3. Endettement et trajectoire financière : comment préserver la capacité d’investissement à court et moyen termes ?

Sur la période 2019–2024, la trajectoire d’endettement de la Région Nouvelle-Aquitaine s’inscrit dans une dynamique de recomposition progressive du modèle de financement. La contraction des capacités d’autofinancement conduit la dette à redevenir un levier central de l’investissement régional, mais aussi un paramètre structurant des équilibres financiers à moyen terme.

L’analyse croisée de l’encours, des flux d’emprunt, des charges financières et des modalités de financement met en évidence une soutenabilité encore maîtrisée, mais désormais plus exigeante. Cette évolution appelle une reconstitution progressive des marges d’autofinancement afin de sécuriser la trajectoire financière dans la durée, dans un contexte de progression limitée des recettes.

Cette contrainte s’inscrit dans un environnement national marqué par une volonté de réduire le déficit public et une contribution accrue des collectivités territoriales à l’effort de redressement, confirmée par les orientations des lois de finances récentes, notamment pour 2025 et les propositions budgétaires votées pour 2026. Dans ce cadre, les Régions évoluent dans un système de ressources largement déterminé au niveau national, dont la dynamique peut apparaître incertaine ou faiblement corrélée aux réalités territoriales.

Toutefois, l’enjeu ne réside pas uniquement dans la nature de ces ressources, mais dans leur niveau et leur capacité à couvrir durablement les charges associées aux compétences exercées. Si l’absence de levier direct sur le volume des recettes peut accroître l’exposition aux aléas macroéconomiques, elle ne constitue pas en elle-même un facteur déterminant dès lors que les ressources demeurent suffisantes et relativement prévisibles.

Dans cette perspective, la soutenabilité financière repose tout autant sur la capacité de la collectivité à disposer de marges dans l’allocation de ses ressources. La liberté d’arbitrage dans l’utilisation des crédits, notamment entre dépenses contraintes et interventions d’initiative, apparaît ainsi comme un élément central de l’autonomie financière effective.

Dès lors, dans un contexte de ressources peu pilotables et de charges dynamiques, l’enjeu principal réside dans l’ajustement entre niveau de ressources, structure des dépenses et priorisation des politiques publiques, ce qui renforce la nécessité d’un pilotage pluriannuel rigoureux et d’une reconstitution progressive de l’autofinancement.

3.1 Restaurer l’épargne nette comme objectif prioritaire de la trajectoire financière

La contraction de l’épargne nette observée depuis 2019 modifie sensiblement les équilibres financiers de la Région. En réduisant la part des investissements finançables sur ressources propres, elle accroît mécaniquement la dépendance à l’emprunt, renforce les charges financières et limite la souplesse budgétaire.

Dans ce contexte, la reconstitution de l’épargne nette doit redevenir un objectif prioritaire de la trajectoire financière régionale. Au-delà de la seule maîtrise annuelle des équilibres, il s’agit d’inscrire cet objectif dans une perspective pluriannuelle, permettant de restaurer progressivement la capacité d’autofinancement et d’améliorer la capacité de désendettement.

La restauration de la capacité d’autofinancement constitue ainsi un enjeu central de crédibilité financière, tant vis-à-vis des partenaires institutionnels que des prêteurs.

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3.2 Une dette en progression assise sur des sources de financement diversifiées

L’augmentation de l’encours de dette depuis 2019 s’accompagne d’une stratégie de financement structurée. La Région a fait le choix de mobiliser à la fois le financement bancaire classique et le recours au marché obligataire, afin de diversifier ses sources de financement et d’optimiser ses conditions d’emprunt.

Cette diversification permet de sécuriser les volumes nécessaires au financement de l’investissement tout en bénéficiant de conditions compétitives. Le recours à l’émission obligataire suppose toutefois un niveau élevé de crédibilité financière et une transparence accrue dans le pilotage des équilibres budgétaires.

La Région Nouvelle-Aquitaine est à cet égard notée par l’agence Fitch (AA-en 2024, A+ en 2025), notation maintenue à un niveau élevé malgré une perspective négative liée principalement à l’évolution de la notation souveraine de l’État. Cette notation constitue un élément déterminant pour l’accès au marché obligataire et la confiance des investisseurs institutionnels, traduisant un profil de risque jugé satisfaisant.

