques, sociaux et environnementaux variés, ce qui accroit mécaniquement les risques de conflits d’usages pour les sols, l’eau, le bois et les ressources minérales.
L’usage des sols
L’objectif de zéro artificialisation nette des sols en 2050 a imposé aux Régions de définir une stratégie d’aménagement du territoire à travers leurs Schéma régionaux d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (SRADDET) et ainsi de fortement ralentir le rythme de surfaces naturelles artificialisées pour l’ensemble des usages. L’occupation des espaces déjà artificialisés est ainsi devenue un enjeu de premier plan. En Nouvelle-Aquitaine, les besoins actuels des industriels sont estimés en moyenne à 617 ha pour 93 projets d’implantations connus 70. Or, parmi l’ensemble des espaces artificialisés disponibles, France Foncier + dénombre 61 sites, soit 547 ha qui pourraient être réaffectés à une occupation industrielle 71 dont 133 ha de sites clés en main 72. Si l’ensemble de ces espaces sont qualifiés d’immédiatement disponibles (sauf deux sites clés en main), la majorité d’entre eux n’ont pas accès aux équipements nécessaires à une activité (Figure 30).
Figure 30 — Accès aux différents équipements des sites disponibles pour une activité industrielle

D’après les fiches de France Foncier + recensées pour la Nouvelle-Aquitaine en juillet 2025.Traitement : CESER Nouvelle-Aquitaine
Si les besoins en foncier des industries de Nouvelle-Aquitaine peuvent être théoriquement satisfaits par des espaces artificialisés déjà existants, leur manque de disponibilité immédiate liée aux contraintes d’aménagement, peut amener les dirigeants à choisir des terrains non artificialisés pour répondre aux impératifs économiques.
En parallèle, le Cerema recense actuellement 12 000 ha de friches disponibles tous secteurs confondus en Nouvelle-Aquitaine dont seulement 668 ha à vocation industrielle ou agro-industrielle. Pour pouvoir accéder aux autres types de friches (habitat, commerce, équipements publics…) il faut en changer la vocation, ce qui suppose une modification préalable du zonage des documents d’urbanisme.Dans un contexte de nécessaire sobriété foncière, tous les usages peuvent-ils être satisfaits par l’existant ? Quels espaces naturels, agricoles et forestiers, peuvent encore être artificialisés au profit d’autres activités ?
Afin de satisfaire tous les besoins en foncier, le ZAN impose ainsi une planification territoriale qui permette de concilier l’ensemble des enjeux et surtout de prévenir le risque de conflits d’usages.
Les usages de l’eau : une demande qui augmente quand la ressource disponible est au plus bas
Si l’industrie néo-aquitaine n’est pas parmi les principaux secteurs consommateurs d’eau, elle est néanmoins exposée aux tensions qui entourent les usages de la ressource. En premier lieu parce que les prélèvements les plus importants se situent sur le littoral, donc dans une zone très touristique avec une forte augmentation démographique attendue (Figure 31). En second lieu, parce que la région fait face depuis plusieurs années à des périodes de restriction d’usage de l’eau qui risquent de s’accentuer (Figure 32).
Figure 31 — Répartition des prélèvements de l’industrie et projections démographiques

Figure 32 - Fréquence des épisodes annuels de restriction de niveau « crise » des usages de l’eau superficielle d’une durée de plus d’un mois, sur la période 2012-2023

Selon les projections climatiques de l’étude Explore 2, avec une baisse marquée des débits estivaux et de la recharge annuelle des aquifères, le littoral atlantique et les Pyrénées pourraient se retrouver particulièrement sous pression (Figure 33).
Figure 33 — Hotspots sous scénario RCP8.5 en fin de siècle

Enfin, selon une étude de France Stratégie publiée en janvier 2025, « en 2050 la demande en eau devrait être davantage concentrée au cours des mois les plus chauds de l’année, quand la ressource en eau est au plus bas dans les milieux aquatiques ». L’étude montre également une évolution du poids des différents secteurs dans les prélèvements et les consommations, avec une diminution de la part de l’énergie et une augmentation de la part de l’irrigation entre 2020 et 2050 (Figure 34).
Figure 34 — Prélèvements mensuels en 2050 pour un printemps-été sec dans le scénario politiques publiques (en millions de m3)


