» Premier défi : Mettre l’IA au service du développement des entreprises et de l’économie régionaleEnjeu 1

Comment accompagner les acteurs de l’économie (notamment les plus petits) vers la maturité numérique nécessaire à l’utilisation de l’IA ?

Les auditions réalisées auprès des professionnel·les du numérique en charge de missions d’accompagnement ont révélé la maturité numérique très faible et lacunaire des entreprises néo-aquitaines. Selon Guy FLAMENT, directeur du Campus Cyber Nouvelle-Aquitaine, le niveau de maturité des entreprises néo-aquitaines est alarmant : en effet, le résultat moyen des 1 000 diagnostics de maturité réalisés en 2025 était de 1,5 sur 5 ; or, une entreprise est considérée mature à partir d’un score supérieur ou égal à 3 sur 5. Cette maturité doit être appréhendée à la fois sous l’angle technique, humain et organisationnel. Une IA bien adoptée est une IA comprise et partagée.

À la genèse d’un projet d’IA, il paraît donc essentiel de s’assurer que les conditions et prérequis indispensables au succès du projet soient réunis. Comme le précise le portail de la transformation numérique des entreprises du gouvernement FranceNum, « l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) doit être considérée comme un projet de transformation » et doit donc être réfléchi et mis en œuvre en plusieurs étapes. Les premières étapes, détaillées dans les nombreux articles et guides de bonnes pratiques à destination des acteurs économiques, sont précisément des phases préalables, pendant lesquelles la maturité numérique de l’entreprise peut et doit être évaluée, et améliorée le cas échéant. On peut les résumer ainsi en quatre phases :

PHASE 1 | L’acculturation spécifique à l’IA

L’entreprise prend ici connaissance des capacités de l’IA et des applications qui pourraient lui être utiles. Il s’agit d’un temps d’information et de sensibilisation, réalisé au contact d’acteurs du numérique et/ou des têtes de filières (pôles de compétitivité, chambres consulaires, salons interprofessionnels...). Une enquête du Lab BPI France réalisée fin 2023 révélait que 71 % des dirigeant·es de TPE ou PME ne trouvaient pas d’usage à l’IA dans leur entreprise33  ; une opinion qui témoigne du manque de connaissance du potentiel de l’IA de la part des acteurs économiques. En parallèle, et paradoxalement, ces dirigeant·es étaient 58 % fin 2024 à estimer que l’IA est un enjeu de survie pour leur entreprise. Au-delà d’une absence de prise de conscience, c’est donc davantage – entre autres – un flou méthodologique qui freine les acteurs dans leurs projets d’IA. Pour y remédier, leur acculturation à l’IA doit intégrer toutes les dimensions (économique, sociale, technique, environnementale, éthique, sécurité, souveraineté) et ne pas se limiter à la seule performance économique et à la rentabilité.

À ce titre, et avant de détailler la seconde phase, les résultats des auditions réalisées ont révélé les cas d’usages ci-après, permettant d’éclairer les entreprises sur les possibilités de l’IA dans différentes filières néo-aquitaines.

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Les cas d’usages de l’IA dans les filières économiques régionales

Les filières économiques de Nouvelle-Aquitaine sont riches en exemples diversifiés d’implémentation de systèmes d’IA dans leurs processus opérationnels !

Faciliter le travail des agriculteurs et agricultrices

Dans une époque où les fermes familiales diminuent pour laisser place aux plus grandes exploitations et où le secteur peine à recruter, l’IA intervient comme un adjuvant pour développer l’attractivité des filières agricoles en améliorant les conditions de travail et en limitant la pénibilité. Laurent AUGIER, ancien directeur du pôle de compétitivité Agri Sud-Ouest Innovation, évoquait plusieurs exemples d’applications fonctionnelles de l’IA :

  • Pour les cultures céréalières, l’IA est mobilisée pour l’analyse d’images satellite, afin de cibler et limiter l’utilisation d’intrants aux endroits nécessaires uniquement
  • Pour l’élevage, l’IA est utilisée pour limiter la pénibilité de la surveillance des animaux : grâce à des colliers et divers outils connectés, les éleveurs et éleveuses suivent à distance l’état de leur troupeau et sont alerté·es en cas de blessures, de vêlages ou autres situations de détresse.
Améliorer le traitement des maladies cardiaques à l’IHU LIRYC

L’e-santé est une des filières numériques les plus développées en Nouvelle-Aquitaine ! Les docteurs Rémi DUBOIS et Josselin DUCHATEAU innovent avec l’IA dans la recherche de traitement des maladies cardiaques à l’IHU LIRYC34 à Bordeaux : le projet RESEARCH vise à faire détecter, avec l’aide d’une IA entrainée avec des données de santé précises, les signes précurseurs d’un accident vasculaire cérébral (AVC) chez un patient à partir d’un électrocardiogramme. Cette méthode de diagnostic est prometteuse pour la compréhension et la prévention de ce type de risques.

