Les politiques publiques pour l’IA
L’Union Européenne affirme sa position sur la scène mondiale de l’IA, entre innovation et régulation
L’Union Européenne a choisi une approche de l’IA différenciante par rapport aux stratégies chinoise et américaine. En effet, c’est par la régulation que l’Europe entend se doter de l’IA, à travers des systèmes et des usages choisis, encadrés et aux effets négatifs moindres. Une régulation qui doit permettre de favoriser l’innovation, dans un cadre sécurisé et clair, participant aux objectifs de souveraineté européenne. À ce titre, l’Union Européenne a lancé le plan d’action « Pour un continent de l’IA »10 (AI Continent Action Plan), pour répondre à son ambition de devenir leader mondial de l’IA. Plusieurs initiatives composant ce plan sont destinées à inciter l’innovation et à accélérer l’adoption de l’IA dans les entreprises des États membres, alors que seulement 13,5 % d’entre elles s’en étaient dotées en 2025 (10 % en France).
Le programme « Apply AI » (« Appliquer l’IA »)
Ce programme, qui complète les deux précédents (InvestAI, 200 milliards d’euros, et GenAI4EU, 700 millions d’euros), doit permettre de concrétiser l’ambition de la présidente de la commission Ursula VON DER LEYEN, d’ « insuffler cette culture « AI first » dans tous [les] secteurs clés, de la robotique à la santé, en passant par l’énergie et l’automobile ».
Une large palette de moyens a été élaborée :
- Des initiatives sectorielles dans onze domaines clés identifiés
- Des mesures transversales de soutien
- La création de l’Apply AI Alliance réunissant industriels, chercheurs et acteurs publics
- Une boîte à outils d’IA open source (AI toolbox) et un guide pratique, à destination des administrations publiques européennes
- Un observatoire de suivi des évolutions technologiques.
Les politiques publiques IA de l’État
2025 semble être une année charnière pour l’IA en France. En février 2025, l’État français a réaffirmé aux yeux du monde entier son engagement dans le déploiement de l’IA pour le pays lors du Sommet pour l’action sur l’IA à Paris11, en annonçant notamment l’investissement de 109 milliards d’euros dans les prochaines années. Au-delà de ces annonces, l’action étatique sur l’IA s’articule autour de trois types d’actions principaux :
- La stratégie nationale pour l’IA (SNIA)12
Cette stratégie est issue des réflexions portées par le rapport « Donner un sens à l’intelligence artificielle : pour une stratégie nationale et européenne », dirigé par Cédric VILLANI et publié en 2018, et s’inscrit dans le cadre du plan national France 2030. Structurée autour de deux phases dont la dernière se termine en 2025, elle doit permettre d’atteindre l’objectif de faire de la France un des leaders européens en matière d’IA, et notamment d’IA embarquée et de confiance. La troisième phase de cette stratégie, lancée en 2025, prévoit de renforcer de l’attractivité du territoire et de l’écosystème d’excellence français, et de mettre la puissance de l’IA au service des politiques publiques et de l’efficacité administrative.
- Le plan « Osez l’IA »13

Lancé en juillet 2025 et directement adressé aux entreprises et notamment aux PME et aux ETI, ce plan a vocation à les accompagner dans leur adoption de l’IA. Le dispositif comprend des programmes d’accélération des projets à impact, la mise en place d’un réseau d’ « ambassadeurs IA » dans les territoires, des évènements de mise en relation et la création d’une plateforme de formation nommée « Académie de l’IA ». Ce plan mobilise des partenaires bien connus du monde économique telles la French Tech, BPI France et les Chambres de Commerce et d’Industrie.
- Une action spécifique envers les PME14
L’État porte une grande partie de son attention aux entreprises et à leur capacité à se saisir de l’IA pour stimuler leur développement et leur croissance. C’est pourquoi l’appel à manifestation d’intérêt « IA au service de l’efficience » a été lancé en novembre 2024. Les lauréats de ce dispositif visant à mettre en lumière des succès et des exemples tangibles d’utilisation de l’IA par les micro-entreprises, PME, ETI, ont été présentés au Sommet de l’action pour l’IA.
En parallèle, des fiches pratiques ont été conçues avec l’initiative France Num à destination des PME pour les accompagner et répondre à leurs interrogations.
Enfin, les Chambres de Commerce et d’Industrie ont été sollicitées pour prioriser dans leurs actions la thématique IA à partir de 2025, afin de mener des actions de sensibilisation et de pédagogie auprès de leurs cibles.
La coopération État-Région sur l’IA : vers une recherche de dispositifs coordonnés et territorialisés
Si l’IA est un enjeu à saisir pour l’économie française et néo-aquitaine, il s’agit également d’une opportunité pour les Régions de faire valoir auprès de l’État la pertinence de leurs approches et leur connaissance fine des écosystèmes économiques pour collaborer sur une politique profondément impactante pour les territoires. Dans cette optique, les régions ont fait remarquer leur présence au Salon VivaTech de juin 2025, par le biais de trois cents start-up régionales et de nombreux élus et élues, marquant, comme le titre Localtis « leur volonté de peser dans les stratégies nationales et de structurer des écosystèmes d’innovation compétitifs à l’échelle européenne »15.
Cette volonté de participer à la gouvernance nationale de l’intelligence artificielle et de maintenir un dialogue avec l’État sur cet enjeu a reçu réponse quelques mois plus tard avec le lancement, en septembre 2025, d’un « Conseil État-Régions du numérique »16, dont l’objectif est « d’associer les Régions au bon moment dans l’élaboration des feuilles de route stratégiques et tactiques ». Ce Conseil, dont les réunions trimestrielles portent sur les sujets prioritaires de l’intelligence artificielle et la cybersécurité, s’appuie en premier lieu sur les initiatives déjà mises en place par les Régions pour élaborer une stratégie nationale cohérente avec leurs efforts. Les Régions de France ont également le projet de territorialiser le plan national « Osez l’IA ».