La disponibilité de la ressource en eau risque ainsi de devenir de plus en plus conditionnée aux aléas climatiques menaçant de plus en plus les équilibres annuels de production des différents secteurs et risquant donc d’accentuer les conflits d’usage.
Le bois : la hiérarchie des usages au cœur des enjeux
Souvent perçue comme une ressource inépuisable et abondante, le bois est utilisé pour de nombreux usages (Figure 35).
Figure 35 — Production et flux de bois en France

Note : les importations, les exportations et le recyclage ne sont pas indiqués dans un souci de lisibilité.Lecture : 36 % du bois de la filière bois d’œuvre (en orange) est transformé en matériaux bois (charpente, menuiseries, etc.), le reste est transformé en bois industrie ou utilisé en bois énergie. 70 % du bois de la filière bois industrie (en mauve) est transformé en papiers, cartons, panneaux de particules, chimie du bois et poteaux, le reste est utilisé en bois énergie. Source : France Stratégie, d’après Agreste (2023), « Récolte de bois en 2021. Hausse de 8,9 % de la récolte de bois pour répondre à la demande », Primeur, n° 3, mars et Ademe (2021), Forêt et usage du bois dans l’atténuation du changement climatique, coll. « Expertises ».
Avec plus de 2,8 millions d’hectares, la Nouvelle‑Aquitaine est la plus grande région forestière de France. Elle se distingue par la diversité de ses massifs forestiers avec des essences et des modes de conduite spécifiques. Ces différents massifs influent sur la répartition de la ressource entre les départements de la région.Pour l’industrie forestière de Nouvelle‑Aquitaine, l’usage du bois pourrait devenir en tension. Une tension qui s’exprime à la fois par la perte nette de ressource forestière due à l’artificialisation des espaces naturels et forestiers, mais aussi par un risque de non-respect de la hiérarchie des usages du bois. Grâce à l’observatoire NAFU, c’est‑à-dire l’observatoire des espaces naturels, agricoles, forestiers, nous savons qu’entre 2015 et 2020, ce sont 1 875 ha de forêts qui sont défrichés chaque année en Nouvelle-Aquitaine, soit près de 9 400 ha en tout. En matière des usages du bois, et selon la Stratégie nationale bas‑carbone73, la priorité devrait aller au bois d’œuvre qui permet de conserver le carbone stocké dans le produit 74.La gestion sylvicole, permet de déterminer les différentes affectations des bois : ainsi une partie non destinée au bois d’œuvre (meubles, sciage) sera valorisée en bois industrie (papier) tandis que d’autres lots, de moindre qualité, comme les résidus de coupe ou les connexes de scierie, sont orientés vers l’usage énergétique (combustion), produisant du CO₂ et d’autres polluants dans l’atmosphère.Il est important de noter que l’usage du bois à vocation énergétique dans l’industrie est souvent perçu comme neutre en carbone ce qui semble justifier une utilisation accrue des connexes de la ressource forestière. La « neutralité carbone » du bois énergie repose sur l’hypothèse selon laquelle les émissions de CO2 lors de sa combustion, comparables à celles du charbon, sont immédiatement compensées par la croissance des arbres.Cette vision biaisée pourrait conduire à un risque de recours excessif au bois énergie au détriment de l’utilisation du bois d’œuvre, car les processus d’émission et de capture du carbone ne sont ni équivalents ni synchrones.
Les ressources minérales : une tension internationale avec des répercutions locales
L’évolution de nos modes de vie a fait croître la demande en métaux et en matériaux avec la fabrication de produits de plus en plus complexes qui nécessitent une plus grande variété de ressources. À titre d’exemple, la fabrication d’un seul smartphone nécessite 50 à 200 kg de minerais.C’est le cas également des technologies d’énergies renouvelables (éoliennes, panneaux photovoltaïques…) indispensables aujourd’hui pour diversifier le mix énergétique et atteindre les objectifs de neutralité carbone. Plus largement, l’électrification des usages qui participe à l’atteinte de cet objectif va accroître nos besoins en métaux. Dans cette perspective, l’accès à ces ressources est essentiel et stratégique. Or, cette volonté se heurte à deux problèmes majeurs : la dépendance de la France et plus largement de l’Europe aux importations étrangères, et la disponibilité des ressources qui s’amoindrit.L’Europe est dépendante à plus de 50 % des importations pour une vingtaine de substances. Cela s’explique tout d’abord par la géologie du sol européen, mais également par le fait que des activités extractives et de premières transformations ont été progressivement transférées vers des pays à bas coût de main d’œuvre et moins regardants sur l’impact environnemental. L’Europe est le seul continent dont le niveau de production minière a baissé entre 2000 et 2019. Si la France dispose de gisements identifiés (inventaire de 1975-1991), les quantités restent limitées (Figure 36).
Figure 36 — Répartition des différents gisements identifiés par le BRGM.


