» Premier défi : Mettre l’IA au service du développement des entreprises et de l’économie régionaleEnjeu 2

Comment soutenir les acteurs de l’économie dans l’implémentation d’un système d’IA adapté à leurs activités ?

Le second enjeu intervient dans la continuité du précédent, pour accompagner les choix d’implémentation des entreprises une fois leur maturité testée et ajustée. Si la Région est déjà forte d’une politique numérique incarnée notamment par l’Agence de Développement et d’Innovation de Nouvelle-Aquitaine (ADI-NA), le CESER s’est interrogé sur la manière d’aller plus loin dans cette logique afin que la Région soit identifiée comme facilitatrice de l’accès à l’IA pour tous les champs économiques du territoire (modèles traditionnels, économie sociale et solidaire...).

Reprenant le déroulé des étapes de mise en œuvre d’un projet d’IA en entreprise, on s’intéresse désormais aux phases techniques, qui mobilisent pleinement les ressources, cristallisent les craintes et appellent de ce fait un accompagnement bienvenu, notamment pour les plus petites structures.

PHASE 3 | Le choix d’un modèle et son expérimentation

L’essayer n’est pas forcément l’adopter, comme en témoignent les résultats d’une étude du MIT39 datant de juin 202540 : 95 % des projets d’implémentation d’IA générative en entreprise échoueraient, faute de préparation ou de résultats concluants. En effet, il faut rappeler que l’introduction de tout nouvel outil en entreprise ne s’improvise pas et engendre de profondes mutations au sein des pratiques et de la culture interne ; malgré sa facilité de prise en main et son intuitivité, l’IA n’échappe pas à cette règle et réclame un temps de diagnostic qui doit notamment s’intéresser aux objectifs qui sont ceux de l’entreprise et aux problématiques qu’elle rencontre. La phase d’expérimentation permet à ce titre de disposer d’un aperçu de l’outil et des interactions mutuelles avec l’environnement de l’entreprise. C’est également le moment d’affiner les critères de choix, pour trouver la technologie la plus adaptée et la plus compatible avec les valeurs et les exigences de l’entreprise, celle qui permettra une transformation à moindres risques.

PHASE 4 | L’adoption

L’adoption d’un système d’IA constitue à la fois l’aboutissement du projet et le début d’une nouvelle manière de produire et de mener les activités de l’entreprise.

À ce titre, cela nécessite aussi du temps : comme en témoigne Antoine LEBLANC, chargé de l’intégration de l’IA dans le système industriel de Renault, dans un article de l’Usine Nouvelle41, « valider le modèle et vérifier sa robustesse en conditions réelles demandent en moyenne 500 heures de production, avec une personne auscultant tous les résultats pour confirmer ou infirmer ces derniers ».

Plus généralement, le succès de l’implémentation sur la durée réclame à l’entreprise de se placer dans une posture d’évolution perpétuelle, que ce soit au niveau de la formation des salariés, de la maintenance du système ou de l’évolution de son organisation interne pour faire évoluer ses modes de production et bénéficier du potentiel de l’IA déployé progressivement, au fil de la prise en main.

Zoom

Le dispositif DIHNAMIC

Le programme DIHNAMIC42 est le dispositif régional dédié à l’accompagnement des entreprises néo-aquitaines dans leur projet d’implémentation de l’IA dans leurs processus opérationnels. Il s’agit d’un pôle d’innovation numérique (European Digital Innovation Hub ou EDIH), qui fait partie du réseau européen des EDIH. Lancé en 2020 à la suite d’un appel à projets européen dont la Région fut lauréate, le dispositif vise en particulier les PME manufacturières des secteurs industriels et leurs services, et leur propose un panel de vingt-deux « services destinés à favoriser l’accès à un ensemble de technologies à base d’intelligence artificielle pour accélérer et orienter les transitions numériques et écologiques ». Ces services peuvent être de cinq natures différentes et s’adaptent au degré de maturité de l’entreprise :

Services du dispositif DIHNAMIC selon la maturité de l’entreprise : analyse et diagnostic, expérimentation, formation, financement, mise en relation ; progression de l’acculturation aux premières étapes d’intégration puis aux projets ciblés. Les technologies déployées appartiennent à divers champs, dans lesquels une attention à l’usage d’une IA éthique, robuste et de confiance est portée.
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Intelligence artificielle
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Robotique, automatisation et Interface Homme-Machine

Jumeaux Numériques, réalité virtuelle
et augmentée, simulations

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Systèmes intelligents, exploitation
de data et Internet des objets (IoT)

Animé par ADI-NA, DIHNAMIC bénéficie de l’expertise de treize partenaires mobilisés dans le cadre de ces services :

Logos des treize partenaires de DIHNAMIC : ADI Nouvelle-Aquitaine, Aerospace Valley, Bordeaux INP, Alpha RLH, Cap’Tronic, CATIE, Tecnalia, CEA, Cetim Sud-Ouest, ESTIA, Inria, ONERA, EIT Manufacturing (cofinancé par l’Union européenne).
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Ce dispositif pourrait inspirer d’autres secteurs (santé, ESS, tourisme) pour démocratiser les usages responsables de l’IA.