La politique économique régionale
Le Schéma Régional de Développement Économique, d’Innovation et d’Internationalisation (SRDEII)
La Région dispose de la compétence quasiment exclusive en matière de développement économique17 et est responsable « de la définition, sur son territoire, des orientations en matière de développement économique »18. Elle décide des choix économiques de l’action publique sur son territoire et est la seule à pouvoir définir les régimes d’aides et décider de leur octroi aux entreprises régionales.
Cette compétence prend corps dans la stratégie politique de la Région, définie dans le Schéma Régional de Développement Économique, d’Innovation et d’Internationalisation (SRDEII)19. En 2022, la Région a renouvelé son SRDEII pour la période 2022-2028. Parmi les chantiers énoncés, trois traduisent des ambitions régionales en matière de transition numérique des entreprises, à savoir :
Favoriser la sobriété et la sécurité numériques des entreprises
Conforter les chaines de valeur et la souveraineté régionale
Développer l’usage responsable des données (objectif 3)
Continuer à engager les entreprises régionales vers l’usine du futur innovante et responsable
Engagée depuis 2019 dans la démarche Néo Terra, la Nouvelle-Aquitaine ambitionne de devenir la première Région écoresponsable de France d’ici 2030. Pour y parvenir, sa politique de soutien à l’économie numérique est désormais pilotée par une feuille de route dédiée au numérique responsable. Cette stratégie déploie un plan d’action visant à transformer le secteur vers un modèle sobre, éthique et facilitateur des transitions énergétiques, écologiques et agricoles.
La feuille de route Néo Terra
Cette feuille de route regroupe six ambitions portant sur les grands axes de politiques publiques :
Ressources naturelles
Reconstituer les ressources naturelles pour l’avenir
Solidarités
Ancrer les solidarités
au cœur des transitions
Agriculture et Alimentation
Se nourrir : accélérer les transitions agroécologiques et alimentaires
Économie
Innover pour une économie responsable et durable
Mobilité et Habitats
Se déplacer et habiter dans des territoires adaptés au changement
Santé
Prévenir et soigner : une approche unifiée de la santé des écosystèmes (humaine, animale, végétale)
Les politiques numériques dans lesquelles s’intègre l’IA sont à la croisée de ces ambitions, touchant à la fois aux défis de maîtrise des impacts environnementaux et de la consommation des ressources naturelles, aux enjeux d’innovation pour l’économie, et participant, en tant que supports, aux objectifs en matière de solidarités, de santé et d’infrastructures régionales.
La feuille de route porte d’ailleurs une attention particulière, au sein de l’ambition 4, sur la question de l’utilisation responsable du numérique par les entreprises, en cherchant au sein de son premier objectif à « favoriser la sobriété et la sécurité numérique des entreprises ».
Cet objectif, décliné en plusieurs orientations stratégiques, vise à :
- Conduire la filière numérique régionale dans une démarche d’amélioration continue vers un numérique plus responsable
- Soutenir les projets d’innovation numérique responsable : numérique sobre, durable, maîtrisé, inclusif, innovant
- Améliorer la cybersécurité du territoire en faisant de la Nouvelle-Aquitaine celui de la confiance numérique
- Poursuivre l’accompagnement à la transformation numérique des secteurs stratégiques de l’économie régionale
- Construire un cadre de mesure des impacts environnementaux du numérique régional.
La politique numérique régionale
La feuille de route de la filière numérique
La politique régionale en matière de numérique20 s’intéresse à deux aspects de l’économie numérique sur le territoire :
À ce titre, la filière a vu émerger des secteurs d’activité prometteurs, tels l’e-santé, le jeu vidéo, l’ed tech (formation, éducation), le logiciel libre et la cybersécurité.
Ces deux objectifs étaient déjà déclinés de manière transversale dans la feuille de route 2018-2021. Avec l’arrivée de la feuille de route Néo Terra en 2019, les ambitions de la politique régionale ont évolué pour intégrer des exigences environnementales et responsables de la transition énergétique et écologique. La Région a donc fait évoluer sa feuille de route numérique et décliné quatre objectifs :
- Promouvoir un numérique sobre, responsable et éthique
- Agir pour améliorer la cybersécurité des entreprises
