2. Une transformation progressive du modèle financier régional

Sur la période 2019-2024, les équilibres financiers de la Région Nouvelle-Aquitaine connaissent une évolution contrastée, marquée par le passage progressif d’un modèle reposant sur des marges d’autofinancement confortables à un modèle plus contraint, dans lequel l’investissement demeure élevé mais dépend de plus en plus de la dette. L’analyse des marges d’autofinancement et des résultats cumulés met en évidence une fragilisation graduelle du modèle financier régional, sans rupture brutale, mais aux effets cumulés significatifs.

2.1 Une érosion continue des marges d’autofinancement depuis 2019

Les comptes administratifs de la Région Nouvelle-Aquitaine font apparaître une épargne brute positive sur l’ensemble de la période 2019-2024, traduisant le maintien d’un excédent de fonctionnement. Cet excédent constitue le socle de la capacité d’autofinancement de la collectivité et conditionne directement sa capacité à financer l’investissement sur ressources propres.

Toutefois, l’évolution de l’épargne brute est marquée par une dégradation progressive. Après un niveau élevé en 2019, elle connaît une contraction significative en 2020 sous l’effet de la crise sanitaire. Le rebond observé en 2021, dans un contexte de reprise économique, ne s’inscrit pas durablement : à partir de 2022, l’épargne brute s’oriente à nouveau à la baisse, sous l’effet de la hausse rapide des dépenses de fonctionnement.

L’évolution du taux d’épargne confirme cette lecture. À partir de 2023, il passe toutefois sous le seuil de vigilance généralement retenu pour les Régions (entre 10 et 15%), signalant une réduction durable des marges de manœuvre.

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Cette évolution constitue un indicateur particulièrement observé par les partenaires financiers et les prêteurs, dans la mesure où elle conditionne directement la capacité d’emprunt de la collectivité. Une épargne brute en contraction limite en effet la capacité à absorber l’annuité de la dette et influe sur la capacité de désendettement.

La tendance est encore plus marquée lorsque l’on observe l’épargne nette, c’est-à-dire la part de l’épargne brute réellement disponible pour financer l’investissement après remboursement du capital de la dette. Sur la période, l’épargne nette recule de façon continue et prononcée, pour atteindre en 2024 un niveau inférieur de plus de moitié à celui de 2019. Cette contraction réduit la capacité réelle d’autofinancement et accroît mécaniquement la dépendance au recours à l’emprunt.

Comparée aux autres grandes Régions métropolitaines, la Nouvelle-Aquitaine dispose aujourd’hui de marges d’autofinancement plus limitées. En 2024, son épargne brute s’élève à 352 M€, contre 491 M€ en Occitanie et 902 M€ en Auvergne-Rhône-Alpes, cette dernière se distinguant nettement par un niveau d’épargne particulièrement élevé. Rapportée aux recettes réelles de fonctionnement, cette situation se traduit par un taux d’épargne brute sensiblement inférieur à celui des Régions les mieux dotées, traduisant une capacité plus contrainte à financer l’investissement sur ressources propres. La Nouvelle-Aquitaine se situe ainsi dans la partie basse de la distribution des taux d’épargne régionaux, aux côtés de Régions telles que la Normandie, la Bretagne ou le Centre-Val de Loire, confirmant une hétérogénéité croissante des situations financières dans un contexte de progression modérée des recettes.

Épargne brute 2024 (M€)AURA902 M€Grand Est515 M€Occitanie491 M€PACA478,4 M€Île-de-France400 M€Nouvelle-Aquitaine352 M€Hauts-de-France291 M€Normandie274 M€Bretagne271 M€Pays de la Loire263,0 M€Bourgogne-Franche-Comté241 M€Centre-Val de Loire183 M€

Cette situation se retrouve également dans les indicateurs d’endettement. La durée de désendettement de la Nouvelle-Aquitaine est dans la fourchette haute de la moyenne nationale, traduisant une tension plus forte sur ses équilibres financiers. Dans ces conditions, la Région dispose d’une capacité plus restreinte pour financer son effort d’investissement sur ses propres ressources, et demeure davantage dépendante du recours à l’emprunt.

Cette contraction résulte de la combinaison de trois facteurs étroitement liés à la baisse tendancielle de l’épargne brute, à l’augmentation progressive des remboursements en capital et la montée des charges financières à partir de 2022.

Cette trajectoire traduit une fragilisation progressive des marges d’autofinancement, dans un contexte où la dynamique des recettes, bien que positive en valeur, ne permet plus d’absorber intégralement la progression des charges.

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2.2 Résultats de clôture et évolution du stock de résultats : des marges mobilisables mais non structurelles

L’analyse des résultats de clôture complète utilement celle de l’épargne. Les résultats cumulés, intégrant le résultat de l’exercice et le report à nouveau des exercices antérieurs, constituent un stock mobilisable complémentaire pour financer des dépenses d’investissement ou absorber des déséquilibres ponctuels.

