Deuxième défi

Prévenir les facteurs de dépendance technologique :  quels leviers pour des IA souveraines en Nouvelle-Aquitaine ?

Novembre 2022. La start-up américaine Open AI lance Chat GPT, une intelligence artificielle générative qui s’apprête à révolutionner les usages numériques et le marché de l’IA. Depuis, une compétition acharnée ayant pris l’aspect d’une course à l’IA a lieu dans le monde. Une course effrénée, en accélération permanente et ponctuée d’annonces de lancement de nouveaux produits ou de nouvelles versions chaque semaine. Dans ce nouveau marché concurrentiel, les États-Unis et la Chine tentent de s’imposer sur les différents usages de l’IA. En effet, les solutions d’IA génératives américaines sont de loin les plus utilisées par le grand public, y compris en France, comme l’indique l’infographie du média Visual Capitalist basée sur l’étude de One Little Web, présentant le classement des dix chatbots les plus populaires au monde par rapport au nombre de visites entre août 2024 et juillet 202548 : l’américain Chat GPT domine les fréquentations avec 46,6 mille milliards de visites sur la période. Le français Mistral AI se place également dans ce top 10, avec 101,39 millions de visites.

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Outre la rapidité d’évolution de ce marché, le volume des investissements financiers consacré au développement de l’IA ajoute à la sensation de démesure et génère des inquiétudes concernant le creusement des inégalités entre les territoires et les populations. En effet, si le marché ne cesse de croître, la répartition des retombées économiques est déjà très disparate. Dans cette course technologique et économique, la France, mais aussi ses territoires, sont appelés à investir la dynamique mondiale pour ne pas devenir de simples consommateurs de technologies étrangères et réduire les situations de dépendance.

Au-delà de la domination américaine dans l’intelligence artificielle générative, l’IA est marquée par une forte concentration des capacités technologiques, industrielles et financières. Ainsi, le rapport d’information parlementaire de 2025 souligne que l’essentiel des infrastructures critiques de l’IA – capacités de calcul intensif, plateformes cloud, grands modèles de fondation, outils logiciels structurants – est aujourd’hui contrôlé par un nombre restreint d’acteurs majoritairement extra-européens.

Cette situation crée des dépendances multiples, qui dépassent le seul champ industriel. Elles concernent la maîtrise des données, la sécurité des systèmes, la capacité d’innovation locale, mais aussi la capacité des entreprises et des salarié·es à conserver une autonomie dans l’organisation du travail et les processus de décision. Maintenues dans un angle mort des politiques publiques et des stratégies économiques et industrielles, nos dépendances numériques deviennent désormais un enjeu économique, social et démocratique dont l’acceptabilité est remise en cause par l’effet amplificateur de l’IA des facteurs de risques existants.

Pour les territoires, et en particulier pour la Nouvelle-Aquitaine, région caractérisée par un tissu économique composé majoritairement de TPE et de PME, ces dépendances peuvent accentuer les inégalités d’accès à l’innovation, fragiliser les chaînes de valeur locales et réduire la possibilité des acteurs économiques à choisir des trajectoires numériques adaptées à leurs besoins. Ainsi pour les entreprises françaises et néo-aquitaines, et bien que la France dispose d’acteurs de l’IA innovants et prometteurs, l’enjeu n’est pas de rivaliser à armes égales avec les géants mondiaux, mais de sécuriser leurs usages, leurs données et leur modèle économique.

244
milliards de dollars
Valeur de l’industrie mondiale
des outils et services IA en 2025
+ 31 % par rapport à 2024
109
milliards d’euros d’investissements français annoncés au Sommet de l’action pour l’IA en février 2025
1,4
milliard d’euros de levées de fonds en 2024 par les start-up IA françaises
Contre 556 millions en 2018