- Poursuivre la transformation numérique des entreprises
- Renforcer le rôle du numérique dans les transitions environnementales.
En 2025, et si la feuille de route de la filière n’a pas fait l’objet d’une réécriture pour la période, ces objectifs se poursuivent, en lien avec l’élaboration d’une politique régionale spécifique à l’intelligence artificielle.
Les dispositifs internes
La politique régionale en matière de soutien aux projets numériques et IA des acteurs économiques est caractérisée par la transversalité de sa mise en œuvre, au sein de l’ensemble des directions thématiques du Pôle Développement économique et environnemental. En effet, la politique régionale n’est à ce jour pas articulée autour d’un dispositif central et spécifique aux projets d’intégration d’IA des entreprises, mais s’incarne au travers de plusieurs soutiens à l’innovation existants au sein des directions. Les demandes réceptionnées sont traitées en fonction de la nature initiale du projet ou du statut de l’entreprise qui le porte. Les dossiers sont donc susceptibles d’être traités par différents services :
- La Délégation Numérique
- La Direction de la Performance industrielle, notamment via son dispositif « Usine du Futur »
- La Direction Start-up et son dispositif spécifique
- La Direction de la Recherche, de l’Enseignement supérieur et du transfert de technologie
- La Direction Innovation, Filières, Attractivité…
Cependant, le dispositif « Innovation numérique responsable »21 de la délégation numérique répond plus précisément aux projets numériques et IA des entreprises. Cette aide a connu des mutations depuis dix ans : l’élaboration puis la mise en œuvre de la feuille de route Néo Terra en 2019 a en effet incité l’ensemble des acteurs, y compris les services de la Région, à repenser leurs pratiques. Son intitulé initial « Innovation numérique » et son contenu ont donc évolué pour intégrer les dimensions de responsabilité, de frugalité, de souveraineté et d’éthique, et ainsi mettre en cohérence les projets soutenus avec les exigences de Néo Terra. Outre la diminution du budget liée au contexte budgétaire contraint, la réduction du nombre de projets subventionnés s’explique donc également par une révision des modalités de sélection des candidatures.
en 2025
contre une moyenne
de 25 dossiers en 2017
À titre d’exemple, l’entreprise AdaptE2 (87), spécialisée en diagnostic électrique et analyse de perturbations en élevage, a bénéficié de ce dispositif pour développer des outils sur la base d’une IA entraînée sur des jeux de données réels.
Les principales initiatives et relais de la politique régionale en matière de numérique
Pôle de compétitivité, centre de transfert, programme d’accompagnement... En tant que co-fondateur ou financeur, le Conseil régional s’engage pour le développement et la pérennité des actions d’une diversité de structures, qui agissent comme des opérateurs ou des relais de sa politique numérique auprès des entreprises (Usine du Futur, ADI-NA, le Campus Cyber, le pôle ENTER, Aliptic…).
L’Agence de Développement et d’Innovation de Nouvelle-Aquitaine (ADI NA)22
ADI intervient auprès des entreprises, des territoires et des filières de Nouvelle-Aquitaine et leur propose un accompagnement sous forme d’organisation d’événements, ou de parcours individuels sur mesure ou collectifs. Son action porte sur différents niveaux (stratégique, technologique, financier…) et s’appuie sur l’innovation numérique, industrielle, d’usage, sociale, énergétique pour renforcer l’impact positif sur l’environnement, la société et le territoire.
L’agence crée également une synergie autour des acteurs de l’économie, du développement durable, de l’innovation, grâce à son réseau fort de 650 adhérents et de partenaires experts dans toutes les filières. ADI soutient notamment les entreprises dans leurs projets d’implémentation de technologies dans leurs processus opérationnels. Elle est également coordinatrice du hub d’acteurs « DIHNAMIC », qui propose aux entreprises, notamment aux PME, un ensemble de services destinés à favoriser l’accès à un ensemble de technologies à base d’intelligence artificielle, dans l’objectif d’accélérer et orienter les transitions numériques et écologiques dans l’industrie.
Le soutien aux évènements et initiatives du territoire
En parallèle, la Région soutient des actions et des évènements en lien avec la thématique IA, dont quelques exemples sont présentés ci-dessous23.