Doté d’un budget de 4,8 millions d’euros pour trois ans, le dispositif est financé par la Région à hauteur de 1,1 million d’euros (25 %), par l’Union Européenne (50 %) et par les entreprises et leurs partenaires (25 %).

Programmé pour trois ans, le premier volet du programme touche à sa fin en 2025, avec un bilan particulièrement positif auprès d’un public varié :

Répartition des clients DIHNAMIC par secteur d’activité : manufacture et process en tête, puis autres, agroalimentaire, aéronautique, métallurgie
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113
Entités accompagnées
dont 105 entreprises
et 8 collectivités accompagnées
400
Services délivrés
Diagnostics, recherche
de financements…
Répartition des clients DIHNAMIC par département (ADI-NA) : Gironde 62, Pyrénées-Atlantiques 19, Charente-Maritime 7, Charente 7, Landes 7, Dordogne 5, Vienne 4, Haute-Vienne 3, Corrèze 3, Deux-Sèvres 2, Lot-et-Garonne 2, Creuse 0
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Répartition des clients DIHNAMIC par taille (ADI-NA) : 10-49 salariés 40 %, moins de 10 salariés 33 %, 50-249 salariés 16 %, 500-2999 salariés 6 %, 250-499 salariés 5 %
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Préconisations

2 : Adapter les diagnostics selon les strates d’entreprise et porter une attention plus forte envers les TPE dans le programme DIHNAMIC

Le dispositif DIHNAMIC, décrit précédemment, est le seul dispositif aujourd’hui dédié à l’implémentation de l’IA dans les entreprises néo-aquitaines. Arrivée en 2025 au terme de sa programmation et forte d’un succès indéniable, cette initiative a vraisemblablement trouvé sa place dans le paysage d’accompagnement régional, et rencontré sa cible parmi les PME industrielles et leurs partenaires fournisseurs de services.

L’Union Européenne a anticipé la fin de la programmation des centres d’innovation numérique (EDIH) en lançant un nouvel appel à projets à destination des territoires régionaux43. Des discussions sont en cours pour décider d’une nouvelle candidature pour offrir ou non une continuité au programme existant.

Objectifs

  • Poursuivre une démarche existante et efficace pour soutenir l’implémentation de systèmes d’IA dans les processus opérationnels des entreprises
  • Maintenir l’unique offre d’accompagnement public de ce type sur le territoire.

Pistes de mise en œuvre

  • Renouveler la candidature de la Région à l’appel à projets du Réseau européen des pôles d’innovation numérique pour 2026
  • Associer, en plus des pôles de compétitivité déjà membres du consortium, les têtes de réseau de filières économiques régionales
  • Cibler davantage les TPE et les PME
  • Élargir la cible aux secteurs d’activité et aux filières économiques régionales, au-delà de l’industrie.

Liens avec des dispositifs et initiatives existants

  • Confier à nouveau la mission de gestion du dispositif à ADI, et soutenir son action.

3 : Favoriser la création d’espaces d’échanges autour de l’IA

Le baromètre FranceNum 2025 a révélé que 38 % des TPE et PME françaises privilégient leur réseau professionnel pour être conseillées dans leurs projets de transformation numérique. Ce chiffre témoigne de l’importance du partage d’expériences pour mettre en évidence des exemples de cas d’usages concrets, desquels les acteurs dubitatifs pourraient s’inspirer pour penser leur propre transformation interne. Si de nombreux évènements existent déjà autour de l’IA en région, il demeure essentiel de soutenir ces initiatives existantes et d’encourager l’émergence de nouvelles, notamment dans les filières s’étant le moins saisies de l’IA. À l’image des cafés IA qui s’organisent dans de nombreuses villes françaises, ces évènements pourraient prendre la forme de rendez-vous réguliers ou de temps forts annuels.

Objectifs

  • Favoriser les synergies inter-filières sur les enjeux de l’IA en créant des espaces de convergence
  • Décloisonner et favoriser la transversalité entre filières via les têtes de réseaux (clusters, pôles, ...)
  • Faciliter le partage d’expériences entre pairs pour inspirer, encourager, rassurer, conseiller
  • Mutualiser des ressources, notamment pour les TPE/PME
  • Pour la Région, communiquer sur ses dispositifs d’accompagnement et les ressources régionales
  • Favoriser la mise en relation de la politique régionale et des initiatives locales, en s’appuyant sur les ressources des collectivités locales (évènements existants autour de l’IA dans les territoires, infrastructures).