En décembre 2021, un rapport du BRGM identifie la présence d’autres gisements principalement dans le Massif central et le Massif armoricain : le chrome (indices), le lithium (quatre gisements moyens à importants) ou encore le titane (douze indices incluant trois gisements de faible tonnage)75.Dans un contexte de tensions internationales sur l’approvisionnement en métaux critiques, un nouvel inventaire des ressources minérales a été lancé en février 2025 dans l’objectif de mieux connaître le potentiel du sous-sol national pour renforcer la souveraineté industrielle de la France. Cependant, la souveraineté n’est pas dépendante uniquement de l’extraction des gisements car les chaînes d’approvisionnement sont complexes et vulnérables et propres à chaque métal. Ainsi, la vulnérabilité peut naître par exemple du monopole d’un pays sur la chaîne de valeur, d’une compétition entre filières ou encore du manque d’investissement en exploration.La Nouvelle-Aquitaine produit essentiellement des matériaux et minéraux industriels (non métalliques) avec 491 carrières actives en 2017. 70 % de la production est destinée au secteur de la construction (Figure 37).
Figure 37 — Destination des ressources minérales néo-aquitaines par secteur industriel

Ces ressources font également face à des besoins croissants dans un contexte où les gisements deviennent de plus en plus contraints, dépendants de la durée de vie des exploitations ou de la limite d’extension des ressources. La poursuite et l’accélération de cette tendance conduirait à terme à exploiter des gisements plus profonds et plus volumineux, avec des impacts environnementaux accrus. Notons également que le recyclage présente aujourd’hui des limites. Les taux de récupération demeurent encore très faibles pour de nombreux matériaux (voir condition 4, page 81).
D’un point de vue économique, toutes choses égales par ailleurs, l’atteinte des seuils de criticité 76 pour l’ensemble des ressources naturelles vulnérables à la surexploitation, réduit leur capacité à satisfaire les besoins productifs, contraignant ainsi les entreprises à recourir aux importations et diminuant mécaniquement le niveau de souveraineté de la France.Outre les fortes atteintes directes à la biodiversité et aux fonctions écologiques — qui, rappelons-le, sont essentielles pour maintenir les capacités de production —, le recours accru aux importations génère par ailleurs des activités logistiques supplémentaires, contribuant à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre.
» CE QU’IL FAUT RETENIR
L’augmentation des risques de conflits d’usage des ressources naturelles
En plus des pressions qu’elles exercent sur le vivant qui fragilisent les services écosystémiques indispensables à la production, les industries doivent aussi composer avec une concurrence accrue autour des ressources naturelles. Les besoins en foncier se heurtent à la disponibilité immédiate des espaces artificialisés, la disponibilité de la ressource en eau varie fortement dans un contexte de sécheresses récurrentes, le bois énergie occupe une place croissante au détriment du bois d’œuvre pourtant prioritaire, et la demande en minerais s’accroît avec le développement des technologies bas-carbone accentuant notre dépendance aux importations. Ces dynamiques, loin de réduire la pression, contribuent à déplacer les tensions d’un secteur à l’autre et renforcent le risque de conflits d’usage.