L’évènement ai4industry, qui propose de « se former à l’IA et résoudre en une semaine un cas d’usage industriel réel », dont l’édition 2026 a eu lieu du 19 au 23 janvier.

Dans le cadre de la septième édition de son festival le 5 décembre 2025, l’association IA Pau propose des ateliers immersifs, des keynotes inspirantes, des démos live et une masterclass exceptionnelle signée NVIDIA.

L’université de La Rochelle a lancé en 2024 l’évènement IA en Nouvelle-Aquitaine (IA-NA) qui propose de « démystifier l’IA, d’inspirer et d’accompagner les entreprises dans son adoption ».

La Cité numérique de Bègles est un lieu unique
en son genre, connecté et respectueux de l’environnement, pensé pour être un lieu « totem »
du numérique en Nouvelle-Aquitaine.
Une stratégie régionale à construire
Consciente de la nécessité de structurer et de rassembler son action dans une approche globale, la Région travaille à l’élaboration d’une feuille de route IA.
Des réflexions au sein des services, alimentées notamment par un comité d’experts mené par Nicolas ROUSSEL, directeur de l’INRIA, sont en cours pour envisager les contours de la nouvelle politique régionale. Le présent rapport du CESER contribue à conseiller le Conseil régional dans ses choix stratégiques sur l’IA pour l’économie régionale.
Des initiatives au niveau local pour accompagner les acteurs au plus près dans les territoires
Au niveau infrarégional et éloigné des grandes stratégies, des initiatives portées par les collectivités locales sont également à souligner. Ces territoires bénéficient d’une connaissance riche des écosystèmes économiques locaux et sont aptes à répondre ponctuellement et précisément aux besoins des entreprises et entrepreneurs du territoire.

C’est par exemple le cas de la communauté de communes Terrassonnais Haut Périgord Noir24: cette intercommunalité, regroupant trente-sept communes de l’est de la Dordogne, propose régulièrement des ateliers de formation à destination des entreprises du territoire sur divers sujets. En avril 2025, la communauté de communes a choisi de s’associer à la Chambre de Commerce et d’Industrie de la Dordogne pour proposer un atelier économique sur le thème de « l’IA au service des TPE/PME, artisans et commerçants ».
À une autre échelle et sur un territoire très différent, la métropole de Limoges propose également des modalités de soutien aux entreprises sur le volet numérique et IA. Trois aides, permettant chacune de financer des projets à hauteur de 5 000 €, sont adressées aux PME comptant au moins un salarié ou une salariée et étant en activité depuis au moins trois ans :

- « Coup de pouce cyber », pour accompagner la sécurisation des données et diagnostic de maturité cyber gratuit
- « Coup de pouce digital », pour soutenir la transformation numérique via les investissements matériels et logiciels, et prestations intellectuelles
- « Transformation numérique agricole », pour soutenir les investissements matériels et logiciels, et les prestations intellectuelles (outils d’optimisation et de prédiction des risques sanitaires, équipements connectés, logiciels de gestion…).
Les territoires, de toute échelle et même ruraux, se saisissent aujourd’hui de l’enjeu que représente l’IA, lorsque leurs compétences et leurs moyens le leur permettent, proposant ainsi une offre de proximité complémentaire de celle de la Région.
A la suite de cette partie introductive et d’état des lieux, il convient à présent d’approfondir la réflexion à partir des enjeux de performance économique, de maîtrise technologique et de transformation sociale énoncés dans la problématique générale.
On tentera donc d’apporter des éléments de compréhension aux trois questionnements structurants de cette étude :
- Entre opportunités et limites, comment adapter l’IA pour stimuler vertueusement la performance économique ?
- Comment protéger les spécificités régionales tout en investissant la dynamique mondiale de développement technologique ?
- Comment accompagner les organisations et les travailleurs des filières régionales dans leur recherche d’un équilibre vertueux entre humain et technologie ?
Afin d’affiner la réflexion et faciliter la compréhension, chacune de ces problématiques spécifiques est divisée en deux enjeux structurants. Les préconisations du CESER y sont insérées, en réponse directe aux enjeux soulevés.