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Les Régions Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie et Grand-Est ont comme la Région Nouvelle Aquitaine accès au marché obligataire, ce qui ne doit pas conduire à une concurrence interrégionale en cas de notation différenciée.

Par ailleurs, la structure de la dette régionale apparaît globalement sécurisée. La gestion active de la dette vise à privilégier des emprunts à taux fixe et à lisser les échéances dans le temps, limitant ainsi l’exposition aux fluctuations des marchés financiers. Cette stratégie s’inscrit dans une logique d’apurement et de maîtrise du risque, permettant d’assurer une meilleure visibilité sur la charge de la dette à moyen et long terme.

Toutefois, la montée en charge de l’encours se traduit mécaniquement par une progression des annuités d’emprunt, tant en capital qu’en intérêts. En 2024, l’encours de dette atteint 3,37 milliards d’euros, en hausse de + 7,3 % sur un an, tandis que le remboursement du capital progresse de + 6,4 %. Cette évolution, combinée à une légère contraction de l’épargne brute, entraîne une dégradation de la capacité de désendettement, qui s’établit à 9,6 années contre 8,6 précédemment.

Le retournement du contexte de taux à partir de 2022 renforce cette contrainte, en renchérissant le coût des nouveaux financements et en pesant davantage sur les équilibres budgétaires.

Dans ce contexte, la gestion de la dette constitue un enjeu central pour préserver les marges de manœuvre financières de la collectivité, en conciliant maintien d’un haut niveau d’investissement et soutenabilité de la trajectoire financière.

Enfin, l’évolution récente des taux d’intérêt, après plusieurs années historiquement basses, se traduit par une hausse significative du coût moyen des nouveaux emprunts, comme l’illustre la courbe des taux depuis 2019, marquée par une rupture nette à partir de 2022.

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L’évolution des taux d’intérêt met en évidence une rupture nette à partir de 2022, après plusieurs années de conditions de financement exceptionnel-lement favorables. Les taux, proches de zéro voire négatifs jusqu’en 2021, ont fortement augmenté pour atteindre près de 3 % en 2023, niveau sur lequel ils se stabilisent en 2024.

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3.3 Une capacité d’investissement maintenue, au prix d’une trajectoire de désendettement à organiser

Évolution de l’endettement et indicateurs de soutenabilité (2019–2026 BP)

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Du fait de la progression de l’encours, la Région parvient à maintenir un niveau d’investissement élevé. Toutefois, cette capacité repose désormais sur des équilibres plus étroits et appelle une organisation explicite de la trajectoire de désendettement.

La progression de l’encours de dette au cours des cinq dernières années illustre concrètement la recomposition du modèle financier régional. Entre 2019 et 2024, l’encours passe de 2,104 milliards d’euros à 3,34 milliards d’euros, traduisant un recours accru à l’emprunt afin de maintenir un niveau d’investissement élevé.

La dette a, de toute évidence, apporté une capacité financière et d’action supplémentaire à la Région. Durant les cinq années de forte croissance de l’encours, elle est demeurée supportable au regard des standards du secteur public local. Cette dynamique s’est toutefois accompagnée de deux conséquences majeures :

  • D’une part, une croissance significative des charges financières. Celles-ci atteignent en 2024 un niveau élevé et représentent désormais un volume équivalent à des crédits de paiement significatifs en fonctionnement, réduisant d’autant les marges budgétaires disponibles. A titre d’illustration, le montant des charges d’intérêts, compris entre 70 et 80 M€ sur la période récente, est équivalent aux crédits de paiement consacrés à la politique agricole de la Région (69,8 M€ en 2026). Cette mise en perspective illustre concrètement le poids du service de la dette, dont le coût annuel correspond désormais au financement d’une politique publique structurante. Le niveau des charges d’intérêts est désormais plus important que certaines politiques publiques emblématiques, telles que la culture.
  • D’autre part, la progression des emprunts d’équilibre, en accroissant l’encours, a contribué à la contraction de l’épargne nette. Or l’épargne nette constitue un indicateur particulièrement observé par les prêteurs, dans la mesure où elle reflète la capacité réelle de la collectivité à faire face à ses engagements. Sa diminution limite mécaniquement la capacité d’emprunt future.