Pistes de mise en œuvre

  • Soutenir financièrement la création d’ateliers interentreprises sur les enjeux IA, via un appel à projets dédié par exemple
  • Initier la création d’un forum annuel et de salons à destination des têtes de filières, sur le modèle du Parcours Marque Employeur
  • Créer un réseau régional de pairs « IA responsables » sur le modèle des clubs RSE ou « réseaux sobriété numérique »
  • Favoriser les synergies entre les réseaux régionaux autour de l’IA et les dispositifs nationaux, tel le réseau d’ambassadeurs « Osez l’IA ».

Liens avec des dispositifs et initiatives existants

  • Travailler en lien avec les têtes de filières et fédérations professionnelles pour créer des évènements adaptés aux problématiques IA de chaque filière
  • Dialoguer avec les collectivités territoriales (notamment avec les EPCI) pour ancrer les synergies au niveau local.

L’intégration de l’IA dans les processus opérationnels de la Région : au cœur de la fabrique des politiques publiques

La Région travaille en parallèle à sa propre transformation numérique en élaborant une stratégie interne d’adoption de l’IA par les services.

Pour ce faire, le Conseil régional s’est doté de ressources techniques : un comité d’experts, présidé par le directeur de l’INRIA44 Nicolas ROUSSEL est chargé d’alimenter les réflexions sur les impacts de l’IA au travail, et un conseiller technique missionné sur la question des impacts du numérique et de l’IA sur les politiques publiques, la citoyenneté et la démocratie, a été placé auprès du cabinet du Président. Ces renforts techniques doivent permettre d’aboutir à une stratégie régionale pour l’IA en interne et auprès des publics externes. Le présent rapport du CESER s’inscrit dans cette démarche de conseil et d’expertise afin d’aiguiller l’action publique ; le CESER recommande d’ailleurs que la Région applique elle-même les principes d’IA responsable qu’elle promeut, notamment la transparence, l’inclusion et la durabilité.

Une phase de test a par ailleurs eu lieu dans le courant du second semestre 2025, afin de doter les agents et agentes des sièges d’une IA souveraine en interne. Le choix des services s’était porté sur la solution DélibIA45, une IA déjà adoptée par de nombreuses collectivités et spécifiquement pensée pour répondre aux exigences des administrations publiques en termes de souveraineté, de transparence et de protection des données. L’expérimentation n’a cependant pas donné des résultats suffisamment satisfaisants. La recherche se poursuit donc, en s’orientant davantage désormais vers des solutions répondant à des cas d’usages précis rencontrés par les agents et agentes.

Une charte d’utilisation est en cours de rédaction pour réglementer les usages et éviter le shadow AI46, mais les agents et agentes sont d’ores et déjà appelé·es à utiliser uniquement les solutions mises à leur disposition, à savoir la suite Microsoft incluant l’IA Copilot.

En parallèle, la Région Nouvelle-Aquitaine est engagée dans un travail collectif sur cette thématique et collabore avec d’autres territoires européens, notamment à travers le projet Digital Transformation For Regions (DT4R)47, en partenariat avec la Région Émilie-Romagne en Italie. Ce projet vise à intégrer des solutions d’intelligence artificielle et de big data pour améliorer les politiques publiques, contribuant ainsi à une transformation numérique responsable.

En résumé

L’intelligence artificielle représente donc un outil particulièrement intéressant pour l’économie régionale et ses acteurs. Son appropriation par les entreprises n’est cependant pas naturelle. Elle appelle d’abord à des prises de conscience et des investissements des entreprises. Elle nécessite aussi le soutien du Conseil régional, qui a l’opportunité de se saisir du rôle de facilitateur et d’accompagnateur dans cette transition technologique, comme il le fait déjà auprès des entreprises avec Néo Terra et le SRDEII par exemple. Grâce à des outils précis et spécifiques adaptés aux problématiques rencontrées par les acteurs néo-aquitains, et en s’inspirant ou en poursuivant les initiatives déjà fonctionnelles et pertinentes, la Région pourrait ainsi donner à son écosystème économique les moyens de comprendre, de se préparer et de se saisir pleinement et de manière éclairée des potentialités de l’IA.

Engagée en parallèle dans la transition vers l’IA pour l’action publique, la Région s’approprie le sujet en interne, l’intégrant peu à peu au sein de ses propres processus opérationnels.

Cependant, cette technologie immiscée dans le quotidien des entreprises appelle des questionnements légitimes relatifs à la maîtrise technologique et aux marges de manœuvre en matière d’innovation laissées par les solutions américaines, qui inondent le marché mondial. Le deuxième défi soulevé par le CESER s’intéresse précisément à l’importance de la prévention des risques liés à la dépendance technologique et au levier que peuvent constituer la recherche et les innovations en matière d’IA en Nouvelle-Aquitaine.