Perfectionner l’aéronautique et le spatial chez ARIANE et THALES

La filière aéronautique, défense et spatial (ADS) est depuis longtemps familière de l’utilisation de systèmes d’IA. Caroline VALADE-ESCANDE, ancienne employée du groupe ARIANE et membre du CESER, et Pierre-Étienne LEGOUX, directeur de l’IA du groupe THALES, ont témoigné, en toute confidentialité, des applications de cette technologie :

  • Le traitement de données très volumineuses, à la suite d’un vol de fusée,
  • La détection de défauts sur la structure des appareils
  • La prédiction des résultats des essais
  • La création de situations de simulations de vol d’hélicoptères...

Les applications de l’IA dans ce domaine sont nombreuses, et THALES a notamment créé le groupe de recherche CortAIx Lab, chargé d’alimenter les réflexions autour de l’intégration de l’IA dans les systèmes critiques.

Personnaliser le soin et le bien-être dans la filière cosmétique

Nathalie SIMONIN, responsable du bureau régional du pôle de compétitivité Cosmetic Valley, a témoigné des différentes applications de l’IA dont se sont saisis les membres du pôle. Parmi les usages variés, l’IA trouve en particulier toute son utilité dans la création de produits personnalisés, afin de proposer aux clientes et clients des expériences de soin et de bien-être uniques et adaptées à leurs problématiques. Les IA sont les alliées de la formulation cosmétique, afin d’affiner les dosages et de tester a priori des associations d’actifs. Leur compétence en analyse d’image est également mise à profit dans des applications mobile spécialisées dans la recommandation de maquillage et soin en fonction de l’état de la peau, telle l’application MakeUp Genius de L’Oréal par exemple.

Percevoir l’inaccessible dans les industries du sous-sol

Thibaut HEIMERMANN, directeur du pôle de compétitivité AVENIA, a témoigné de l’enjeu principal lié à l’IA que représente le traitement de données pour la filière des industries du sous-sol. En effet, les activités génèrent un grand nombre de données de natures diverses et hétérogènes (puits, activité sismique, forage, échographies…). L’IA est intéressante pour améliorer et accélérer ce traitement, améliorer la qualité des données, mais aussi faciliter leur croisement, leur compatibilité, leur visualisation et leur captation.

Valoriser l’art et l’artisanat locaux des tapisseries d’Aubusson

L’IA peut également mettre son potentiel au service de l’art et de l’artisanat ! C’est un des sujets qui occupe les réflexions internes à la Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson, et sur lequel travaillent Emmanuel GÉRARD, directeur, et Mathieu BUARD, conseiller artistique. Des pistes seront prochainement explorées, pour en faire un outil d’aide de la gestion des ressources documentaires et dans la veille et prospective (encodage, recherche de couleurs, restauration d’œuvres...). Les aptitudes prédictives de l’IA pourraient être utilisées pour améliorer les techniques de mise en valeur des tapisseries, en suggérant des angles d’éclairage, des animations visuelles, et en veillant sur la préservation des œuvres par la surveillance de la qualité de l’air. Enfin, les nouveaux modes d’interconnexion et de mise en relation créés par l’IA pourraient faciliter l’accès des artisans de la Cité au marché de l’art afin de faire rayonner ce savoir-faire au-delà des frontières néo-aquitaines.

PHASE 2 | L’évaluation des besoins et des prérequis

Trop souvent négligée, cette étape est pourtant primordiale pour préparer le projet d’un point de vue technique et stratégique et pour en assurer la pertinence. À ce titre, il est essentiel d’identifier les besoins de l’entreprise : lors d’un état des lieux, les tâches les plus répétitives et/ou chronophages et automatisables peuvent ainsi être repérées. Cette phase doit également permettre de fixer des objectifs de résultats précis à plus ou moins longs termes, évaluables grâce à des indicateurs. D’un point de vue technique, l’entreprise doit s’interroger sur les prérequis dont elle dispose ou dont elle devra se doter : la question des données, de leur volume, leur qualité et leur structuration doit par exemple être au cœur des préoccupations premières de l’entreprise. En fonction du travail nécessaire pour les rendre exploitables, le passage aux étapes suivantes peut être plus ou moins long, comme l’indiquaient en audition Florian PANTALEAO et Richard SALVETAT, ingénieurs conseil du programme NAQTRONIC35.

À l’issue de ces deux phases, l’entreprise dispose de davantage de clarté sur sa maturité numérique et ses aptitudes à porter un projet d’implémentation d’IA. Or, aujourd’hui et malgré l’existence de nombreux programmes d’accompagnement, les professionnel·les de l’IA et du numérique constatent encore une maturité numérique faible chez les acteurs économiques de nombreuses filières régionales.