Sur la période 2019-2024, les résultats de clôture connaissent une évolution contrastée, marquée par une mobilisation progressive des excédents accumulés lors des exercices antérieurs. Si la Région conserve un niveau de résultats reportés lui permettant d’assurer la continuité de ses engagements, ce stock ne progresse plus de manière significative et tend à être utilisé pour équilibrer les exercices.

Le report à nouveau, qui correspond au résultat antérieur non affecté, joue ainsi un rôle d’ajustement budgétaire. Il ne constitue pas une ressource récurrente comparable à l’épargne brute, mais un mécanisme de lissage permettant d’absorber des variations conjoncturelles. Son utilisation ne saurait compenser durablement une érosion des marges d’autofinancement.

Ainsi, si les résultats cumulés constituent un levier mobilisable à court terme, ils ne modifient pas la tendance de fond : la capacité d’autofinancement structurelle demeure le déterminant central de la soutenabilité financière.

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2.3 Des équilibres financiers maintenus, sous tension croissante

La combinaison de recettes peu pilotables et de charges structurellement dynamiques conduit progressivement à une plus grande rigidité du modèle financier régional. Si les équilibres budgétaires demeurent globalement maîtrisés, ils reposent désormais sur des marges plus étroites qu’auparavant.

La contraction de l’épargne nette, conjuguée à la progression de l’annuité de la dette sous l’effet de l’augmentation de l’encours et du contexte de taux (de plus en plus incertain), limite les marges disponibles pour financer l’investissement sur ressources propres. Le stock de résultat et la trésorerie restent mobilisables, mais ils sont davantage sollicités pour absorber ou lisser des déséquilibres ponctuels, sans modifier la tendance de fond.

Pris isolément, aucun indicateur financier ne révèle une situation de déséquilibre majeur. Pris dans leur ensemble, ils traduisent toutefois une trajectoire marquée par une tension croissante sur les équilibres et une fragilisation progressive du modèle financier régional.

La Région parvient à maintenir un niveau d’investissement élevé, conforme à ses priorités stratégiques et aux besoins du territoire. Cette capacité repose cependant de moins en moins sur l’autofinancement et de plus en plus sur le recours à l’emprunt et aux cofinancements externes, notamment européens.

À l’échelle interrégionale, cette situation place la Nouvelle-Aquitaine dans une position relativement plus contrainte que plusieurs autres Régions. Malgré un effort d’investissement soutenu, ses indicateurs d’autofinancement apparaissent en retrait : en 2024, son épargne nette (167 M€) se situe en deçà des niveaux observés dans plusieurs grandes Régions et reste inférieure à la tendance moyenne constatée à l’échelle des Régions de France.

De même, sa capacité de désendettement, qui atteint 9,6 années, apparaît plus élevée que celle constatée dans de nombreuses Régions, traduisant une marge de manœuvre financière plus limitée. Ces écarts peuvent s’expliquer au regard des spécificités propres à chaque territoire, notamment en matière de politiques d’investissement et d’entretien du patrimoine, de structure des recettes.

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Moyenne des Régions   Région Nouvelle-Aquitaine

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Moyenne des Régions   Région Nouvelle-Aquitaine

Cet indicateur traduit une marge d’autofinancement plus étroite et une capacité plus limitée à absorber un effort d’investissement élevé sur ressources propres.

Ces écarts reflètent des niveaux d’épargne différenciés entre Régions et confirment une contrainte plus marquée sur les équilibres financiers, dans un contexte où le maintien d’un niveau d’investissement élevé repose davantage sur des financements externes, notamment la dette.

Les financements européens constituent un levier important pour soutenir l’investissement régional sans accroître directement l’encours de dette. En 2024, les fonds européens d’investissement (FEDER, FEADER et FEAMP) représentent une part significative de l’investissement régional. Toutefois, ces financements supposent des avances de trésorerie et des cofinancements mobilisant les capacités financières de la collectivité. Ils contribuent au maintien d’un haut niveau d’investissement, sans pour autant compenser structurellement l’érosion des marges d’autofinancement. Le Conseil régional assure un rôle d’autorité de gestion des fonds européens pour le compte de l’État, ce qui se traduit par une fonction de redistribution de ces crédits. Ces financements constituent ainsi un apport complémentaire au budget régional, tout en s’inscrivant dans un cadre d’intervention particulièrement exigeant.

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Investissement de la Région Nouvelle-Aquitaine

› » CE QU’IL FAUT RETENIR

  • La capacité d’autofinancement de la Région s’est progressivement érodée depuis 2019.
  • L’épargne nette recule fortement, réduisant la capacité réelle d’emprunt et l’autonomie financière.
  • Les résultats cumulés et le report à nouveau constituent un levier d’ajustement ponctuel, mais ne sauraient compenser une dégradation structurelle des équilibres.
  • Le maintien d’un niveau d’investissement élevé repose de plus en plus sur des financements par l’emprunt et les fonds européens.
  • La soutenabilité demeure maîtrisée, mais repose désormais sur des équilibres plus sensibles et une vigilance accrue dans le pilotage financier.
  • Comparée aux autres grandes Régions, la Nouvelle-Aquitaine présente des marges d’autofinancement relativement plus limitées et une capacité de désendettement plus élevée, atteignant 9,6 ans.