De facto, la croissance de l’encours atteint aujourd’hui un seuil au-delà duquel la poursuite d’une telle dynamique fragiliserait les équilibres financiers. La durée de désendettement, passée de 4,4 années en 2019 à près de 9,6 années en 2024, et projetée à plus de 10 années au BP 2025, illustre ce changement de régime.

Dans ce contexte, une trajectoire de limitation des emprunts nouveaux et de désendettement progressif apparaît comme l’une des options permettant d’améliorer progressivement les indicateurs de soutenabilité et de tendre vers des standards de durée de désendettement plus proches de cinq années. L’enjeu réside désormais dans la capacité de la Région à engager ce mouvement dans un rythme compatible avec ses contraintes budgétaires et ses priorités d’action. Les orientations inscrites au BP 2026 s’inscrivent dans cette logique et doivent être maintenues.

À recettes constantes, une telle stratégie constituerait un choix temporaire de rééquilibrage visant à restaurer progressivement l’épargne nette afin d’améliorer, à terme, la capacité d’investissement. Elle n’est toutefois pas neutre à court terme, dans la mesure où la Région exerce des compétences obligatoires et assume des missions de service public dont la continuité et la qualité doivent être garanties. La recherche d’un meilleur équilibre financier ne saurait ainsi se faire au détriment des obligations réglementaires, contractuelles ou des engagements pris vis-à-vis des usagers et des partenaires.

Dans cette perspective, une orientation pourrait consister, sur plusieurs exercices, à maintenir un niveau d’emprunts maîtrisé et tendant à se rapprocher du volume des remboursements en capital de l’encours sur la même période. Sans constituer un objectif rigide, une telle trajectoire contribuerait à stabiliser puis à infléchir progressivement l’évolution de l’endettement. Un rapprochement vers des niveaux d’emprunts plus modérés, comparables à ceux observés en 2019, pourrait ainsi produire un effet significatif sur la dynamique de l’encours, sous réserve du maintien des équilibres budgétaires et du respect des priorités régionales.

Les effets d’une telle orientation seraient différenciés dans le temps, dans l’hypothèse d’une stabilité des recettes. À court terme, elle impliquerait une adaptation des crédits de paiement en investissement, nécessitant une révision des programmations pluriannuelles (PPI) et des autorisations de programme. La maîtrise de l’endettement suppose en effet un ajustement du rythme de réalisation des investissements, susceptible d’influer sur la temporalité de certaines politiques régionales.

Cette contrainte doit être appréciée au regard du périmètre des compétences régionales et du poids des dépenses fléchées, analysés dans la partie suivante. Une part significative des charges relève d’obligations réglementaires, contractuelles ou de politiques structurantes déjà engagées, ce qui limite les marges d’arbitrage immédiates.

À moyen terme, les effets seraient positifs et cumulatifs : la diminution progressive des échéances d’emprunt permettrait une amélioration de l’épargne nette, renforçant l’autofinancement, tandis que la baisse de l’encours conduirait progressivement à une réduction des charges financières, contribuant à restaurer l’épargne brute, sous réserve d’une maîtrise durable des dépenses de fonctionnement.

À terme, la Région pourrait ainsi reconstituer des capacités d’investissement, en augmentant son autofinancement et en retrouvant une capacité d’emprunt plus soutenable et plus flexible, tout en sécurisant l’exercice de ses compétences et la continuité du service public.

› » CE QU’IL FAUT RETENIR

  • La contraction de l’épargne nette modifie l’équilibre du modèle financier régional et rend nécessaire une trajectoire pluriannuelle de reconstitution des capacités d’autofinancement.
  • L’endettement a permis de maintenir un niveau d’investissement élevé, mais la progression rapide de l’encours depuis 2019 atteint aujourd’hui un seuil qui limite les marges d’emprunt futures.
  • La Région a structuré sa stratégie de financement en diversifiant ses ressources entre financement bancaire et obligataire ; la notation financière constitue à cet égard un élément déterminant de crédibilité et de confiance pour les investisseurs.
  • La hausse des charges financières et de l’annuité pèse directement sur l’épargne nette et réduit la flexibilité budgétaire.
  • Une trajectoire de désendettement progressive déjà amorcé aux BP 25 et 26, articulée à une programmation maîtrisée des investissements, doit être poursuivie pour restaurer durablement l’autofinancement et redonner des capacités d’action à moyen terme.