Comment le Conseil régional peut-il créer des conditions davantage favorables à la montée en maturité des acteurs économiques afin d’augmenter leurs chances de réussir leurs projets d’IA ?

Préconisations

1 : Compléter la gamme de diagnostics numériques existante avec un diagnostic de maturité IA

Les professionnels de l’accompagnement numérique rencontrés dans le cadre des auditions s’accordent à promouvoir l’importance pour les chefs et cheffes d’entreprise de s’interroger en amont sur les capacités de leur structure à porter un projet de transformation numérique, et d’autant plus lorsqu’il s’agit d’IA. À ce titre, les diagnostics de maturité sont pertinents pour réaliser un bilan du niveau de l’entreprise. Des diagnostics de maturité sur l’IA existent en France : FranceNum plébiscite par exemple l’autodiagnostic IA de BPI France36, disponible dans le cadre du programme Booster France 2030.

En Nouvelle-Aquitaine, des diagnostics numériques à destination des entreprises existent. Le Campus régional de Cybersécurité et de confiance numérique de Nouvelle-Aquitaine37, association fondée en 2020 à l’initiative de la Région Nouvelle-Aquitaine, propose aux acteurs économiques différents services, tels un soutien lors d’une cyberattaque via le centre de réponses aux incidents cyber (CRiC), des formations (mise en condition, serious game) et des ressources de sensibilisation aux bonnes pratiques.

Le Campus, dont la création est une des actions phares de sa feuille de route régionale de cybersécurité, propose notamment la réalisation d’un diagnostic de maturité numérique cyber, qui constitue un prérequis au suivi d’une formation et une condition d’obtention de certaines aides régionales.

Ce diagnostic, coconçu avec l’ANSSI38, bénéficie désormais d’un portage national présenté sur le portail MesServicesCyber destiné aux entreprises.

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Composé d’un questionnaire en ligne et d’un entretien d’une heure trente réalisé par des bénévoles issus d’un réseau spécifique composé d’acteurs du monde de la cybersécurité (gendarmes et militaires réservistes, spécialistes cyber), le diagnostic permet une analyse sérieuse et complète des capacités de l’entreprise.

Comme évoqué plus tôt, ce diagnostic a révélé la faible maturité cyber des entreprises néo-aquitaines. Il présente un réel intérêt pour identifier leurs points faibles et proposer des solutions de montée en compétence adaptées, grâce à un bilan complet qui comprend une fiche de conseils personnalisés.

Le Campus Cyber travaille à faire connaître cet outil – et d’autres – grâce à l’organisation de sessions Diag Dating, pendant lesquelles les entreprises sont invitées à tester ou vérifier leur maturité grâce à plusieurs diagnostics.

En Nouvelle-Aquitaine, deux diagnostics spécifiques sont aujourd’hui disponibles :

  • Le diagnostic de maturité cyber du Campus Cyber
  • Le diagnostic numérique responsable du pôle ENTER.

Afin de répondre au besoin d’accompagnement et de clarté des acteurs économiques face à l’IA et sur le modèle plein de succès du Campus Cyber, le CESER préconise d’élargir la gamme de diagnostics numériques néo-aquitains et d’élaborer un diagnostic de maturité spécifique à l’intelligence artificielle.

Objectifs

  • Préparer les entreprises souhaitant engager une démarche IA grâce à un bilan de leurs forces et faiblesses en matière de numérique et d’IA
  • Améliorer l’orientation des entreprises vers les bons relais pour la suite de leur projet (formations, aide à l’implémentation, financements...)
  • Disposer d’un état des lieux de la maturité des entreprises et de leur capacité à porter un projet d’IA.

Propositions de mise en œuvre

  • Confier la création et la gestion de ce diagnostic au Campus Cyber, en prévoyant une revalorisation du montant de la subvention annuelle régionale
  • Sur le modèle du diagnostic cyber, penser des modalités d’appropriation du diagnostic par les têtes de filières (pôles de compétitivité, chambres consulaires, clusters, organisations patronales...) afin d’augmenter sa portée auprès des entreprises de l’ensemble des filières, et notamment celles s’étant le moins saisies de l’enjeu de l’IA
  • Envisager de faire de la réalisation de ce diagnostic une condition d’obtention des aides régionales aux projets d’IA ou, a minima, de distinction des dossiers
  • Faire évoluer, à l’avenir, le Campus Cyber en un Campus Cyber-IA.

Liens avec des dispositifs et initiatives existants

  • Autodiagnostic BPI France, portant sur l’évaluation de la capacité de l’entreprise à conduire des projets d’IA.